LES COLONNES ET LES COLOÎOETTES
des chevets de Saint-Martin-de-la-Caussade (intérieur) (fîg. 21 3) et de Pleineselve (extérieur), à la porte de Marcillac (fig. 270) *. On en peut voir dans le portail Nord-Ouest de l'église de Guîtres, qui est voisine du Blayais, et dans les piliers Est de l'église Saint-Seurin de Bordeaux, qui porte d'autres empreintes manifestes d'une influence charentaise.
En ce qui concerne les colonnettes pleines, le choix des formules pour les décorer dépend, en quelque mesure, du procédé suivant lequel elles sont faites : quand la colonnette est fabriquée au tour, comme à Générac, où les colonnettes de la porte sont d'un seul bloc, bases et chapiteaux compris, il est naturel que l'ouvrier ait fait des fûts et même des chapiteaux annelés ; de là viennent les chapiteaux à bagues du clocher de Lafosse, de la porte de Cameyrac ou de la triple fenêtre de Gartelègue (fig. 3oi) et les fûts à bagues de Pleineselve.
Les fûts de colonnes et colonnettes sont presque invariablement lisses : la porte de Bouliac avait des fûts sur lesquels des tores étaient conduits en spirales et en chevrons et qui ont été refaits sur le même modèle (fig. 42); les fûts de la porte de Lugaignac sont ornés d'écaillés ou de cannelures droites ou en spirale. La fenêtre centrale de l'abside de La Sauve conserve à l'intérieur ses fûts chevronnés, et dans les fenêtres du chœur de Rimons les fûts sont cannelés ou décorés d'un réseau de losanges. Les fûts les plus somptueux que nous ait laissés l'art roman sont ceux des colonnes en faisceaux qui délimitent l'avant-corps sur la façade à Sainte-Croix de Bordeaux : ils sont couverts de tores en hélice brisée.
Fig. 297. — LES SALLES.
Les socles. — Les bases sont généralement posées sur un socle et ce socle est presque toujours carré. Drouyn a dit la surprise que lui avaient causée les socles ronds de Sainte-Croix-du-Mont, de Saint-Macaire et de Saint Georges de- Montagne2. Le socle ou le stylobate qui portent la base peuvent être moulurés, présenter par exemple un tore sur l'angle horizontal saillant ; à Magrigne et dans diverses églises de l'arrondissement de La Béole, Saint-Ferme, Bagas, Saint-Michel-Lapujade, Mauriac, Taillecavat, un listel biais accompagne ce tore. Un empattement plus ou moins élégant peut relier le socle à la base; c'est, à l'extérieur de l'abside de Langoiran, une moulure chargée d'une double rangée de dents-de loup. Un socle sculpté est une exception ; on voit, dans l'arcature haute de l'abside Du Nizan, des socles dont la face antérieure est ouvragée grossièrement (fig. 272); à Fossés, sous la colonne Sud de l'arc triomphal, le socle est découpé de petites moulures convexes, comme des bouts de tore verticaux et juxtaposés; un socle de la nef de Saint- Macaire, entre la première et la seconde travées à l'Est, porte des dents-de-scie.
Les bases. — L'étude des bases est plus complexe. En général, la base romane de nos pays dérive de la base altique : un tore supérieur, une scotie, un tore inférieur plus vigoureux; mais cette règle souffre des exceptions nombreuses et variées. La première consiste à supprimer la base, à lui substituer un congé comme il en existe au bas de certaines moulures toriques.
1. Drouyn en a dessiné à la porte de Saint- Vivien-de-Blaye (Notes manuscrites, t. XLVI, p. 118). — 2. Voyage à pied sur les bords de la Garonne, p. 17; Bulletin monumental, t. XIX, p. 445; Notes manuscrites, t. XLVIII, pp. 2G5-2G7.
LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS
ou
C'est ainsi que dans les colonnes engagées qui sont à l'extérieur de l'abside de Préchac,
l'assise inférieure, cubique du bas, est découpée en haut sui vant des arcs de cercle concaves ; la colonne vient au-dessus.
Le tailleur de pierre qui a fait la porte de Doulezon y a mis une base en lorme de tronc de cône creusé de profondes cannelures. En d'autres églises on a supprimé le tore supérieur, tandis qu'on l'a redoublé à Cardan. Voici les croquis de quelques bases (fig. 298).
On trouverait sans peine, ailleurs, notamment dans les Charentes, des bases
clolin.
Fi<;. 2(j8. — bases: a, saiht-aubin-en-jajllès ; 6, doulezon; c, rellei-ond; d, pompigmac;
e, SAINT-MARTIN DE LAMOTHE-L AN DERON J /, SAINTE-R VDEGONDE ] g, MEÏNACJ h, UEGADAN ; t, ROAILLAN \ k, LANDERROl AT.
analogues à certai-
nes de celles dont je
donne les croquis: l'Angoumois a des bases très hautes dont le profil est fait de nombreuses moulures superposées, comme les bases de Bégadan ou de Roaillan, et on a publié naguère1 une base de Fenioux semblable à celle de Saint-Aubin.
L'arc triomphal de Puybarban avait deux bases étranges : l'une, dont on peut voir plus haut la photograpbic (fig. 271); l'autre, où un tronc de cône posé sur un tore est couvert d'entrelacs. Les bases de la porte de Saint-Christophe-dcs-Bardes (fig. 29g) ne sont pas moins singulières.
Souvent, les listels entre tores et scotie sont effacés, ou bien la scotie est remplacée par une gorge sèche et haute (chevet de Haux, chapelle Nord de Roaillan, Fronsac, travée Est du bas-côté Sud de La Sauve, portes de Saint-Vincent-de-Pertignas (fig. 3oo), Doulezon, Saint-Martial, Mourens, etc.), ou même par un large bandeau (Saint-Germain-de- Campet, Bellebat, Guillac, etc.). Je ne sais si, dans la curieuse porte de Frontenac, la hauteur des bases n'est pas due à l'influence du gothique flamboyant. A Gardegan, le tore supérieur est plutôt petit et le tore inférieur est très gros.
Les bases à griffes sont nombreuses. Drouyn voyait dans les griffes un « signe caractéristique
t. Deshoulières, dans le Bulletin monumental de 191 1, p. 87, fig. 24.
Brutails photogr.
FlG. 299. — PORTE DE SAINT-CHRISTOPHE-DES-BARDES.