‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 19 sur 185 · S.VIN'T-SEURIN DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

S.VIN'T-SEURIN DE BORDEAUX

« qui paraissent semblables à celles qu'on voit sur le tombeau du chanoine de Lana a1, mort en i55o. La voûte, appareillée en coupole, s'appuie sur une armature en étoile. C'est le même type que la voûte du porche méridional, avec lequel la chapelle communiquait primitivement et que nous savons être de 15^2 environ.

La chapelle de Notre-Dame de la Rose a été élevée dans la première moitié du xve siècle, à l'angle Nord-Est de l'église, à la place du bras du transept, si tant est qu'il y eût un transept de ce côté. Là encore la voûte est épaulée par de vigoureux formerets; ceux-ci abritent un chemin de ronde établi sur un renforcement du mur. L'ancienne chapelle Saint-Martial était à l'Ouest de Notre-Dame de la Rose : en 1629, on ouvrit deux portes, l'une entre Saint-Martial et la grande chapelle, l'autre entre Saint-Martial et une petite chapelle Notre-Dame2. La chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle s'ouvre sur la dernière travée Ouest du bas-côté Nord; elle paraitêtre du vvi" siècle. Enfin, sous la tribune, toujours dans le bas-côté Nord, est une dernière chapelle, qui renferme un enfeu intéressant.

Le porche Ouest communique avec l'église par une porte dont le linteau, couvert d'entrelacs, a été scié et dont le tympan a disparu. Dans les arcatures latérales, les moulures d'imposte ne retournent pas sur la face antérieure des supports. L'un des chapiteaux de ce porche, au Nord-Ouest, est gallo-romain et un autre, qui est roman, est imité du précédent. Le chapiteau posé au-dessus de la colonne Sud-Ouest du porche représente le tombeau de saint Seurin3. L'ensemble de ces chapiteaux est plutôt grossier: le sol était plus bas, et les sculptures étaient destinées à être vues de plus loin.

La face extérieure Sud de la nef porte une arcature sur corbeaux du xiv8 siècle, qui continuait sur la face Ouest. Cette décoration postiche ne manque pas d'élégance.

Le porche méridional est plus intéressant : la voûte est, comme celle de la chapelle Saint-Etienne, appareillée en coupole et nervée, tandis que les supports sont classiques; cette fusion des deux styles ne laisse pas d'être attachante.

L'épitaphe d'un chanoine mort en 1267 es'i gTavée sur le portail; on ne sait pas à quel titre une inscription pareille figure sur cette construction, qu'elle date approximativement. Ce portail4 a été mis en état vers i844 : les bases des colonnettes furent entièrement refaites à ce moment5, aussi bien que des tètes et des mains11. Le devis présenté au Maire par l'architecte Durand énumère encore comme devant être restaurés : « les archivoltes

1. Cirot de La Ville, op. cit., pp. 3go-3gi. — a. 21 mai, 27 juin 162g (G 1026). — 3. Voir un dessin dans le Dictionnaire de Viollet-le-Duc, t. IX, p. 26. — h. Voir une étude et un dessin dans le même ouvrage, t. IX, pp. 335-33G. — 5. Marionneau, Œuvres d'art des édifices publics de Bordeaux, p. 43o note. — 6. Marquis de Castelnau, dans le Courrier de la Gironde, du 17 janvier 1 853.

intérieures des trois arcs ogivaux couvertes de figures et d'ornements de toute espèce, les trois tympans avec sujets historiés, les bas-reliefs placés contre les tympans central (sic) et la baie trilobée, les i4 dais historiés des figures, les i4 figures en ronde bosse plus grande (sic) que nature et leurs accessoires, les socles de ces figures, la corniche placée en dessous et les entrelacs historiés, les chapiteaux des deux ordres de colonnettes avec les frises et les fûts des colonnettes ». On se demande, après cette énumération, quelles parties du portail peuvent être étudiées avec confiance1.

L'ensemble, du moins, a gardé son intérêt. Dans la porte centrale, deux arcs sont superposés : trilobé en bas, brisé en haut. De cette disposition quelque peu anormale Violletle-

Duc2 a donné une explication admissible : l'arc inférieur, échancré dans un second linteau formé de deux morceaux, résulterait dudéveloppementdcs corbeaux qui, dans les portes à tympan, soutiennent le linteau; ce serait la combinaison des deux

corbeaux, allongés jusqu'à se rencontrer, au milieu de la baie, en un linteau inférieur.

La statuaire de cette porte est plutôt mauvaise3 : une partie est plus raide, plus compassée, plus romane que le reste. La sculpture décorative est mieux réussie : des feuillages publiés par Viollet-le-Duc'1 sont un joli spécimen de la flore gothique.

Il nous reste à parler de la crypte. Sa célébrité lui vient moins de la construction elle même que des sarcophages et des débris qu'elle abrite5.

La crypte est assez simple. C'est un petit édifice à trois nefs entre lesquelles sont alignées deux rangées de supports. Les trois nefs sont couvertes de berceaux plein-cintre et chaque berceau est renforcé, à mi-longueur, d'un arc transversal qui, au lieu d'être concentrique au berceau, monte moins haut. Le tracé des arcades entre nef et collatéraux est intéressant: l'extrados n'est pas rigoureusement concentrique à l'intrados, et les claveaux sont un peu moins longs à la clef, de façon à gagner quelques centimètres en hauteur.

Les supports sont des colonnettes et, aux extrémités Est et Ouest, des pilastres. Ces pilastres sont surmontés d'un bandeau chanfreiné, tandis que, sur les colonnes, sont posés des chapiteaux romains ou des pierres épannelées. Une partie au moins de ces pierres ont dû remplacer des chapiteaux brisés par la chute des voûtes de l'église supérieure, en 1698e.

Trois enfoncements continuent vers l'Est les nefs de la crypte7. Ils sont séparés l'un de

FlC. 18. — COUPE TRANSVERSALE SI H LA CRYPTE DE SAINT-SEURIN.

Brutails flelin.

1. Voir néanmoins ce que M. Mâle dit de la Synagogue, laquelle « a les yeux voilés, non par un bandeau, mais par la queue d'un dragon qui se tient derrière sa tète» (L'Art religieux du XIW siècle, i' édition, p. 228, note 2). — • 2. Dictionnaire d'architecture, t. IX, p. 335. — 3. Viollet-le-Duc a publié la statue placée le plus à droite, représentant la Synagogue (Op. cit., t. V, p. i56). — 4. Op. cit., t. IX, p. 336. — 5. Le P. Cahier a publié une de ces plaques sculptées, dans ses Nouveaux mélanges d'archéologie, p. a3i. — 6. Cirot de La Ville, op. cit., p. 395. — 7. Viollet-le-Duc a donné un plan et une vue, l'un et l'autre fantaisistes, de la cryplc que nous étudions (Dictionnaire d'architecture, t. IV, pp. 45/i-/i55).

ÉGLISE DAILLAS

l'autre par des murs massifs; dans leur état actuel, ils remontent à une date moins reculée que le corps de la crypte. Toutefois, l'enfoncement du milieu communique, par un trou carré, avec un couloir où se voient des pierres taillées en feuille de fougère. Quelques blocs pareils, très rares, sont disséminés dans la crypte.

La crypte de Saint-Seurin a fait travailler les cerveaux; l'imagination a eu, dans cette besogne, plus de part que la critique. Sans parler de tout ce cycle de légendes sur Zachée, sainte Véronique ou saint Fort, des écrivains ont prêté à la crypte une antiquité fabuleuse. Rien, je pense, ne permet de la croire antérieure au xie siècle <; les joints épais entre les claveaux des arcades ne peuvent pas être retenus comme Une note d'ancienneté; nous savons, en effet, qu'à la suite de la chute des voûtes hautes on remplaça une petite partie des claveaux dans les arcades de la crypte2; les arcades ont donc été restaurées et on s'est ingénié, de même que dans des travaux tout récents, à obtenir une apparence archaïque.

Cette malheureuse crypte a été reprise de tout coté; les portes d'accès ont plusieurs fois changé de place^; les anciennes baies ont disparu et on ne peut étudier que la fenêtre Ouest, qui plonge de l'église supérieure vers la crypte.

On a signalé maintes fois les restes d'une abside très ancienne, qui se trouverait dans le prolongement de la nef du milieu de la crypte. Il existe, en effet, à cet endroit une excavation d'environ i mètre au dessous du sol de la crypte et qui dessine vers l'Est un hémicycle; mais je n'ai pas vu de maçonneries conduites suivant celte courbe, laquelle est marquée seulement par quelques grandes briques posées de champ. Il est risqué de voir dans un hémicycle ainsi fait, et d'ailleurs très petit, les vestiges d'une abside.

Aillas, arrondissement de Bazas, canton d'Auros. — Eglise paroissiale. Vocable: Notre-Dame.

L'église d'Villas, orientée normalement, comprenait à l'origine une seule nef et un transept, sur lequel s'ouvrent l'abside et deux absidioles. Un bas-côté fut élevé sur le flanc Sud, au xvi° ou au xvne siècle : pour le mettre en communication avec la nef centrale, on perça en sous-œuvre, dans le mur méridional, les grandes arcades, au-dessus desquelles apparaissaient les fenêtres romanes. Cette disposition, qui est bien visible dans une coupe en long dessinée par Lacourrière pour la Commission départementale des Monuments historiques, vient d'être sacrifiée sans nécessite dans une restauration.

L'axe du chevet est brisé vers le Nord; on a rapproché'1 de ce fait

la hauteur inégale des socles dans l'abside, les absidioles et le transept : ces socles sont

i. A la vérité, on a tenté de faire remonter la crypte beaucoup plus haut ( L. Maître, Sainl-Seurin de Bordeaux et sa crypte, dans la Revue de l'art chrétien, iyo3, pp. t\5g et suiv.). Je crois avoir démontré dans le Bulletin de la Société archéologique, t. XXV, pp. 98 et suivantes, qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette opinion. — 2. Cirot de La Ville, op. cit., p. 295. Le document cité parle d'une douzaine de claveaux. Cf., même ouvrage, p. 1 58, le passage relatif à une restauration en 1 757-1 758. Jouannet a signalé en 1828 des bourrelets de ciment sur les joints de la construction, dans un article du Musée d'Aquitaine, t. I, p. 216. — 3. Voir un plan, qui accompagne l'article précité du Musée d'Aquitaine, t. I, après la page 22'4. — l\. Abbé C. Thibaut, dans la Revue Catholique de 1897, p. ik 1.

Fig. 19. — i»lah de l'église d'à i lias. Calqué, moins L'indication des époques, sur un dessin de Lacourrière.

MONOGRAPHIES

plus élevés au Nord. À noter également dans le plan du chevet la forme irrégulière des absidioles et du chœur central, ainsi que le passage pratiqué, de chaque côté, entre ce chœur et l'absidiole contiguë.

Une voûte d'arêtes est tournée sur la croisée; peut-être est-elle contemporaine du clocher qui la surmonte et qui est moderne1. Dès l'époque romane un clocher carré était prévu à cette place et on avait au moins commencé à l'exécuter: il en reste la souche et l'escalier en vis. Au bas de l'abside, à l'extérieur, court une arcature aveugle, de hauteur médiocre. Les fenêtres, trois à l'abside, deux à chaque absidiole, étaient étroites et basses au dehors, largement ébrasées en dedans. Celles de l'abside, agrandies ou murées, ont été rétablies dans l'une des dernières restaurations.

Les grandes arcades entre nef et bas-côté étaient en arc brisé et retombaient sur des piles rondes, avec impostes de moulures classiques. Les fenêtres pratiquées dans le mur de flanc de ce collatéral étaient d'un gothique attardé.

La façade, restaurée en i843, est intéressante. L'arc de la porte est accosté de fausses arcalures, dont la hauteur correspond précisément à la hauteur de cet arc, comme à Sainte- Croix de Bordeaux. Au-dessus, une autre arcature aveugle tient toute la largeur de la façade. La corniche portait sur deux colonnes engagées, — la colonne de l'angle Nord a disparu, — et sur une série de modillons. Le tympan montre un chrisme renversé de gauche à droite. Les billettes tiennent une place importante dans la décoration de la façade.

Drouyn a signalé sur le cul-de four de l'absidiole Nord des peintures du xivc siècle représentant peut-être une Vierge ! et qui ont disparu.

Avensan, arrondissement de Bordeaux, canton de Castelnau. — Kglise paroissiale. Vocable: saint Pierre. Décimateur: le prévôt de Saint-Seurin de Bordeaux.

L'église d'Avensan n'offre guère d'intérêt que dans son chevet. L'ensemble de l'édifice, orienté non pas en plein Est, mais un peu vers le Sud, est à trois nefs, entre lesquelles sont maçonnées des piles cylindriques3. Le vaisseau central était couvert d'une charpente, dont les fermes présentaient des pièces courbes en forme de voûte4. Des lambris abritaient les bas-côtés : toutefois, la travée Sud-Est a une voûte d'ogives du xvic siècle, dont la clef porte les armoiries des Durfort de Lorge. A l'Ouest, le rez-de-chaussée du clocher était sous une voûte d'ogives vigoureuses. Les fondations étant faites dans un sol sans consistance, le clocher dut être rebâti vers 1860; le projet, dressé par Brun, excita dans la Commission départementale des Monuments historiques une telle admiration qu'elle eut un moment d'oubli : elle exprima le regret que la commune n'eût pas confié au même architecte la mission de refaire l'église en entier! En 1860-1862, Brun établit sur la travée orientale du collatéral Nord une voûte gothique analogue à celle qui existait déjà sur la travée orientale du bas-côté Sud. Depuis cette époque, le reste de l'église a été voûté.

On a, en 1886, réparé le chevet : bouché des trous, fermé des lé/ardes, remplacé des colonnettes et le « couronnement d'une des grandes colonnes du côté Nord », raccordé les moulures.

1. Drouyn et après lui M. Thibaut ont jugé que la voûte était moderne. Le Compte rendu des Monuments historiques de 1 86y (p. 10), postérieur à la restauration, signale cette voûte sans d.re qu'elle soit récente. On sait que les voûtes d'arètes sur la croisée du transept sont très rares (Choisv, Histoire de l'architecture, t. II, p. z3i). — :>. M. Thibaut croit plutôt à une Madeleine (op. cit., p. 332). — 3. Une inscription sur la pile Nord-Ouest signale une réparation eiTecluéc en 1O90. — 4. Les Albums de la Commission départementale des Monuments historiques renferment sur l'église d'Avensan une bonne planche de plan, coupes et élévations <{ ij î doivent cire de i8io environ.

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