LES PORTES
à l'Ouest, et il en existait d'autres au Sud pour mettre l'église en communication avec les bâtiments claustraux. On construisit à Cauvignac, en 1760, une porte au Midi, «pour passer le dé aux jours de processions »'. Ces ouvertures devaient quelquefois avoir pour but d'établir des courants d'air afin d'aérer l'intérieur de nos églises, trop souvent humides et insalubres.
La forme des portes. — Des portes secondaires sont très simples, couvertes d'un linteau ou d'un arc, avec un chambranle uni. A l'époque gothique, un soupçon d'accolade, un bout de moulure taillés dans le linteau (fig. 23o) donnent à certaines portes une note d'élégance.
Les portes principales sont plus ou moins importantes : à l'intérieur, le tableau est souvent assez développé pour recevoir le rabattement des vantaux quand ils sont ouverts et il est, en général, légèrement ébrasé; à l'extérieur, l'encadrement comporte un nombre variable de voussures et de pieds-droits. Tout cela augmente la profondeur du percement, laquelle peut excéder l'épaisseur du mur. C'est pourquoi un grand nombre de portes s'ouvrent dans un avantcorps, qui forme comme un édicule accolé au monument. En haut, cet édicule est couronné quelquefois, — à Doulezon et, par suite d'un remaniement, à Saint-Georges-de-Montagne, — d'un gable, plus ordinairement d'une corniche sur corbeaux et d'un
r . Brutails delin.
talus, d'un toit de pierre a pente assez raide. FlG 23o P0RTE D=ASQUES.
Les voussuhes, le tympan et les pieds - droits. — Les voussures de la porte d'Espessas ne sont pas perpendiculaires au plan des parements; l'intrados est biais, de sorte que les angles sont obtus. Ailleurs, à Pujols-sur-Ciron, les angles saillants des pieds-droits sont arrondis, suivant une formule que j'ai signalée dans certains piliers2.
Les portes sans tympan sont, à beaucoup près, les plus nombreuses. On compte cependant un certain nombre de tympans, même clans les portes romanes, comme Blaignac ou Coubeyrac. Il faut noter, au surplus, que ces tympans ne reposent pas ordinairement sur un linteau : ainsi à Sainte-Radegonde (fig. 323), Camiran, Doulezon, Léogeats, Lugasson (fig. 274), Lalande de-Cubzac. A Cubnezais, un tympan en forme de croissant résulte de ce qu'on a tourné, après coup, une voussure dont le centre est plus bas que celui des voussures précédentes. Les tympans sont moins rares pendant la période gothique : un maître d'oeuvre de i5oo environ a gratifié d'un tympan la porte romane de Sainte-Colombe (fig. 126). La porte de Saint Laurentd'Arce est du commencement du xnr siècle; vers la fin du xv°, on y a logé un tympan qui repose sur un arc très surbaissé, sommé d'une accolade. La porte de Créon, qui est datée de 1490, a un tympan ainsi compris. Celle de Loupiac-de-Blaignac, qui est vraisemblablement de 1 547 environ3 et qui offre un mélange intéressant des styles gothique et Renaissance, ressemble dans ses grandes lignes aux précédentes. Le tympan ajouré de Roquebrune, lequel se réduit plutôt à un linteau sans tympan, ne paraît pas ancien.
Lorsque la porte est largement traitée, les jambages sont découpés de ressauts nombreux, dont les angles rentrants sont habituellement garnis de colonnettes. Les angles saillants menacent le passant; on les a quelquefois, très rarement, abattus : à Haux, à la porte Ouest de La Sauve'1, dans la porte gothique de Saint-Laurent-du-Bois; à Saint-Genis-du-Bois, deux ou trois de ces angles saillants sont arrondis en tore et un autre est creusé d'une gorge. Dans la porte de Puisseguin, les colonnettes, serrées l'une contre l'autre et montées par assises,
1. E suppl. igo3. — 2. Voir ci-dessus, p. i85. — 3. 22 septembre i5^j. Délibération de la jurade de La Réole sur une demande d'arbres présentée par les gens de Loupiac pour « bastir l'esglize » (E suppl. 2776). — 4- Drouyn a gravé cette porte en ruine dans son Album de La Grande Sauve, pl. k-
LA CONSTRUCTION : LES PERCEMENTS
rulails delin.
FlG. uSl. FLANC >l I) DE L'ÉGLISE VF. M IH>VS.
tapissent entièrement les pieds droits. L'époque gothique comprit différemment le plan de la grande majorité des jambages : ce sont presque toujours de fines colonnettes engagées, reliées par des gorges multiples.
Au surplus, il ne faudrait pas attacher trop d'importance à ces caractères pour dater les portes : il existe en grand nombre dans le département des portes dont le thème général est plutôt roman, dont les détails sont gothiques et qui ont une ornementation très simple, avec t. des chapiteaux souvent
lisses. Les portes romanes coûtaient cher et elles étaient fragiles :
soit qu'on les ait remplacées, soit plutôt qu'on n'eût pas les ressources pour les exécuter, nous n'en voyons pas dans toutes les églises où les constructeurs avaient projeté d'en faire.
Les vantaux. — Les vantaux du Moyen-Age ont été anéantis, sauf
à Saint-Macaire et dans une petite porte à la collégiale de Saint Émilion *. Sur ceux de La Sauve2 et sur ceux d'Izon, ces derniers « peut-être romans, du moins fort anciens »3, on avait cloué des fers à cheval. M. de Caslelnau parle dans ses Notes-1 des vantaux du xvie siècle de Saint-Pey-de-Castets, relevés de gros clous. Nous savons par le même archéologue5 que Saint -Médard-en-Jallès possédait de très vieux vantaux, renforcés intérieurement de pentures dans le goût de celles de Moulis, mais plus petites. Nous avons vu que Viollet le Duc a publié ces pentures de Moulis et celles de Blasimon. Il reste quelques portes en menuiserie des xvii' et xvur siècles; celle de l'église de La Béole montre le millésime de 1673. On peut étudier dans certaines églises, comme Villemarlin, le dispositif adopté pour fermer la porte : les vantaux étaient maintenus à l'aide d'une barre de bois qui coulait dans un trou pratiqué dans la maçonnerie de l'un et l'autre jambage.
Les mutilations des fenêtres. — Les fenêtres ont souffert fréquemment, pour des raisons multiples : intempéries, violences des gens de guerre et des voleurs, désir d'améliorer l'éclairage des églises, etc. On ne compte pas les textes relatifs aux réparations des fenêtres ni les ordonnances par lesquelles les archevêques de Bordeaux et les évêques de Bazas prescrivent d'élargir les « vitraux », c'est-à-dire les baies6, et de les garnir de vitres et de grilles7. A défaut de documents, l'examen des édifices permettrait de constater que nombre de fenêtres ont été remaniées : Saint-Martin-de-Mazerat n'en a plus qu'une seule intacte, préservée par un mur qui l'obstrue; Lignan-de-Créon, Tauriac, Marsas (fig. 23t) montrent de véritables collections de fenêtres inégales et dissemblables. Je sais une église du Médoc où on a substitué à la fenêtre
1. Ces vantaux sontdessinés dans les Archives de la Commission des monuments historiques, t. IV, pl.Lxi. — 2. Notes du marquis de Castclnau, t. II, p. 120. — 3. L. Drouyn, lzon, p. /|3.— 4. Notes, t. II. p. 33o. — 5. Notes, t. II, pp. 348-3^g. — 6. 17O5. « Les vitreaux qui donnent du jour dans l'église |de Pujols| sont sans vitre » (liapport du curé de Pellegrue. C 37C9). — 7. iG3o. Saint- Michel de Bordeaux (<; 2266). 1G87, Parsac. a Les vitraux de la nef seront plus élevés, agrandis et ensuite garais de vitres » (G fj'10). 1 730-1753, Saint-Martial (H suppl. 3221). 17O3, Cauvignac. On fermera « les vitreaux », qui n'ont que h et 5 pouces sur a pieds, et on en ouvrira deux autres mesurant 3 pieds de largeur à la feuillure sur 13 pieds de hauteur (E suppl. 1903). 1781, Gabaroac (G 3107), clc.