PORTE DE GVRDEGAN (FRAGMENT
Les arcs. — Pour la décoration des arcs, les maîtres d'ceuvre romans de notre région avaient un petit nombre de formules dont ils ne se départaient guère. Il est rare que dans une église soignée les arcs qui se dessinent sur les murs du chevet ne soient pas accompagnés de quelques ornements. A ce point de vue, on peut considérer comme une exception l'arcature et les fenêtres de l'abside d'Aillas, lesquelles sont dépourvues de tout encadrement décoratif.
La sculpture peut affecter la tête de l'arc ou relever une archivolte d'extrados. Ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent; bien des fenêtres absidales en montrent l'application, et les grandes arcatures extérieures des chevets ont de ces archivoltes d'extrados, portant plus habituellement des étoiles. On en peut dire autant, soit des portes, soit des arcatures logées dans le haut des façades ou des clochers : à Francs, cette décoration acquiert un développement particulier. Une archivolte d'extrados constitue à Coimères (fig. 3 16), à Gardegan (fig. 2o3), à Sainte-Colombe (fig. 126), etc., la seule fantaisie qui agrémente l'arc de la porte; dans la porte de Saint-Palais, qui est du xiv1" siècle, l'archivolte subsiste, mais les motifs dont elle est semée sont des feuilles.
A l'intérieur, les files d'étoiles redessinant l'extrados sont inoins fréquentes, peut-être parce que la lumière, diffuse et atténuée, ne met pas en valeur cet ornement. On en peut citer cependant un certain nombre, par exemple dans l'arcature latérale d'une travée de nef à Petit-Palais.
Lorsqu'il vise à plus de richesse, l'architecte se préoccupe aussi d'enjoliver la tête des arcs. Les dessins courants dominent pendant
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' les xic et xnc siècles et la
mouluration est plutôt en faveur à partir du xin6. Il est bien entendu que l'ornementation de la tête de l'arc n'est pas inconciliable avec l'archivolte d'extrados, sauf dans un petit nombre de cas : à l'arcature basse dans l'abside de Moulis, où il a fallu simplifier, parce que les arcs s'entre-croisent; dans des fenêtres où le profil des moulures de l'arc dispensait d'ajouter une moulure d'extrados ; dans quelques arcs, comme dans un enfeu construit sur le flanc Sud de Sainte-Croix de Bordeaux, où la décoration exclut systématiquement toute saillie.
A l'extérieur de l'abside de Saint- Vivien, des fenêtres feintes (fig. 2g4) ont un tympan historié. C'est une dérogation aux règles habituelles.
Les sommiers des arcs forment congé dans l'arcature basse du chœur d'Avensan. Cette disposition, quelque rationnelle qu'elle soit, ne se rencontre guère.
Brulails photog
LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS
Il est assez singulier que l'arc triomphal est rarement orné. Il porte sur l'extrados, à Mouillac, une rangée de pointes-de-diamant ou d'étoiles; à Savignac (fig. 296), il est de lignes plus riches et aussi plus inusitées : la voussure ondulée est unique en Gironde.
Les pilastres, seuls ou combinés avec des colonnes. — L'ornementation des pilastres peut se ramener à quelques idées fort simples : sur les angles saillants on a poussé des moulures toriques; en haut, le pilastre s'évase parfois en une sorte de chapiteau d'ante, qui ressemble assez à un chapiteau cubique. L'un et l'autre procédé ont été employés à Montarouch. Dans ces sortes de chapiteaux cubiques, l'évasement n'est pas très sensible et le dessin du chapiteau serait insuffisamment distinct si on n'avait pas pris soin d'accuser la ligne des festons par un grain d'orge; à la porte d'Izon (fig. 61), cette rainure est une gorge étroite garnie de perles. Les architectes ont pu s'arrêter à d'autres combinaisons pour orner les pilastres : dans un coin de l'église de Civrac (Médoc), un pilier rectangulaire est couronné d'une frise archaïque, où de doubles volutes s'étagent les unes sur les autres.
Il n'y a qu'un nombre restreint d'exemples de pilastres dont le corps soit décoré : un petit pilastre à l'extérieur du chevet de Yertheuil est couvert de légères imbrications; dans l'arcature de la façade de Galgon (fig. 296), les pilastres portent des tresses. En outre, lorsque des colonnettes sont dressées dans l'angle rentrant de pieds droits ou de pilastres, la partie apparente de ces pilastres ou de ces pieds-droits est embellie d'une file verticale de dessins courants dans quelques constructions luxueuses, absides de Saint- Vivien et de Langoiran, porte de Haux, etc.
La règle est, nous l'avons vu, que nos piliers romans sont combinés avec une colonne engagée. Or, dans l'ornementation des supports ainsi compris, les architectes se sont ingéniés à solidariser l'ensemble: le tailloir du chapiteau de la colonne forme moulure d'imposte sur le pilastre ou, réciproquement, la moulure d'imposte du pilastre forme bague autour de la colonne; très souvent, on a profilé une base commune à tout le support; très souvent aussi, plus souvent peut-être dans la partie Nord de la Gironde, la pile entière, pilastre et colonne, est goiffée d'un chapiteau continu (fig. 297).
Les colonnettes. — Il n'est pas toujours facile de distinguer les colonnes engagées de petit diamètre et les tores profilés sur les angles: ceux-ci peuvent avoir, en haut, un évasement décoré, qui ressemble fort à un chapiteau. Les tores dont il s'agit sont arrêtés plutôt, à leurs deux extrémités, par un congé analogue à celui qui marque le départ de certaines nervures. On a tenté d'appeler « bases cubiques » ceux de ces congés qui sont au bas des tores, parce qu'ils dessinent, comme d'ailleurs les congés qui sont en haut, un feston qui rappelle les chapiteaux cubiques. C'est principalement en Blayais que j'ai remarqué des tores pareils : dans les fenêtres
Fig. 2f)0.
itails photo ARCATURE A LA FAÇADE DE GALGON.