SAINT-SEURTX DE BORDEAUX
La longue énumération des travaux exécutés à Saint-Seurin donne à comprendre que maintes parties ont été refaites et que l'édifice primitif est criblé de restaurations successives.
L'église est orientée, avec une inclinaison vers le Nord. Si l'on fait abstraction de la crypte, le porche Ouest est ce qu'il y a de plus ancien dans l'église : il doit, comme la crypte, d'ailleurs, remonter au xie siècle. Or, en i85i, des fouilles mirent à découvert, à l'entrée du chœur, un mur polygonal1, et on jugea que c'était l'abside de cette église du xie siècle; mais comme nous ne savons pas quelle était la force de ces murs ni s'ils présentaient, aux angles, des colonnes engagées, il nous est difficile de dire quelle en était la destination.
Le chevet actuel, sur plan carré, est du xiT siècle. Les travaux furent poursuivis de l'Est vers l'Ouest. La disposition de la nef est remarquable : les voûtes d'ogives, sur plan carré, sont épaulées par des berceaux transversaux. Quelques édifices sont construits suivant une donnée analogue : l'église de Barbezieux3, par exemple, et celle de Mimizan3. Des berceaux perpendiculaires à l'axe de la nef existent dans quelques églises poitevines romanes du xu° siècle'1; dans ces édifices et spécialement à Saint-Seurin, où les travées sont carrées, l'usage des berceaux transversaux paraît inspiré de l'architecture à coupoles.
En élévation, l'aspect de notre église a été complètement changé par l'exhaussement du sol. Même dans le choeur, qui est au-dessus de la crypte, le carrelage ancien est à une profondeur de i mètre5; quant à la nef, la différence de niveau ne doit pas être inférieure à 3 mètres : avant 1698, on descendait dix-huit marches pour entrer dans l'église0, tandis qu'on entre de plainpied. Le vaisseau était donc plus élancé et le chœur, auquel on accédait par des marches,
s'élevait de 2 mètres environ au-dessus du pavé7. Ils s'allongeait, vers l'Ouest, jusqu'au pilier qui est entre le transept et la chapelle de Saint-Étienne : il était clos, de ce côté, par une « façade » d'environ h mèti'es, avec un jubé et une porte, celle-ci surmontée d'un crucifix8.
Les maçonneries de Saint-Seurin sont en grande partie négligées, avec des fondations trop étroites et mal appuyées sur des couches superposées de sarcophages.
L'église se prête à des études très instructives sur l'évolution des formes architecturales : colonnes gallo-romaines dans la crypte, supports d'un roman primitif dans le porche occidental, supports de transition gauchement adaptés aux voûtes gothiques dans le chevet, piles rondes armées de quatre colonnes engagées plus à l'Ouest, piles du gothique flamboyant
Brulails delin.
Depuis 1700.
Avant 1698.
FlG. l5. — COUPE DE LA NEF DE S VIXT-SEl RIX
1.' Compte-rendu des Monuments historiques, 1 35 1 , p. i4; Marionneau, OEuvres d'art des édifices publics de Bordeaux, p. 43g. — 2. Brutails, Barbezieux et Saint-Seurin de Bordeaux, dans la Bévue historique de Bordeaux, igio,pp. 73 et suiv. — 3. M. Enlart a signale ce parti dans le transept de l'église de Lapaïs (L'Art gothique et la Benaissance en Chypre, t. I, p. 48). — 4- Berthelé, Les Arts en Poitou, p. 95. — 5. Compte-rendu des Monuments historiques, 1 85 1 , p. iô. — G. Marionneau, Œuvres d'art des édifices publics de Bordeaux, p. 437. — 7. 27 septembre 1698 (G 1 563). — 8. Ibid.; 18 décembre 1702 (G 1011); 9 février 1731 (G 1012).
MONOGRAPHIES
dans la chapelle de Notre-Dame de la Rose; profil simple et rude des arcs romans, profils de plus en plus compliqués des nervures gothiques de la nef à mesure qu'on avance de l'Est h l'Ouest, profil très fouillé de la chapelle sus-nommée, profils classiques des ogives refaites à l'époque moderne.
L'autel était autrefois au fond du chœur, adossé à un édicule du xive siècle, saillant de 3m8o et analogue à celui qui subsiste dans la collégiale de Saint-Émilion Cet édicule, appuyé contre le mur, supportait un autel élevé; il avait reçu, apparemment après coup, un tombeau de marbre considéré comme le tombeau de saint Seurin et qui était encastré
Fie. l6. — \l E DE SAIHT-SEURIH.
(Kxlrail du Guide illustré à Bordeaux.)
Brutaili phologr
d'un bout dans le mur du chevet et porté à l'autre bout sur une colonne de marbre. En i85a, on entreprit de placer là une orgue d'accompagnement : fallait-il modifier le projet adopté pour cet instrument ou sacrifier Fédicule et le sarcophage vénéré? Pour peu que l'on connaisse l'entêtement apporté par les Fabriques à la réalisation de leurs caprices, on a prévu le résultat. Vainement le marquis de Castelnau et le président même de la Fabrique élevèrent d'éloquentes protestations; avec l'appui que le cardinal Donnet accordait à tous ces actes de vandalisme, on démolit Fédicule et on aboutit à cette situation paradoxale : le tombeau présumé de saint Seurin a disparu et on présente à la vénération des fidèles le tombeau, tout moderne, de saint Fort, qui n'a jamais existé.
L'édifice avait jadis des chapelles nombreuses et des bénéfices pour les desservir2. La chapellenie de Saint-Michel était, comme beaucoup de chapellenies de ce vocable, dans le clocher, «in arologio » \ La chapelle Saint-Jean n'est autre que Fabsidiole qui s'ouvre sur le bras Sud du transept. Celte partie de l'église est originale, avec un chemin de service à mi-hauteur, en partie porté sur des corbeaux. La chapelle Sainte -Catherine occupait l'emplacement de la sacristie actuelle, dont l'intérieur est du \vme siècle. Sur le même côté Sud s'élève la chapelle depuis peu dédiée à saint Etienne; la clef de voûte porte des armoiries
i . En i ^77, on projeta d'acheter une » cuppa argentea », pour garder le Saint-Sacrement sur l'autel (G io3o, fol. 1 02 v°). — 2. Cirot de La Ville, op. cit., p. 91. — 3. i5o2 (G 1 1 G2, fol. 2G4 v°).
Brutaî'.s photogr.
Planche III. — INTÉRIEUR DE SAINT-SEURIN DE BORDEAUX