INTÉRÊT QUE PRESENTENT LES ÉGLISES GIRONDINES
Bordelais et en Bazadais. Nous avons en tout, dans le vaste département de la Gironde, trois églises romanes à bas-côtés, qui toutes les trois sont des églises monastiques : Soulac, Vertheuil et Guîtres, et deux églises à déambulatoire, savoir les églises déjà nommées de Vertheuil et de Guîtres. Quand on fait abstraction des formules décoratives, pour s'en tenir aux grandes lignes des édifices religieux, il est permis de ramener les églises du Sud-Ouest à deux types : l'un, qui se rattache à l'art auvergnat est le type basilical, à bas-côtés et à déambulatoire; l'autre, qui est à nef unique, s'est accommodé du voûtement en coupoles autour de Périgueux et d'Angoulême. Le premier type est celui du Poitou; le second est celui du Bordelais, aussi bien que de l'Angoumois et de la Saintonge.
D'autres considérations, d'ordre moins général, confirment ces premières constatations : c'est ainsi que l'allongement du chœur se remarque « surtout dans le Bordelais, l'Angoumois et la Saintonge » 1 ; de même, les coupoles poitevines sont plutôt sur trompes, alors que toules les coupoles du Bordelais, à l'exception de la seule coupole de Gaillan, sont montées sur pendentifs.
Mais si les décorations ne sont pas les mêmes, si les ensembles sont aussi profondément dissemblables, on se demande quelles analogies peuvent l'emporter sur de telles différences, quels liens assez puissants rattachent les deux groupes, groupe du Poitou, d'une part, groupe de l'Angoumois, de la Saintonge et du Bordelais, de l'autre.
Sans doute il ne faudrait pas multiplier outre mesure le nombre des écoles; mais il serait autrement grave de s'arrêtera une classification trompeuse et qui ne répondrait pas à la réalité.
Voilà pourquoi j'incline à détacher de l'école poitevine, pour en constituer une école séparée, la Gironde et, autant que je puisse en juger, les Charentes.
Intérêt que présentent les églises girondines. — A quelque école qu'on les rattache, quelque origine qu'on leur assigne, les vieilles églises de la Gironde présentent un intérêt des plus considérables.
On s'imagine trop souvent que les églises classées au nombre des monuments historiques sont seules dignes de sollicitude et que les autres sont négligeables. Rien n'est plus inexact, et le classement administratif ne saurait être considéré comme un critérium de la valeur des édifices; il retient quelquefois des œuvres médiocres et laisse échapper des morceaux de choix : abside et clocher de Bayon, églises de Magrigne, de Doulezon, etc.; le portail de Haux n'est pas classé, ni celui de Puisseguin, ni même, chose invraisemblable, le portail classique de Lalande-de-Gubzac.
De plus, nombre de monuments, dont le mérite esthétique n'était pas pour attirer l'attention du service des Beaux-Arts, sont précieux en tant que spécimens de l'architecture locale : Sainte-Colombe est dans ce cas. Si j'avais pu obtenir jadis le classement du clocher de Saint-Androny, celte mesure nous aurait conservé un type qui n'est plus représenté dans la Gironde.
Enfin, même lco plus humbles églises peuvent être intéressantes, et il n'est pas jusqu'à leurs blessures et à leurs misères qui ne comportent une leçon : ces arrachements d'une voûte renversée au xvie siècle, ces traces de balles autour des fenêtres d'un clocher, celte statue mutilée sans profit pour qui que ce soit nous montrent combien sont odieuses et stupides les haines impies qui précipitent les uns contre les autres les citoyens d'une même nation. Ces maçonneries pitoyables, tirées du sol même sur lequel elles s'élèvent, nous rappellent l'isolement où vivaient autrefois les diverses contrées et les bienfaits dont nous sommes redevables à l'outillage de notre société moderne.
j. Anthyme Saint-Paul, dans l'Encyclopédie Planai, art. Poitevine (École), t. VI, p. 221.
CONCLUSIONS
Parmi nos vieilles églises girondines, il n'en est pas une qui ne livre, soit un chef-d'œuvre à notre admiration, soit un enseignement à nos méditations. Et c'est pourquoi, à moins de raisons graves, il faut toutes les défendre contre les vandales quelconques, architectes plus soucieux d'eux mêmes que des édifices confiés à leurs soins, maires négligents, curés trop zélés; il faut toutes les conserver, depuis les mâles et robustes constructions du Médoc, du Blayais, du Libournais, du Réolais, de l'Entre-deux-Mers, où d'habiles maîtres d"œuvre ont agencé des matériaux excellents, jusqu'aux plus pauvres églises du Bazadais, si modestes et si basses qu'elles se cachent à demi dans les grands blés.
Vu ET LU :
Bordeaux, le 8 novembre 191 1 .
Le Doyen de la Faculté des Lettres.