‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 162 sur 185 · LES APPLICATIONS · texte numérisé non relu

LES APPLICATIONS

espaces entre ces modillons sont le plus souvent nus : dans les corniches qui dominent les portes de Sainte Croix de Bordeaux et de Cambes (fig. 339), ces espaces servent de champ à une décoration quelque peu exubérante.

Les girouettes et les croix antéfixes. — Il est particulièrement délicat d'étudier ces ornements fragiles, exposés à bien des causes de destruction, qui peuvent avoir été refaits et qu'on est réduit à examiner de loin. Certains de nos clochers, Noaillan, Montagne, etc., sont surmontés d'un coq, lequel est sans doute moderne. Il est fait mention de croix au sommet des clochers : à Saint-Michel de Bordeaux, en 1492'; à Targon, en i6/|32. La croix en fer de Puybarban, que Viollet-le-Duc a publiée3, est attribuée par lui à la fin du vin' siècle ou au xi\°. Bégadan avait au-dessus de l'arc triomphal une girouette qui représentait un lion passant'1. On a déposé, il y l'abbé Brun en a donné le dessin5 : elle tourne

Brulails photogr.

FlG. 3/|2. — FAÇADE DE LURZINB.

valeur. Lagorce a conservé une croix de style

1. (1 22Ô2. — 1. Y. suppl. 35*19. ~ 3. Dictionnaire d'architecture, t. IV, p. Zi ri 2 . — 4. Drouyn, Notes manuscrites, t. XLV1I, p. n3rj. — 5. L'zeste et Clément \\ 2' éd., p. io5; le dessin est sur le titre.

XES FAÇADES

Fie 3/,;

Brulails pliotogr.

FAÇADE I1E BEHSON.

archaïque. Mais la plus riche que je connaisse est la croix qui couronne l'église de Cazelles quatre petits arcs concaves vers l'extérieur sont disposés entre les branches; sur la croix elle-même et vers le pied, un vase est placé, d'où s'échappent trois panaches qui s'étalent sur la tête et sur les bras.

D'autres croix acrotères existent vraisemblablement; elles sont haut placées, et il est difficile de les découvrir, plus difficile encore de les étudier et de les dessiner.

Les façades. — Sur l'ordonnance des faces latérales et des chevets, il n'est guère d'observations à formuler qui n'aient trouvé place dans les chapitres précédents. L'architecture des façades, plus complexe et plus variée, peut, au contraire, donner lieu à des remarques dignes d'être consignées par écrit.

Le motif capital dans la composition d'une façade est la porte. 11 faut donc distinguer entre les façades avec porte et les façades sans porte, entre les édifices qui ont la porte sous le pignon Ouest et ceux dans lesquels la porte est sur un côté. Les façades dépourvues de porte sont des

murs bruts et sans intérêt; les portes pratiquées ailleurs que dans la façade peuvent être très

soignées; mais l'ensemble en est incomplet. L'idéal est la façade avec porte, comme celles de Sainte-Croix de Bordeaux, de Petit Palais, d'Aillas, de Blasimon, etc.

Quelle qu'en soit la place, les belles portes sont accompagnées de deux fausses portes ou tout au moins de deux arcs : les portes feintes (fig. 34 1) partent, ou peu s'en faut, du sol; les arcs (fig. 0^2) sont placés plus haut et l'appui en peut être au niveau de l'imposte de la porte. Les fausses portes se rencontrent plus souvent que les arcs : on en voit à Blasimon, Castelvieil, Haux, Saint-Martin-de-Sescas et dans bien d'autres églises depuis Savignac au Sud, jusqu'à Moulis, Tauriac; Cubnezais, Guitres (transept Nord), Lagorce, Petit-Palais et Gours, au Nord. Des arcs haut placés flanquent la porte dans les façades d'Aillas et de Lurzine. Les deux formules, arcs élevés et portes feintes, ont été employées simultanément à Sainte-Croix et à La Sauve.

Ces données romanes ont survécu jusqu'au xvn° siècle : les niches gothiques de Saint-Seurin, de Berson (fig. 343), de Bauzan, de Saint-Émilion (fig. i32), les fausses baies de Sainte-Eulalie de Bordeaux

FlG. 344-

Brutaite pliotogr.

FAÇADE DE SAINT- LAURENT (iMÉDOC).

LA DÉCORATION : LES APPLICATIONS

continuent la tradition des portes feintes du xnc siècle; les arcs élevés se retrouvent sous une forme gothique à Sainte-Foy-la-Grande1 et sous une forme redevenue romane à Francs (fig. 56).

Quand la porte était dans un avant-corps, celui-ci était couronné d'une corniche, et quand elle était percée dans la façade, elle pouvait être surmontée d'une arcature, qui tenait la largeur de

cette façade. Sainte-Croix possédait deux arcatures superposées; La Sauve en avait trois. Ces files d'arc meublent beaucoup mieux le mur que ne le fait une fenêtre : la belle fenêtre géminée de Blasimon ne vaut pas une arcature très simple. Comme les autres accessoires delà porte, l'arcature de premier étage est répandue dans le département, depuis Aillas jusqu'à Benon et Tauriac, et elle a persisté à l'époque gothique et jusqu'à l'époque moderne, ainsi qu'en témoignent les façades de Saint-Laurent (Médoc) (fig. 3/|4), de Saint- Palais, de Moulis, de Saint Sulpice, qui a des arcs trilobés, et de Francs.

Que l'on ajoute des contreforts ou des faisceaux de colonnes engagées, souvent un clocher arcade (fig. 345), enfin une croix anléfixe, et on aura une idée des façades de nos églises girondines. Cette description n'est pas vraie, d'ailleurs, de tous les édifices : à Petit-Palais, l'effort décoratif s'attache moins aux portes, vraies et simulées, qu'à l'arcature et aux pleins des murailles. Sainte-Terre avait un arc de décharge, qui abritait vraisemblablement une fenêtre, sinon un oculus analogue à celui dont il subsiste des vestiges sur la façade de Saint-Ferme. Cette façade de Saint-Ferme, avec son arc à mâchicoulis, appartient au type militaire : on en retrouve l'aspect, mais non les dispositifs de défense, dans la façade, si joliment pittoresque, de Fontet (fig. 346).

FlG. 345. — ÉGLISE DE VIRSAC.

Brulails pliologr.

r. Les Archives départementales ont un assez joli dessin de la façade de Sainte-Foy en i85o, dû à l'architecte A. Labbé.

Dubreuilh photogr.

Fig. 340. — église de fontet.

CONCLUSIONS

La classification des églises girondines1

Le classement chronologique des églises : difficultés ; survivance des formes. — Les rapports chronologiques avec

les écoles du Nord. — L'œuvre architecturale des diverses époques en Gironde. Le classement en écoles : la théorie. — Les faits : répartition géographique de certaines formes. — L'explication des

faits : les rapports de la répartition des formes avec les géographies politique, administrative et ecclésiastique ;

influence des monastères. — L'origine des procédés et des formes : Orient, Périgord, Agenais. — Les affinités

avec la Saintonge romane, avec l'Anjou et le Poitou gothiques. — L'existence d'une école romane charentaise-

bordelaise.

Intérêt que présentent les églises girondines.

La chronologie des églises : survivance des formes. — C'est bien souvent une tâche singulièrement ardue d'assigner une date aux édifices religieux de la Gironde. Il faut, d'abord, se tenir en garde contre les impressions d'archaïsme qui se dégagent de certaines constructions : les cryptes, basses, mystérieuses et d'architecture un peu rude, induisent généralement en erreur sur leur âge. De même en est-il pour les monuments en ruine : une porte percée sur le flanc Sud à Poussignac paraît très ancienne à première vue ; si on réfléchit, on se rend compte que cela tient à ce que les claveaux sont disjoints. De plus, nous avons peu de documents, peu de renseignements positifs et directs sur l'origine des églises de nos contrées : faut-il ajouter qu'il est parfois difficile de faire l'application de ces textes et de dire s'ils concernent l'édifice actuel ou un édifice antérieur? Enfin, le progrès n'a pas marché partout d'un pas égal, et le style de certaines églises est fort en retard. Il en était ainsi dès la période romane, pendant laquelle de nombreux constructeurs avaient, nous le savons, gardé l'usage du petit appareil. Il existe vers Saint-Émilion et Castillon une famille de chapiteaux barbares, à Sainte-Colombe (fig. 3o5), à Saint-Sulpice de-Faleyrens, à Saint- Martin-de-Mazerat et même dans la collégiale de Saint-Emilion, au premier étage du clocher, lequel est du xnie siècle; ce sont des chapiteaux ornés d'entrelacs, de feuillages stylisés, de stries courbes et vigoureuses rappelant de loin les strigiles de certains sarcophages. La première idée qui se présente à l'esprit est qu'on se trouve en présence de sculptures fort anciennes et réemployées. Rien n'est moins certain : les chapiteaux du clocher de Saint-Émilion, par exemple, paraissent avoir été faits pour la place qu'ils occupent, et il

Brutails photogr.

FlG. 347. — Ér.LISE DE SAINT-OIERS-HE-CAXESSE.

1. J'ai soumis ces conclusions à MM. le marquis de Fayolle, G. Musset, Georges et l'abbé Marboutin : je suis très reconnaissant à ces Messieurs des additions et des modifications qu'ils ont bien voulu me suggérer.

CONCLUSIOS

est plus sage de penser que, sur ce point de notre province et sur d'autres apparemment, les vieilles formules décoratives sont restées longtemps en faveur.

Si des procédés préromans ont persisté durant l'époque romane, il est plus fréquent de constater que des procédés romans ont été employés pendant l'époque gothique et après. Dans bien des cas, le désaccord est sensible entre la construction et la décoration ; tantôt

c'est la construction qui est plus moderne et tantôt c'est la décoration, ou encore un trait de l'une ou de l'autre: dans le chevet de Saint-Seurin de Bordeaux, la voûte est gothique et les fenêtres sont romanes; dans le clocher de Saint-Ciers-de Canesse (fig. 209 et 347), que je date avec Drouyn du xiv" siècle, tout le rez de-chaussée, coupole, arcs et fenêtres, est roman, tandis que le premier étage est gothique. L'abside et la nef de Romagne, bien homogènes, sont de style roman ; mais un cul de-lampe montre des têtes coiffées à la mode du temps de saint Louis1. A l'extérieur du chevet de Camarsac (fig. 333), le bas est élégi d'arcs brisés et certains corbeaux de la corniche sont d'un archaïsme extrême. Au-dessus de la porte du clocher de Lormont, qui est de i43o environ, des pointes de-diamant voisinent avec des motifs de style flamboyant. Les portes de Frontenac et de Villegouge sont d'un parti bien roman; mais à Frontenac la porte fait corps avec une façade du xve siècle ' ou à peu près, et à Villegouge les bases et quelques détails des chapiteaux accusent le gothique avancé. J'ai considéré l'abside de Blézignac comme une abside du xn' siècle transformée au xvi', jusqu'au jour où

Fl(i. 3 '1 8 . — IBSIDE ET CLOCHER DE TOI RTIRAC.

un examen plus attentif m'a donné à croire que le tout était d'une seule venue et qu'il fallait faire honneur de ce chevet roman à la fin du gothique. Pujols, Magrigne, Saint- Denis-de-Piles sont de conception romane; mais quelques détails trahissent leur vraie date, qui est gothique. Dans une clef de voûte de La Sauve (fig. 72) récemment acquise par le musée de Bordeaux, la facture du sacrifice d'Abraham est romane, le profil des amorces d'ogives est d'un gothique assez avancé.

Ces traditions romanes ont duré jusqu'aux temps modernes : l'église de Francs (fig. 66), qui est romane d'intention, a été commencée en i6o5. Il est difficile de préciser ce qui, dans l'église de Tourtirac (fig. 3/j8), a motivé une dédicace en 16073, et nous savons que la nef romane de Saint Ferme es! probablement du xvir" siècle.

D'autre part, la survivance des formes gothiques est aussi à signaler4 : la restauration de Bazas, en 1 583 1 635, est un essai des plus curieux. Nous avons peine à discerner dans cette même cathédrale les deux voûtes que nous savons avoir été reconstruites au xvni* siècle. La clef pendante d'une croisée d'ogives d'Escaude est datée de 1677; à Mouillac, Bauzan, Fronsac, Aillas, etc., ce mode de voùtement s'allie avec des motifs de décoration Benaissance 5. Saint- Michel Lapujade a sur la façade Ouest une porte en arc brisé d'un gothique un peu banal, mais

1. Voir ci-dessus, p. i65. — ■>.. Cfr. plus haut, p. 2/18. — 3. C'esl, du moins, ainsi que j'interprète l'inscription qui est peinte sur l'un et l'autre des murs latéraux du chevet, à l'intérieur : dédicace le 3o aoi st. a> 1607 m. On n'a pas refait toute l'église à celte époque: un arc placé sur la face Sud du chevet est gothique; il a fallu néanmoins une construction partielle pour qu'on ait à nouveau dédié l'église. — h. Voir ci-dessus, p. 181. — 5. Je cite encore, avec toutes sortes de réserves, les piliers gothiques de la nef de Saint- Laurent (Médoc), dont l'un porte les dates 172G et 18A1.

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