CHAPITEAUX DE LA PORTE DE PI ISSEGUIX
différents et d'un type
plus attachant: le maître d'oeuvre a ingénieusement accouplé ses chapiteaux, de façon qu'il n'y eût qu'un chapiteau et une voussure pour deux colonnettes.
Dans certaines églises du Libournais et du Blayais, — arcatures extérieures du clocher de Cars (fig. 325) et de l'église de Sainte-Colombe (fig. 126), portes de Cours et de Saint-
Cybard, fenêtres de Saint-Magne (fig. 33o), etc., — des chapiteaux cubiques font corps avec le pied-droit ou le pilier voisin : la partie haute de la corbeille continue le plan du pilier et le tailloir continue la moulure d'imposte. Ruprich-Robert1 a publié des arcatures normandes qui, à cet égard, ressemblent étroitement à certaines arcatures du Bordelais.
J'ai déjà enregistré la tendance de nos architectes romans à couronner les supports, non pas d'une série de chapiteaux discontinus, mais d'une frise. Cette tendance est particulièrement sensible dans quelques portes d'ailleurs riches : Pujols-sur-Ciron (fig. 3i3), Saint-Christophe-des-Bardes (fig. 299), Lugaignac, etc.
Les astragales. — Des astragales il y a peu de chose à dire. Ils manquent rarement; le cas se présente cependant quelquefois (fig. 281). Dans un gros chapiteau déjà mentionné du chœur de La Sauve, la décoration de la corbeille déborde sur l'astragale et le relie davantage au chapiteau (fig. 3i4)- C'est une exception. L'astragale roman est un tore plus ou moins correctement mouluré ; un grain d'orge marque parfois un sillon horizontal sur ce tore, à Castelvieil, Coirac (fig. 279); l'astragale peut également simuler un cordage ou deux2. Ce sont des variantes sans grand intérêt. L'analyse du tailloir mérite plus d'attention.
Brutails photogr, 3l3. — PORTE DE POJOLSrSUR-CIROH (FRAGMENT).
1. Architecture romane en Normandie, pl. xxvn et cvi. — 2. Un câble à Haux et dans la porte de Camps; deux câbles contrariés à La Réole et à La Sauve. Un astragale de la porte de Bisqueytan est de profil un peu compliqué, avec une gouttière.
LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS
Les tailloirs. — Quelques supports n'ont pas de tailloir : lorsque le chapiteau porte la corniche, la tablette saillante de la corniche tient lieu de tailloir; c'est fréquent. De plus, il est des fenêtres, à Saint-Léger-du-Balson, à Saint-Etienne-de-Lisse, à Gauriac, à Villegouge, à Langoiran, à Guitres, à Saint Marlin de-Laye (fig. 209'""), etc., où la colonnette, avec chapiteau mais sans tailloir, est dressée dans une échancrure de l'angle saillant du pied-droit; l'angle de la voussure n'est pas échancré et il repose sur ce chapiteau incomplet. Dans la chapelle
Nord de Pleineselve, les fenêtres sont encadrées, suivant une combinaison en honneur dans l'école limousine, d'un tore coupé, au niveau des naissances, par un petit chapiteau et un tailloir minuscule (fig. 291). Enfin, dans la crypte de Baron, une corbeille est sommée d'un lourd tailloir qui fait corps avec elle et qui présente seulement, sur chacune de ses faces, un bandeau orné d'un damier (fig. 3i5).
Il arrive quelquefois que le tailloir tient à la corbeille : c"est le cas pour un chapiteau qui est gardé dans le bureau de l'architecte, à la cathédrale de Bordeaux. Dans les massifs chapiteaux de l'arcature basse au chevet Du Nizan (fig. 272), le tailloir non seulement fait corps avec la corbeille, mais encore se confond avec elle, comme dans le chapiteau de Baron.
Le tailloir roman est très souvent sculpté : dans la porte de Cours, la décoration, désertant les chapiteaux et les voussures, s'est réfugiée dans les tailloirs et dans
blG. 3l6. — COLONNE 1)1 OIIOE1 R I>I5 I.A SAI VE.
l'archivolte d'extrados. Les tailloirs portent rarement un sujet animé, à moins que l'imagier n'ait logé là une partie de la scène : à Cessac, un Apôtre n'ayant pas trouvé place avec les autres, figure sur un tailloir 1 ; à ïauriac, des Anges qui complètent la scène de la lapidation de saint Etienne occupent également un tailloir; c'est à cette place qu'est l'Ange de l'Annonciation sur un chapiteau de Bouliac. Deux quadrupèdes courent l'un après l'autre sur un tailloir du portail de Tauriac : des tailloirs portent des hommes couchés, à Paillet, à Daubèze et Aillas, des têtes humaines à Illats, des mufles à Coirac.
Le sculpteur a plutôt disposé sur le tailloir une branche de feuillage ou un rinceau : arc triomphal de La Réole, portes de Sainte-Radegonde, de Cérons (fig. 32i), de Marcillac (fig. 270), chapiteaux isolés de Sain te-Croix-du-Mont, de Blaignac, etc. Mais le procédé le plus habituel pour la décoration des tailloirs romans consiste à les semer de petits motifs répétés. C'est d'ordinaire le chanfrein qui reçoit les ornements, quelquefois le bandeau supérieur ou encore l'un et l'autre. Des tailloirs sont striés (Puynormand, Puybarban (fig. 271), Blaignac, Préchac, porche de Saint Scurin de Bordeaux); ou bien ils ont une file horizontale de petites cavités (Cars, Saint-Michel de-la Rivière (fig. 3o3), Cardegan (fig. 290), Berson); ou plusieurs files disposées en échiquier (Sainte-Colombe); des billetles ou des damiers (Pujols sur-Giron, Mazcrac, Baron (fig. 3i5), Ycrtheuil, Préchac, Villenave (fig. 1 56), Saint-Martin-de-Serres, portail démoli de Saint-Paul en Blayais); des losanges (Saint-Martin de Laye) ; des carrés chargés d'une croix de Saint André (Villegouge, Sainlc-Cenevièvc de Fronsac); des croix de Saint-André recoupées de traits horizontaux et verticaux (Gours) ; une bande crénelée (Notre-Dame de Langon(fig. 3o4); des bâtons brisés (Tourlirac, Montagne (fig. 3ii), Cubzac, Galgon) ; des dents de-scie sur un 1. !.. Drouyn, \'aruHés girondines, l. I, |>. 677.