LES CHAPITEAUX A FEUILLAGES
Fig. 3o8.
Pierre Ferrel pholog CHAPITEAU A VERTHEUIL.
miniature. Plus rarement, les personnages portent le tailloir sur leur tête ou sur leurs mains : dans l'arcature intérieure du chevet de Saint-Martin-de-Serres, où deux hommes pliant sous le poids de l'abaque sont accompagnés de la légende : leva, ajuda1, dans la porte de Villemartin, à l'arc triomphal de La Réole. Les personnages se réduisent quelquefois à une ou plusieurs têtes : la porte de Pellegrue montre de ce type un spécimen, qui est franchement laid ; la façade de Montagne1 et l'ancienne église de SainLPaul-en-Blayais en possédaient aussi. Les plus beaux sont ceux de Notre-Dame de Langon3 (fig. 281). On en peut voir de fort jolis dans l'angle Sud-Ouest de la nef de La Réole; mais je suis porté à croire qu'ils sont du xvii6 siècle. Enfin, dans certaines colonnettes, le chapiteau est constitué presque entièrement par une grosse tête qui avale le fût : porte Ouest de Saint- Émilion, portails d'Izon, de Petit- Palais, chapiteau isolé près de Notre-Dame de Langon.
Chapiteaux a feuillages. — Le décor feuillagé se prête incomparablement mieux à un modelé normal. Ce n'est pas à dire cependant que le chapiteau à feuillages soit toujours bien compris : sans parler des chapiteaux de Saint-Martin-de-Mazerat et de Saint- Sulpice-de-Faleyrens, où d'archaïques bouquets forment des ornements assez pauvres, il est dans les portes de Cérons (fig. 32 1), de ïauriac, de Coimères (fig. 3i6), de La Sauve'1, dans
l'abside de Haux (fig. 3oq), des chapiteaux où les feuillages sont conduits sans autre préoccupation que de couvrir la corbeille. A La Sauve encore, sur le côté Sud du chœur (fig. 3 1 4), un très volumineux chapiteau est tapissé d'une végétation de tiges, de feuilles et de gros fruits, qui ne parvient pas à en modifier le galbe.
Un ornemaniste a eu, à Villagrains, l'idée ingénieuse de parer à cet inconvénient en plaçant aux angles supérieurs de la corbeille de fortes coquilles de saint Jacques. Plus souvent on a modelé à cet endroit un crochet ou une extrémité recourbée de la feuille, quelquefois relevée d'une baie. On peut même citer dans la porte de Villemartin ou dans une ouverture de la salle capitulaire de Blasimon (fig. 3io), des chapiteaux dont la corbeille semble revêtue d'une tunique, laquelle s'ouvre sur les angles pour livrer passage à des poussées de feuillages, à des crochets qui s'avancent sous l'angle de l'abaque. Les chapiteaux de Blasimon, avec leurs plissements qui rappellent un corselet de toile enserrant un buste replet, sont particulièrement curieux.
La façon dont ces divers feuillages sont traités varie beaucoup: ils peuvent porter des côtes fines et nombreuses, comme dans les beaux chapiteaux de Lafosse ou dans tels autres
Brnlails photogr.
Fig. 3of). — chapiteau a haux.
1. Dessin dans L. Drouyn, Chapiteaux romans de la Gironde, p. 4- — 2. Gérard, Compte-rendu des Monuments historiques, i8/i5, p. 12. — 3. Le marquis de Caslelnau a dessiné sur son album, à Haux, un bénitier formé d'un chapiteau double avec tailloir unique: les deux corbeilles semblent s'ouvrir sur leurs angles, pour laisser passer une tète. Les albums de la Commission départementale des Monuments historiques renferment de ce bénitier un joli dessin de L. Drouyn. — k- L. Drouyn, Album de La Grande Sauve, pl. k-
LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS
chapiteaux de la nef de Petit-Palais, où on sent circuler la sève de l'inspiration antique. A Sainte-Croix de Bordeaux, Bassens1 et Espessas, des lignes de petits trous relèvent l'orne
mentation jugée insuffisante. Ailleurs, au
Brutails photogr.
FlG. 3 10. — CHAPITEAU DE LA SALLE CAPITULAIRE I1E BLASIMON.
contraire, le modelé est systématiquement simplilié : les feuilles, grandes et fermes, prennent une régularité parfaite à Mazerac, à Pujols-sur-Ciron, etc.; les baies deviennent des boules oblongues ou rondes à Saint-Pey-d'Armens, sous la coupole de Cars (fig. 3o3), dans la porte de Saint- Martin-de-Monphélix, dans l'arcature de Savignac-d'Auros (fig. 186), etc.
On en vint à ces chapiteaux fréquents et souvent heureux, qui tiennent le milieu entre le décor végétal et le décor géométrique. Tels plans courbes sont-ils une réminiscence de la feuille d'eau? Sur ces chapitaux de Ludon faut-il voir des feuilles ou des volutes partant de l'astragale? Ces crosses, à Saint-Martin de Lerm ou à Sendets, sont-elles imitées d'une vrille de la vigne, ou dérivées de la volute, ou issues d'une transformation de la palmette?
Nous possédons dans des constructions par ailleurs intéressantes, clocher de Macau, transept Nord de Mon tagne(fig.3n), nef de Lalandede-Pomerol, portes de Galgon etde Puisseguin, une famille de jolis chapiteaux qui projettent sous Pangle
du tailloir un paquet de volutes ressemblant vaguement à une fleur- de-lis renversée, sans qu'on puisse dire si ce sont des folioles stylisées ou une simple fantaisie du sculpteur.
Bépartition des ornements sur la corbeille. — Des chapiteaux trapus n'ont qu'un rang de motifs; il est plus ordinaire que la décoration soit disposée en deux ou trois étages. Sous la corniche d'une absidiole à Saint-Christoly de-Médoc, un chapiteau porte en bas une couronne de feuilles stylisées, qui dissimulent la naissance de la corbeille, plus haut la corbeille chargée de gravures qui rappellent les feuilles de laurier, plus haut encore le faux abaque. Il arrive,
i. Dessin de Drouyn, Société archéologique, t. II, p. 68.
Brutails photopr.
Fig. 3 i i . — chapiteaux sous la coupole nervle de montagne.