‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 164 sur 185 · LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES FORMES · texte numérisé non relu

LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES FORMES

à l'archéologue qui explore nos campagnes de remarquer dans le plan, dans les procédés de construction ou dans les formules de décoration d'une église telle particularité qu'il a notée dans le voisinage1. De ce fait on peut voir dans les pages qui précèdent bien des exemples : la porte de Saint -Cybard est comprise comme celle de Cornemps; l'ordonnance extérieure d'une travée de Blasimon ressemble à celle du chevet de Pujols ; le chevet de Moulis, à celui d'Avensan ; la façade Ouest de Gironde, à celle de Casseuil; Préchac rappelle Noaillan; Mons, près deBelin, avec son chœur plus haut que la nef et son clocher à l'autre bout, est de même silhouette que Lugos; Esclottes et Saint-Macaire attestent une commune origine; la porte de l'église précitée de Saint-Macaire et la porte Sud de Saint Seurin de Bordeaux ont une parenté indéniable. Ce sont des embryons d'écoles. D'autres groupes sont plus développés, plus importants, plus étendus : il est intéressant d'étudier l'aire qu'ils occupent.

Des formes sont plus caractéristiques et plus faciles à suivre que d'autres : une abside avec des colonnes engagées et des corbeaux est chose courante; une abside relevée de grands arcs de décharge sur plan courbe s'impose davantage à notre attention. Après avoir fait choix de quelques dispositions qui m'ont paru originales, j'ai pointé sur une carte les localités où j'avais relevé 2 chacune d'elles : le rapprochement des différentes cartes est des plus instructifs.

La répartition géographique de certaines formes. — Une première constatation saute aux yeux : c'est que presque tous les faits dont je me suis occupé se sont produits à droite de la Garonne; si certains enjambent le fleuve, ils ne le dépassent guère, sauf exception. La portée de l'observation qui vient d'être énoncée s'accroît de ce que les jolies charpentes elles-mêmes sont toutes, abstraction faite d'Avensan, à droite du fleuve; elles se rencontrent spécialement dans l'arrondissement de La Réole et dans la partie de l'arrondissement de Bordeaux qui est contiguë à celui de La Réole; il n'est donc pas jusqu'à la charpenterie pour laquelle nos landes n'aient été inclémentes.

Le plan à une nef avec transept, abside et absidioles, très répandu à droite de la Garonne, a eu, à gauche du fleuve, plus de succès que les charpentes : non seulement il en a jalonné le cours, à Labrède, Martillac, Léognan, Cadaujac, Sainte Eulalie de Bordeaux, Moulis, Givrac (Médoc), Saint Christoly (Médoc), mais il a gagné la région landaise, à Landiras, Roaillan, Aillas, Préchac et même sur les bords du bassin d'Arcachon, à Andernos.

Les absides circulaires à l'intérieur, polygonales à l'extérieur, sont disséminées dans les divers arrondissements, à l'exclusion de Lesparre et de Libourne; la plupart ne s'éloignent pas trop du fleuve : Caudrot, Saint-Macaire, Saint-Morillon, Lestiac, Sainte-Croix de Rordeaux (?), Tauriac.

Les églises à faux transept portant clocher sont presque toutes dans l'arrondissement de Libourne; l'une, Ruch, est dans La Réole. D'autres églises, Lalande-de-Cubzac, Lafosse, Peujard, Saint-Gervais et, en Médoc, Saint-Sauveur, ont un clocher monté en avant du chœur: c'est un groupe distinct du précédent, mais qui s'en rapproche.

L'arc triomphal étroit, percé à travers un mur de refend, se rencontre surtout dans cette contrée qui comprend le Nord de l'arrondissement de Razas et le Sud de l'arrondissement de La Réole. Quelques spécimens sont éparpillés en Libournais et même l'un d'eux pousse une pointe à l'extrémité Nord de l'arrondissement de Rlaye, à Saint-Palais-Lalande.

Les coupoles sont £ droite de la Dordogne, dans l'arrondissement de Rlaye, dans le canton de Saint-André-de-Cubzac, qui appartient administrativement à Rordeaux, géographiquement

i. Ces «ressemblances de paroisse à paroisse» ont été signalées depuis longtemps par Félix de Verneilh, dans une Lettre à M. de Caamont sur l'architecture de la Dordogne comparée à celle du Calvados (Bulletin monumental, t. XVI, p. 4 1 4). — 2. Je crois devoir insister sur ce que ce dénombrement des formes n'est pas complet.

CONCLUSIONS

à Blayo, et surtout dans l'arrondissement de Libonrne. Quelques coupoles ont été construites au Sud de la Dordogne, jusque vers le centre de l'arrondissement de La Réole. Je n'en connais pas près de Bordeaux.

Les absides à grands arcs de décharge extérieurs sont dans l'arrondissement de Libourne, plus une à Bellefond, dans l'arrondissement de La Réole, mais sur la lisière Nord de cette circonscription, et une autre à Lesparre. Les absides qui ont un couronnement d'arcs jumeaux se trouvent à proximité de la Garonne : Tune sur la rive droite, Saint Loubès, les autres à gauche, Léognan, Cissac, Saint Christoly (Médoc).

La partie orientale de l'arrondissement de Libourne possède un petit groupe compact d'églises dans lesquelles des pilastres sont arrondis sur leurs angles : Petit-Palais, Montagne, Monbadon, Tayac, Saint Cybard, Tourtirac. On peut voir des supports de ce genre sur divers autres points : Saint Macaire, Izon, Tauriac, Saint-Palais et même, à gauche du fleuve, Pujols-sur-Ciron et Saint-Vivien (Médoc).

Quant aux voussures biaises, on en rencontre un peu partout à droite de la Garonne, plus à Saint Morillon et à Saint Seurin de Bordeaux, qui sont à gauche.

Les fenêtres jumelles n'existent que dans l'arrondissement de La Réole et même dans la moitié Est de cet arrondissement.

Les chapiteaux cubiques sont nombreux dans l'arrondissement de Libourne, à droite de la Dordogne; ils sont plus clairsemés dans les arrondissements de Blaye et de La Béole; en dehors de là, on n'en rencontre pour ainsi dire pas. Les chapiteaux godronnés sont à gauche de la Dordogne, entre cette rivière et la Garonne, surtout dans l'arrondissement de La Béole.

Les portes surmontées d'arcades ou accostées de fausses baies sont réparties dans toute la Gironde, à la réserve du littoral et de presque tout le Bazadais.

Enfin, les clochers pignons sont plus nombreux dans la portion méridionale du département, plus rares au Nord de la Dordogne.

En résumé, La Béole possède les belles charpentes, les fenêtres jumelées, les chapiteaux godronnés et quelques coupoles; l'arrondissement chef-lieu a plutôt des chevets développés, à trois absides combinées avec une nef unique; Bazas et aussi La Réole ont des arc triomphaux resserrés; Libourne, des églises à faux transept sous clocher, des absides garnies de grands arcs de décharge extérieurs, des coupoles, des pilastres aux angles arrondis, des chapiteaux cubiques et de riches ordonnances de façades; Blaye a un petit nombre de coupoles, de chapiteaux cubiques, de percements biais et de façades monumentales. Le centre où l'architecture est, sinon le plus active, du moins le plus originale, est l'Entre-Dordogne, c'est-à-dire le territoire qui s'étend entre la Dordogne et l'Isle.

Les rapports de la répartition des formes avec les géographies administrative et ecclésiastique. — Voilà les faits. Si nous cherchons à les interpréter1, à saisir les forces sous l'action desquelles ces groupements se sont formés, nous voyons d'abord qu'on doit exclure les causes d'ordre politique ou administratif. Peut être faut il ouvrir une exception au profit des églises de bastides, édifices gothiques à une nef bordée de chapelles latérales : Monségur et vraisemblablement Sauveterre. Les constructions de ce type sont dues, non pas, comme on l'a cru, à une influence de l'école languedocienne, mais à un calcul d'économie : c'est l'église rationnelle, adoptée par l'administration pour les villes neuves. Une vieille tradition attribue les monuments anciens de nos pays aux Anglais', comme jadis aux Sarrasins3; en réalité,

i. Il est entendu qu'une part doit être faite aux causes particulières : la Chartreuse de Bordeaux serait différente si l'archevêque Henri de Sourdis, grand amiral de France, n'avait pas donné, pour la décorer, des marbres enlevés aux Turcs. — î. Baurein, Variétés bordelaises, t. III, pp. 101 et i^8; notiv. éd., t. III, pp. 74 et 102. — 3. 22 janvier 1^73, n. s. Mention d'une « lor et bouta apperada sarrasina », sise dans la rue Porle-Dijeaux (G 1 1C1). Cfr. Quicherat, Mélanges, Moyen-Age, p. 3j2.

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