‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 24 sur 185 · CATHÉDRALE DE BAZAS · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE DE BAZAS

dons à l'œuvre du chevet1 et, le 6 août i3i3, il aida d'une contribution pécuniaire l'évêque, qui, « ayant trouvé une église étroite et petite, a entrepris de la réédifier et de l'agrandir en une œuvre somptueuse»'. — En 1072, on travaillait à la cathédrale: un trésor ayant été découvert dans le sol de l'église, on fit commencer le pavage par le maître de l'œuvre3.

En 1/189, 'e dallage fut de nouveau entrepris'1. — Vers i520-i528, le chapitre soutint un procès pour obliger l'évêque à participer aux dépenses du chantier de la cathédrale; le Parlement condamna le prélat à payer 1,000 livres par an5. — En 1 537, les travaux de la façade prirent finG.

En 1577 et 1678, les Calvinistes renversèrent la cathédrale et violèrent les tombeaux7; ils « conservèrent néanmoins le portail, moyennant une somme de dix mille écus qu'on leur donna »8. — En i583, l'évêque Arnaud de Pontac entreprit de réparer le désastre''. Les maçonneries de l'église portent quelques dates : dans les bas-côtés, 1098 et 1599 io. Sur la clef de voûte de l'abside, j'ai cru lire: Exactum 20 sep. i635". Nous savons, d'autre part13, qu'Arnaud de Pontac laissa en mourant 12,000 écus d'or pour la reconstruction des voûtes hautes, que ses deux héritiers successifs s'acquittèrent de ce soin et que le travail fut terminé en i635: une inscription pompeuse en garde le souvenir'3. La consécration aurait eu lieu le 3o septembre i635l/|.

Le iei janvier 1723, un ouragan renversa partie de la façade, sans doute mal épaulée en arrière par les combles trop bas, et « les deux premières voûtes de l'église», c'est-à-dire, je pense, les voûtes des deux premières travées de la nef à l'Ouest; la restauration était achevée le 20 avril 1725 l5.

Désormais, les textes ne signalent guère dans la cathédrale que des travaux d'entretien. Il est vrai que ces travaux furent parfois considérables.

En 176/1, deux maîtres charpentiers de Bazas, Vital Mansencal et Jean Nouguey refirent la charpente et substituèrent aux fermes en chêne des fermes en sapin de montagne'0.

En 1787-1788, Jean Bonet, maître maçon de Langon, fut chargé de «rétablir dix arceaux rampants, servant d'arcs-boutants » ,7 et le pavé; dans les arcs-boutants, il fallait changer jusqu'à i5, 16 et 22 claveaux.

En 1819, l'architecte Poitevin dressa un devis pour déposer et refaire la balustrade du clocher et le remplage dans la fenêtre de la chapelle sise derrière l'abside : ce remplage était disloqué par suite d'une crevasse.

La Fabrique exposait au Ministre, le 28 octobre i834, l'état de l'édifice : les chéneaux et les couvertures étaient très négligés et des lézardes rayaient les voûtes. Un rapport de Duphot, en date d'octobre 18/10, insiste sur la gravité de la situation : à l'Est, les murs des chapelles absidales contiennent mal la poussée des Voûtes du déambulatoire, lesquelles s'entr'ouvrent ; il est urgent de refaire deux arcs-boutants. Partie au moins de ce projet fut réalisée l'année suivante : on répara la charpente et la toiture du bas-côté à l'Est et au Midi.

Dix ans plus tard, en i85o ou i85i, il fut question de ramener la façade à un style plus homogène'8; l'idée fut heureusement abandonnée. L'édifice continuait, d'ailleurs, à inspirer

1 et ■>.. Registres de Clément V, n°" 3776 et 833g. Ces deux décisions ont été analysées par M. l'abbé Lacoste, dans la Revue catholique, 189a, p. 027. — 3. Chronicon \asalensc. — t\. Ibid. — ">. Gallia Christiana, t. I, col. 1209. — 6. Chronicon Vasatense. — 7. Ibid. — 8. Martène, Voyage littéraire, t. II, p. 10. — 9. Chronicon Vasatense. — 10. Choix des types, p. 16. Cf. Chronicon Vasatense et O'Reilly, Essai sur Bazas, p. ï 4 1 , note. — 11. Cf. Choix des types, p. 36. — 12. Chronicon Vasatense. — i3. Le texte de cette inscription a été reproduit dans le Chronicon et par O'Reilly, dans son Essai sur Bazas, pp. 210-21 1. — Annuaire de l'archéologue français, 1878, p. aâ. — i5. Archives de Bazas, E suppl. 1 7 1 3. De ces dates il résulte qu'on a tort de rendre responsable de cette restauration l'évêque de Mongin, lequel fit son entrée en août 1725 (Ibid.). — 16. Fonds des Eaux et Forêts. — 17. Abbé Brun, La Cathédrale de Bazas pendant la Révolution, dans le Bulletin de la Société archéc'.^yi'.ie, igo5, pp.. 72-7/1. — 18. Compterendu des Monuments historiques, 1 85 1 , p. hh.

MONOGRAPHIES

des préoccupations plus sérieuses : en 1860, Labbé étudia la reconstruction de six arcsboutanls, le rétablissement des clochetons sur les contreforts des chapelles absidales, Ja réparation des murs et des arcs-boutants, la construction de flèches sur les escaliers qui flanquent les deux faces de l'édifice au départ du rond-point. Un compte de 1869 permet

de constater que l'on avait remplacé au moins trois arcs-boutanls, savoir, sur la face Nord, le premier, le second et le troisième à compter de l'Est.

Enfin, MM. Magne et Lacombe viennent d'exécuter un ensemble important de travaux, qui avaient surtout pour objet de restaurer les chapelles absidales, de refaire, dans cette partie de l'église, des contreforts et des arcs-boutanls et de mettre en état les toitures de la nef.

Comme il arrive souvent dans les cathédrales des très vieilles villes épiscopales, celle ci est tangente aux remparts; mais, à l'exception des parties basses du clocher, qui sont romanes, il ne subsiste pas de parties apparentes qui soient antérieures au xme siècle.

L'édifice, dont l'axe incline légèrement vers le Nord, mesure dans œuvre 80 mètres sur a3; la hauteur des voûtes atteint 20'" 02 à la nef et n"'o5 dans les collatéraux1. L'église n'a pas moins de dix travées, plus une travée courte et une abside à cinq pans, auxquels répondent cinq travées de déambulatoire et cinq chapelles. On remarque, dans l'épaisseur des contreforts entre les chapelles, de petits réduits carrés. Ba/as diffère des grandes cathédrales du Nord par l'absence de transept et par la longueur médiocre du chevet; le choeur des chanoines occupait une partie de la nef. Le chevet présente, en plan, des analogies avec ceux de Clermont, de Limoges, de Reims, de Bordeaux. On a créé après coup quelques annexes, du côté Sud, en élevant un mur de clôture dans l'alignement de la face externe des piles d'arcs boutants.

L'ensemble des portails2 est du xme siècle; à la fin du x\e siècle et au x\i", on a fait les contreforts bâtis entre la porte centrale et les portes latérales, l'archivolte extérieure de l'une et des autres, la rose. Ce sont vraisemblablement les travaux qui furent achevés en i53y. Le trumeau du milieu doit être plus récent. La statue de saint Jean date de quelques années. Des environs de i3oo, il reste les murs des collatéraux, avec leurs colonnes engagées; plus, dans la nef, les six paires de piles cylindriques armées de colonnettes et couronnées, pour la

limitai ls photogr.

FlG. 3o. — \(E INTÉRIEURE DE L V CATHÉDRALE DE BAZAS.

i. Duphot, monographie dans le Compte-rendu des Monuments historiques, i85i, p. h, avec un plan et une coupe en long;. — 2. Drouyn a donné du l>as de la façade une grande eau-forte dans le Choix des types.

ÉGLISE DE BÉGADAN

plupart, de chapiteaux à un rang de feuilles. Les piles ondulées de l'abside doivent être du xiv' siècle plus avancé; on a greffé sur ces piles, à une époque sensiblement plus rapprochée, les nervures du déambulatoire, qui a été construit en même temps que les chapelles. Enfin, les restaurateurs de i588-i635 ont refait le gros de l'éditice; à cette période il faut attribuer : dans les travées de nef à l'entrée, où se voient les grosses colonnes rondes, toute la construction centrale, du sol à la voûte; dans les travées qui ont des piliers de iooo environ, la construction au-dessus de ces piliers, voûtes et fenêtres comprises; dans les travées de l'abside où piliers et grandes arcades sont du xiv'' siècle avancé, la construction au-dessus de ces arcades, voûtes et fenêtres comprises; dans les bas-côtés, les voûtes, à l'exception des deux voûtes occidentales du bas-côté Sud. Au xvin' siècle (1720-1725) on doit rapporter le fronton de la façade et probablement les voûtes des deux travées Ouest de la nef et aussi les deux voûtes Ouest du collatéral Sud, lesquelles sont en étoile. Enfin, les xixe et xxe siècles ont refait en grande partie les organes de butée.

La cathédrale de Bazas appartient à des époques très différentes. Malgré tout, l'aspect en est imposant. Il serait plus harmonieux sans le faux triforium surbaissé du xvne siècle, qui rappelle Àuch; à la vérité, ce triforium devait paraître moins lourd à l'origine, quand il s'ouvrait sur les combles des bas-côtés. La nef est, en somme, le plus grandiose vaisseau gothique du département, de même que la façade, encore que privée des saints de ses niches, est, par l'abondance et par la qualité des sculptures, le plus bel ensemble de statuaire gothique de la Gironde.

Il y aurait, sur la construction de ce portail, bien des observations à énoncer, qui ne peuvent trouver place ici : il était indispensable de consacrer une notice à la cathédrale de Bazas; mais je ne saurais oublier qu'elle est le produit d'un art étranger à nos contrées.

Bégadan, arrondissement et canton de Lesparre. — Église paroissiale. Vocable : saint Saturnin. Décimateurs : les religieux de Vertheuil.

Le corps de l'église de Bégadan était, paraît-il, intéressant : un rapport anonyme rédigé vers i8/io-i85o affirme que c'est, après Vertheuil, l'église la plus remarquable du Médoc. De cet édifice il ne subsiste que le chevet.

Le chevet, orienté presque Sud-Est, comprend un chœur et une abside polygonale à cinq pans; à l'extérieur, les angles saillants disparaissent sous des faisceaux de trois colonnes accolées. Le détail le plus attachant de ce plan consiste dans la présence de

3fi

MOVOfiRAPHIES

deux gi'osses colonnes, deux tourelles pleines, mesurant environ r" 9.5 de diamètre, qui sont maçonnées à la naissance du chœur, sur les angles de l'ancienne nef.

L'ornementation a souffert des intempéries ; elle n'a pas, non plus, échappé aux ravages, autrement redoutables, de certains architectes : le doubleau entre abside et chœur a été enlevé; des œils-de-bœuf ont été percés clans le chœur.

Un devis élaboré par Courau en iS'iÔ prévoit le grattage et la restauration de quatorze colonnettcs de fenêtres à l'intérieur, les « restaurations de r\-2 chapiteaux ou bases de colonnes, tous plus ou moins endommagés, et dont quelquesuns ont besoin d'être refaits », la « restauration des trois corniches et des consoles », enfin, la reprise de i5 mètres carrés de voûte pour faire disparaître une profonde lézarde. La lézarde a disparu, et il est permis de croire que la décoration a été complétée vers la même époque.

Du moins, une partie des ornements ont conservé leur sincérité, parfois rude jusqu'à la sauvagerie. Sous l'appui des fenêtres, au Midi et à l'Est, un double cordon de palmettes et à l'imposte des fenêtres un autre cordon formé de pointes de diamant gravées appartiennent à un art primitif. Des chapiteaux ont deux astragales, sans raison apparente, sans aucune raison probablement, et dans le seul but de multiplier les lignes. Parmi les chapiteaux qui concourent avec les corbeaux à porter la corniche, sont deux corbeilles antiques de marbre.

Arcs, corbeaux, chapiteaux et colonnettes, colonnes engagées, moulures horizontales, soubassement, tout cela produit une impression de richesse et d'éclat, et on éprouve ensuite une vraie déception lorsque, pénétrant dans l'édifice, on considère l'ordonnance intérieure, qui est beaucoup plus simple et presque pauvre : une arcalure encadre les fenêtres; l'arc des fenêtres elles mêmes retombe sur des colonnettes logées dans une échancrure des pieds-droits; quant à l'arcature d'encadrement, elle est portée par des colonnes engagées posées sur un ressaut du mur.

Î2. — FEKÈTRE DE

Bellefond, arrondissement de La Héole, canton de Targon. — Eglise fondée par les chanoines réguliers, soumise en 1 1 80 à l'abbaye de La Sauve et en i6.">5 aux Feuillants. Vocable : saint Sulpice.

L'église de Bellefond, dont l'orientation incline très légèrement vers le Sud, est incomplète, n'ayant pas de nef: elle comprend un transept, sur lequel s'ouvraient une abside, et deux absidioles, toutes les trois polygonales et précédées d'un chœur. L'absidiole Nord a été démolie vers le milieu du vixe siècle. En i863 1866, une restauration de l'édifice fut effectuée : on supprima un mur qui fermait l'absidiole méridionale; on gratta les parements intérieurs des murailles, qui étaient empalés de badigeon, et on fit des rejointoiements ou un crépissage, suivant que les maçonneries étaient de pierres d'appareil ou de moellons; on tourna des arcs doubleaux et on jela sur le carré du transept et sur le bras Nord deux voûtes d'ogives. C'est

Photogr. des Monuments historiques.

Planche VI.— ABSIDE DE BÉGADAN

EGLISE DE BEELEFOND

dire que l'intérieur a été profondément modifié. Il reste, du moins, le chœur principal avec son berceau brisé, l'abside avec son cul-de-four. Les voûtes de l'absidiole et du chœur qui la précède ont été refaites.

L'extérieur, vu du Sud-Est1, ne manque pas de charme, en dépit de la sacristie que l'on a, en i863-i866, bien malheureusement placée là. L'ordonnance de l'abside forme

un ensemble agréable, avec ses groupes de colonnes engagées, avec ses larges arcades encadrant les fenêtres à tableau biais, avec sa jolie corniche, où un rang de perles court entre deux files de dents -de-loup. L'absidiole a été, il y a longtemps, surélevée au dehors et on a coiffé de chapiteaux gothiques les colonnes engagées. Enfin, l'élévation

BFUtails ilolin.

FlG. 33. — PLAN DE L'EGLISE DE HBIXEFOKT).

extérieure des têtes du transept offre des combinaisons bizarres, imaginées pour concilier les percements avec les contreforts : du côté Sud, on a rétréci le contrefort pour faire place à une fenêtre.

La construction manque de solidité. Dans la décoration, l'architecte a un peu abusé des formules géométriques, des perles, des chapiteaux cubiques où de petites masses de pierre sont parfois réservées aux angles. A tout prendre, l'effet est riche et, en somme, assez heureux.

L'église et le prieuré étaient défendus par une enceinte fortifiée, qui n'est pas entièrement

détruite. L. Drouyn2 y a signalé une large porte romane, d'accès difficile, à laquelle on arrivait par « un chemin étroit tracé entre le mur d'enceinte et un rocher à pic ». Cette porte « ne différait en aucune façon des entrées des châteaux forts de la même époque ». Les fortifications sont envahies par les broussailles. L'église elle-même, entreprise sur un plan grandiose qui n'a pas été exécuté entièrement, démolie en partie, a le charme d'une belle ruine.

Iîrulails phologr.

FlG. 3/|. — VUE EXTERIEURE DE l'.VBSIDE.

1. Drouyn a accompagné la monographie de Bellefond d'une eau-forte qui représente l'édifice sous cet aspect ( Variétés girondines, t. I, p. 370). — ■>.. Op. cit., p. 37/1.

MONDGR V PITIES

Blasimon, arrondissement de La Réole, canton de Sauveterre. — Eglise abbatiale bénédictine. Vocable: saint Maurice: l'autel affecté au service de la paroisse était dédié à saint Nicolas.

L'abbaye de Blasimon, qui est citée dès le \" siècle, parait avoir dépendu, suivant les époques, de La Sauve ou de Saint-Jean d'Angély. On n'a pas de documents sur la construction de l'église. Le monastère fut assiégé par les Huguenots en 1687; après plusieurs jours, les

défenseurs « estoient sur la voûte, qui n'en pouvoient plus », quand les gens de Rau/an forcèrent les assaillants à se retirer 1 .

La Gamage alimentait les fossés de l'enceinte. Ces fossés ayant été négligés, les alentours de l'église se Iransformèrent en marais. L'édifice, longtemps mal entretenu, souffrit et souffre encore de cet état de choses. En 1 4 , •'• Girard, architecte de la Commission déparlcmentale des Monuments historiques, fit un devis des travaux. Ce document, comme il arrive souvent en pareil cas, est très pessimiste : le mur de façade était, dit-il, « on ne peut plus dégradé »; la porte ne pouvait être réparée « que par le remplacement presque total des douclles, tambours et chapiteaux » ; la fenêtre placée au-dessus de cette porte devait être démolie et refaite, etc.

En 18/18-18/19, il fut procédé à une restauration générale Dans la façade: réfection totale de 10 fûts de colonneltes et réfection partielle de 2 fûts; 5 mètres cubes de maçonnerie pour les pieds droits et chapiteaux de la porte; 3" 10 «pour le remplissage des portes simulées»; 1"" 35 «pour les ouvertures

supérieures de la façade ». Sur la face Sud: o" 65 pour les contreforts ; réfection de parements salpêtrés. À la charpente et à la toiture : remplacement de pièces diverses. A l'intérieur : « gratage et rejointage de la voûte et des murs », etc. En somme, on n'avait heureusement pas exécuté en entier le projet de Girard : dans la porte on avait logé des fûts, taillé maladroitement des bases, substitué des blocs bruts à deux chapiteaux et à la moitié d'un autre; du moins, presque toute la sculpture a été sauvée du désastre. On Fie. 30. - profil n'oGiviî. peut l'éludier de confiance.

Fir.. 35.

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