‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 5 sur 185 · D'ÉGLISES GIRONDINES · texte numérisé non relu

D'ÉGLISES GIRONDINES

Bordeaux. — Église primatiale Saint-André.

On peut décomposer Saint-André de Bordeaux en deux parties: d'abord, la nef; ensuite, le transept et le chevet. Ces deux parties sont pour nous d'un intérêt inégal : le transept et le chevet, plus parfaits, sont l'œuvre de l'école du Nord; la nef, moins belle, est l'une des productions les plus curieuses de l'école gothique de l'Ouest. J'insisterai davantage sur la nef.

Sous l'archevêque Amat, c'est-à-dire entre 1088 et 1101, le duc d'Aquitaine fit au chapitre de Bordeaux une donation importante « ad restauracionem edificiorum seu postmodum ad mensam canonicorum » 1. Sans doute il faut rattacher à ces travaux la consécration de la cathédrale par Urbain II, le i'"' mai 1096. Nous ne sommes, malheureusement, guère renseignés sur l'état de l'église à ce moment : elle pouvait être terminée depuis un certain temps ou, au contraire, à peine commencée, comme était Saint-Sernin de Toulouse, qui fut consacré très peu de temps après notre Saint- André.

En 1243, le roi d'Angleterre délivra un mandat de 5o marcs au profit des chanoines, «ad operacionem ecclesie Sancti-Andree »2. Une brève chronique insérée dans le cartulaire municipal de Libourne3 et dans le Livre des Coutumes de Bordeaux'1 porte que les travaux de l'église furent entrepris le 25 mars ia5i. On a prétendu que c'est la date des plus anciennes parties de l'église5; mais la chronique dont il s'agit est trop fautive pour qu'on en puisse retenir le témoignage comme décisif et, dans tous les cas, si le renseignement est exact, il ne peut s'appliquer qu'à des travaux d'amélioration ou d'achèvement. Des legs furent faits à la fabrique pendant la période qui suivit, en i263G, 1278", i3oi8. Lorsque Bertrand de Goth fut élevé du siège archiépiscopal de Bordeaux au trône pontifical, il provoqua par des concessions d'indulgences la générosité des fidèles en faveur de l'œuvre de Saint-André9. Le chantier devait être en pleine activité en i3i2, car le curé de Fronsac donna une autorisation pour le charroi des pierres destinées audit chantier10.

1. G 335. — 2. Rôles gascons, t. I, n° 1708. — 3. E suppl. 8968, fol. i32. — l\. Archives municipales de Bordeaux, Livre des Coutumes, p. 397. — 5. Corroyer, Architecture gothique, p. 34. — 0. G io3o, fol. 120 v°. — 7. G io3o, fol. i58 v°. — 8. G 3 1 45. — 9. Lopès, L'église Sainct-André de Bourdeaux, éd. Callen, t. I, pp. 127-138. — 10. Archives de la Charente, FI, fonds de Saint- Ausone d'Angoulême.

MONOGRAPHIES

Les travaux ne prirent pas fin de sitôt et la fabrique eut encore de grands besoins d'argent; les archevêques Arnaud de Canteloup et Élie, qui moururent, l'un le 26 mars i3o2', l'autre le 5 mai 1078-, la firent héritière, et divers fidèles instituèrent des legs à son profit3.

Longtemps Saint-André eut un maître d'œuvre en titre: Guillaume Albert, mort en 1069'1; Gaillard de Nincourt, cité en i4o35; Vital de Martres, mentionné en i4n6 et qui élait décédé en 1^17"; en 1420, Guillaume Géraud8, dont la veuve figure dans un acte de z 443 9 ^ Colin Trenchant, engagé en i425'°:

Quant le chevet fut en état, on se mit au clocher: c'est vraisemblablement dans le but de pousser la construction de la tour qu'en 1/466 on fit des démarches, d'ailleurs restées vaines, pour obtenir une indulgence11. Sur ces entrefaites, il fallut suspendre cette construction et s'occuper de l'église, qui inspirait de vives inquiétudes13. En 1^79, on démolit, en avant de la porte du transept Sud, une tour romaine, pour jeter les fondations d'un arc-boulantl3 que l'on projetait d'élever dans le cloître et qui fut, en effet, commencé cette même année1'1. Le maître d'œuvre se nommait à cette époque Jean Despinay5.

Durant la période i5o8-i52i, d'importants travaux furent exécutés à Saint-André: Simon Meschin déposa et Imbert Boachon reconstruisit les voûtes occidentales de la nef; en même temps, Boachon enserra cette nef dans un système d'arcs-boutants lG.

Les historiens locaux savaient que les voûtes du fond de la nef étaient dues à l'archevêque Jean de Foix, dont les armes décorent l'une des clefs; ils pensaient que les précédentes voûtes s'étaient effondrées en 1427, pendant un tremblement de terre. Le marquis de Castelnau a fait observer avec raison que l'on n'aurait pas attendu aussi longtemps pour réparer un tel désastre'7. Et, en effet, nous savons qu'un échafaudage fut élevé, en i5o8, « ad descendendum et refaciendum voultas ecclesie». Les voûtes étaient finies et on travaillait à les recouvrir en 1016-1017.

Des experts jugèrent, en i5io, qu'il fallait consolider les arcs-boutants du chœur et du rond-point; on y travaillait en mai de l'année suivante. On refit également, sur la face méridionale de l'église, l'arc-boutant de 1479 et un autre, plus ancien: on dérasa la culée, on l'exhaussa et on superposa trois rampants. Le maître d'œuvre, Imbert Boachon, qui était un sculpteur de talent connu par ailleurs18, dressa, en i5io-i5ii, un projet pour un autre arc-boutant ; on en fit trois, et on en ajouta encore deux pendant l'année i5ig. En i524, le chapitre estimait que la restauration était achevée.

Il paraît que des mouvements se produisirent vers le point où les voûtes nouvelles rejoignaient les anciennes : c'est pour y remédier que l'archevêque Charles de Gramont aurait fait, en i53o, l'arc-boutant Benaissance qui est sur le flanc Nord de l'église19.

Il y eut encore des travaux d'entretien, comme ceux qui motivèrent, en i555, un legs de 20 sous tournois « à l'euvre et réparation de l'église de Sainct-André » 20. En 1608, l'état des façades de l'un et l'autre transept était presque inquiétant: le cardinal de Sourdis et le chapitre plaidèrent à qui ne paierait pas les réparations21. Saint-André arriva ainsi jusqu'à la Révolution. En l'an VI, l'architecte Combes fut chargé d'établir >( une basilique pour célébrer les fêtes nationales et décadaires dans la nef»". Quelques années plus tard, quand on réorganisa le culte, le même Combes reçut mission d'aménager la cathédrale.

1. G 3 1 6, fol. a3 v*. — 2. ("est la date indiquée par le receveur de l'Arclicvèché (G a3g, fol. 257). — 3. i334 (G a8o4); 1 383 (G 2663). — 4- G 3i5, fol. 38 V. — 5. 11 57u. — 0. G 1 176, fol. 37 V. — 7. Il 572. — 8. G 286, fol. 1 v". — 9. G 27/Ï9. — 10. G 84, fol. 10 v\ — 11. G 280, fol. 18 v", 20 et 27. — la. G 28"), fol. 20 v". — i3. G a85, fol. 1 53 . — i4. Xaupi, Dissertation, pp. 11-12. — i5. 17 juillet i'i8o(II 7.3). — ili. Sur ces travaux, voir mes Deux Chantiers bordelais. — 17. De quelques problèmes d'archéologie, etc., dans les Actes de l'Académie, 1881, pp. 127-135. — 18. Abbé llequin, liéunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1898, pp. 418-427. — 19. Xaupi, Dissertation, p. i3. — ir . G 273C. — 21. G 227. — 22. L 789.

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