‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 32 sur 185 · ÉGLISE DE FRANCS · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE FRANCS

Iîrutails photogr.

FACE M U Dl PSEUDO-TRANSEPT.

Nous savons que le clocher a été abattu. On y montait par un escalier, qu'éclaire une petite fenêtre visible sur le flanc Nord.

La nef est lambrissée. Tandis que, dans le reste de l'édifice, toutes les faces vues de la maçonnerie sont de moyen appareil, dans la nef, le moyen appareil est réservé aux contreforts ; le reste est d'un petit appareil assez irrégulier, qui provient peut être de constructions antiques. La nef n'avait autrefois de fenêtres qu'au Midi, et elles étaient étroites: je les ai restituées en m'aidant d'un plan très rapide dessiné par Drouyn dans ses Notes.

La porte est à l'Ouest. L'une des six colonnettes a un fût gallo-romain en marbre; les chapiteaux de ces colonnes sont historiés; les bases sont très hautes. La porte est pratiquée à travers une surépaisseur de mur formant avant-corps. L'appareil de fantaisie du fronton dessine des imbrications, la convexité des segments de cercle tournée vers le haut.

La corniche du chevet, décorée de billettes, est soutenue par des groupes de deux colonnes et par des corbeaux, dont Fl(; 5^ certains, sur la face méridionale, ont très belle mine.

L'édifice a menacé ruine au Sud-Est. C'est peut être pour le soutenir qu'on a plaqué au droit du chœur et de l'avant-chœur un renforcement qu'il est difficile d'expliquer d'autre façon.

L'église n'a pas de sacristie: lorsque le marquis de Castelnau d'Essenault la visita, en i85/|, l'autel était adossé à un mur moderne qui transformait l'abside en sacristie et qui a disparu.

Francs, arrondissement de Libourne, canton de Lussac. — Eglise paroissiale. Vocable : saint Martin.

L'église de Francs, à laquelle j'ai déjà consacré une monographie1, est, en dépit de ses dimensions restreintes et de sa date récente, l'une des plus curieuses du département. C'est, en effet, une église franchement romane construite en i6o5. L'église antérieure, qui avait été, parait-il, ruinée par les Protestants en 1578, occupait un autre emplacement.

Dans le plan de

-, , .. , FlG. 55. — COUPE SI II LA SE]? DE l'RASCS.

1 église actuelle, deux

1. A propos de l'église de Francs, dans le Bulletin Je la Société archéologique, t. XVII, pp. 2i-35.

MONOGRAPHIES

détails sortent de la donnée romane: le relief très accusé des contreforts et la section des pieds droits de la porte Ouest; dans la coupe transversale, la silhouette des contreforts est

également gothique. Sous cet aspect, l'église présente une anomalie: l'inutilité des piles intérieures. La nef est lambrissée :

le niveau des fenêtres permet de constater que le constructeur n'a pas projeté une voûte en berceau; s'il avait voulu construire une voûte d'arêtes, les travées seraient plus carrées; peut-être a-t-il songé à des arcs transversaux portant la charpente. L'appareil, soigneusement réglé, est plus beau que ne l'est habituellement celui des églises romanes de la région.

Le parti d'ensemble de la décoration et certains détails, comme les archivoltes d'étoiles, sont romans ; dans la porte occidentale, le profil de l'arc d'encadrement et des pieds-droits est d'inspiration gothique; à l'art classique appartiennent le dessin de certaines moulures, la cannelure de quelques colonnes, le style de la sculpture des modillons sous la corniche qui fait le tour de l'église, enfin les proportions des fausses baies qui flanquent la porte.

Simili VVette

nid, Bordeaux.

FlG. 5G. — VUE DE LA FAÇADE.

(Ex Irai I du Bulletin île la Société archéologique,

t. XXVIII.)

Guîtres, arrondissement de Libourne, chef-lieu de canton. — Église d'une abbaye bénédictine. Vocable: Notre-Dame.

L'église abbatiale de Guîtres, l'une des plus considérables de la Gironde, est aussi l'une de celles qui ont le plus souffert du vandalisme des hommes de guerre et des hommes de l'art. Incendiée en i5o8 et 10691, elle fut longtemps dans le plus pitoyable état: le cardinal de Sourdis prescrivit, en 1609, de relever l'autel et le choeur*, c'est-à-dire, je pense, les stalles; ces travaux n'étaient pas effectués en 161/1, ni même en i633, bien que Peiresc, abbé commendataire de Guîtres, employât à la restauration de l'abbaye les revenus de son bénéfice3; on traita, en îO/io, avec un menuisier de Bordeaux pour le rétablissement du chœur'1; en 1028, les paroissiens avaient fait un clocher sur l'église, ce qu'il faut comprendre sur la croisée du

1. Enquête île janvier 1570 (Archives historiques de la Gironde, t. \IX, p. /ia5). — 2. Godin, Histoire de Guîtres, p. g5. — 3. <l G07, fol. 4; G 038, fol. 1 65 V; Godin, o/>. cit., pp. i4g-i5o, note; A. de Lantenay, Peiresc, abbé de Guitrcs, p. 12G. — 6. Godin, Histoire île Guîtres, p. i5o. Cet ouvrage donne des indications sur quelques autres réparations.

EGLISE DE GUITRES

transept. La Révolution négligea l'entretien du monument et, quand le culte fut rétabli, Notre-Dame de Guîtres menaçait ruine1.

L'abbatiale de Guîtres est orientée à peu près Est-Nord-Est. Le plan est exceptionnellement beau pour le pays: rond-point à déambulatoire sur lequel s'ouvrent trois chapelles absidales;

xnc siècle.

xve. xvne ;

xixe siècle

Fig. 57. — plan de l'église de giitres. Calqué, sauf l'indication dos époques, sur un dessin de .T. Gautier.

large transept, avec une absidiole sur chaque bras; nef de six travées, accompagnée de bas-cotés.

La partie orientale, depuis le transept inclusivement, est romane; toutefois, les colonnes cylindriques entre l'abside et le chœur, d'une part, et le déambulatoire, de l'autre, ont été retaillées ou reprises: sur les tailloirs de ces colonnes reposent autant de colonnes engagées, qui portent les doubleaux du déambulatoire.

La voûte du déambulatoire est un berceau brisé annulaire; de même, les bras du transept sont couverts d'un berceau brisé. D'autre part, ce tracé est adopté pour toutes les parties portantes de la construction romane: débouchés de l'abside et des absidioles, arcades entre déambulatoire et chevet, etc. Il est malaisé de saisir comment était voûté à l'origine le carré du transept: il a reçu, vers le xvi° siècle, une croisée d'ogives, dont il reste les culs-de-lampe et surtout, à l'angle Sud-Ouest, des amorces. Le clocher élevé en 1623 compromit apparemment la stabilité de cette partie de l'édifice: on construisit sur la croisée, en 1819, une coupole, qui fut ajourée d'un œil-de-bœuf2.

Les murs des collatéraux sont de deux époques: dans leur partie Est, ils sont de

1. (ïodin, op. cit., p. i52. — a. Compte-rendu des Monuments historiques, 18/19, P- S, dans vine monographie qui est illustrée d'un plan, d'une coupe en long et d'une élévation Est.

MONOGRAPHIES

construction romane; les deux dernières travées à l'Ouest appartiennent au \uie siècle, soit que l'édifice ait élé terminé au cours de ce siècle, soit que les deux travées dont il s'agit aient été rebâties. En i 4 3 , le roi d'Angleterre accordait une subvention de 6o marcs pour achever la façade1; or, les fenêtres des deux travées occidentales, malgré leur archivolle

moresque»3. Les ressources manquèrent heureusement pour réaliser ces conceptions: le projet de façade était extravagant. Ce qui fut fait à ce moment-là est déplorable: on calcula mal la résistance des piles, et il fallut, d'urgence, consolider quatre de ces supports, dont les formes furent modifiées à grand renfort de bois et de plâtre'1; de piles dites prismatiques on fit des piles à quatre colonnes engagées. Cette piteuse restauration était finie en i83q.

L'intérieur a encore été, en 1877, suivant une inscription,, l'objet d'un « ravalement». En réalité, il s'agit d'un badigeonnage, sur lequel on a dessiné un appareil de fantaisie et qui n'aide pas à l'étude des constructions.

La charpente est l'une de ces œuvres, assez nombreuses, qui passent pour être de châtaignier^ et qui, en réalité, sont de chêne'1. C'est une charpente gothique très haute, très vaste: les entraits passent à 3 mètres au dessus de l'extrados des voûtes; jusqu'à ce niveau, la charpente est montée sur des poteaux. Depuis les sablières des bas-côtés jusqu'au faîte, la hauteur n'est guère inférieure à 12 mètres. Sans doute, cette disposition coûteuse a été dictée

1. Rôles gascons, t. I, n' 1887.— 18 avril 1758 et autre pièce du w m* siècle (('. G5o). — 3. Notice historique sur les édifices dont lu reconstruction ou la restauration ont été confiées à M. Auguste Hordes, p. 28. — t,. Godin, o/<. cit., p. i5/,. Le renseignement est confirmé par le dossier de l'affaire. — 5. Hordes, o/>. cit., p. 29. — 6. Sur res prétendues charpentes de châtaignier, en général, voir Petit, Bulletin monumental, t. XVI, pp. 587-588; Bulletin archéologique, 1891, pp. i.\x\\ 1 1 \ i \ ; 11. du Banquet, La Cathédrale de Clermont-Ferrand, les tours du transept et la charpente, p. l4-

d'étoiles, accusent une date voisine de cellelà; d'autres fenêtres, dans la travée qui est à l'Est des deux précédentes, sont plutôt du xivc siècle.

FlG. "18. — CHARPENTE.

D'après un dessin de M. Bontemps.

Quant à l'intérieur, il paraît avoir été remanié, voûtes comprises, dès le xm" siècle: de cette époque il subsiste des formerets, au-dessus des voûtes actuelles, dans les trois ou quatre travées occidentales de bas-côtés, et une paire de piles entre la troisième et la quatrième travée, à compter de l'Ouest. On ne fit pas, d'ailleurs, que des formerets: des arrachements de voûtains adhèrent au revers de la façade. Il semble donc bien exact que les voûtes ont été démolies, comme on le disait jadis*. Avant i838, les quatre travées occidentales n'avaient ni grandes arcades ni voûtes ; la charpente apparente était montée sur de vigoureux poteaux, qui, eux-mêmes, portaient sur les piles; les deux autres travées ont des voûtes du xvi' siècle, à clefs pendantes. En i838, Bordes dressa un état des lieux qui montre l'église en cet état et il étudia une restauration où il s'essayait à combiner « le genre gothique » et « l'architecture

ÉGLISE DE HAÙX 53

par le souci d'abriter sous un toit unique la nef et les bas-côtés. La série des fermettes est interrompue, de distance en distance, par des fermes à tirant et poinçon ouvragés.

La façade a été mise en état vers i846. Un devis dressé cette année-là par Gautier prévoit la réfection des assises hautes, disloquées par les arbustes, de claveaux dans la porte et les fausses portes, de fûts, de bases, de la partie inférieure de divers contreforts ; il fallait, en outre, débarrasser la face Nord de la végétation parasite et en déchausser le pied, qui était enterré sur une hauteur de près de 3 mètres. Ce dernier travail ne semble

avoir été effectué Brulails phologr.

, c. FlG. 5(1. VUE DE LA IVCUIE.

qu en iodt .

Dans la façade occidentale, l'ensemble appartient au roman saintongeais ; les détails, qu'il faut étudier avec quelque défiance, sont gothiques : la fusion n'est dépourvue ni de charme ni d'intérêt.

Le flanc Nord du monument a été réparé, vers i85o, par Courau : cet architecte a travaillé aux têtes des quatre contreforts anciens, et il a reconstruit un cinquième, « bien que neuf, » pour le mettre en harmonie avec le style de l'église. Son projet nous apprend que, dans le transept Nord, la porte était dégradée: partie des colonneltes manquaient, partie des sculptures des arcs étaient rongées par le salpêtre, la corniche était détruite; il fallait, en outre, percer au-dessus de cette corniche une grande fenêtre.

Il existe trois portes sur cette face Nord: l'une, dans la travée Ouest, est du xiii0 siècle et en arc brisé; la seconde, deux travées plus loin, est du xn' siècle et à voussure polylobée; la troisième, dans le transept, est accostée de deux fausses portes. Dans l'angle Nord-Ouest du transept on a réemployé un chapiteau gallo-romain.

La face méridionale garde une file de corbeaux, très simples; ils ont porté la corniche romane et le faîte du toit en appentis qui couvrait une galerie du cloître.

Haux, arrondissement de Bordeaux, canton de Créon. — Église paroissiale. Vocable : saint Martin.

Avant les remaniements modernes, l'église de Haux était une église à chevet voûté et à nef unique couverte d'une charpente apparente ouvragée. On a caché cette charpente derrière un lambris en 1678 1 et on a construit un bas-côté sur le flanc Nord.

L'édifice est orienté un peu au Sud. Le chevet, abside et chœur, est légèrement incliné vers le Nord. L'intérieur renferme des chapiteaux curieux; à l'extérieur, il présente des colonnes engagées et des corbeaux, les unes et les autres servant à soutenir la corniche.

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