SAINT-A^JDRÉ DE BORDEAUX
Un incendie avait détruit, en 1787, la charpente du chœur; de plus, le Gouvernement avait enlevé, pour les besoins de la guerre, ce qui restait du plomb de la toiture. La couverture provisoire en planches laissait passer l'eau: on alla au plus pressé et on mit à couvert les voûtes du chevet. C'était chose faite en i8o3. On passa ensuite à la couverture de la nef et à l'intérieur: ravalements, badigeonnages, autels, boiseries, mobilier liturgique, etc. Combes paraît avoir pris goût à ces travaux: il conçut un vaste projet de restauration totale, avec une façade gothique; un autre architecte, Lartigue, avait déjà étudié, au xvme siècle, une façade monumentale en style gothique1. Par bonheur, ni l'un ni l'autre de ces projets ne fut réalisé. Combes perça dans le mur Ouest une porte provisoire; il enleva les amas de débris qui surchargeaient les voûtes; il répara celles de la nef, dans les ogives desquelles il signale des joints ouverts de près de 10 centimètres; il démolit la tribune des orgues, qui datait, semblet-il, de 1 73 1 2 et la reconstruisit en réemployant les matériaux du jubé élevé vers i53i; il reprit le haut des flèches découronnées de la face Nord, dont l'une, celle qui est le plus à l'Est. « avait été restaurée en 1689 avec des pierres de mauvaise qualité et de trop petit échantillon »3; on restaura «le grand fronton gothique entre les deux tours »4; puis, vers 1816, on plaça « des appuis en pierre évidés à jour dans le style gothique sur la première gallerie qui fait le pourtour intérieur de la nef»5. Entre temps, Combes fit sculpter quelques chapiteaux dans la nef et retailler des piliers : cette dernière opération prive l'archéologue d'éléments d'étude précieux. En 1819, on mutila l'encadrement de la porte Sud du transept, pour abriter cette porte sous un auvent, et en 1821 on posa sur les galeries intérieures du chevet des balustrades provisoires en fer.
Le pignon qui surmontait la façade du transept Nord avait il été mal maçonné ou plutôt manquait-il d'appui du côté de l'intérieur: toujours est-il que, le 2 mars 1820, un ouragan du Nord-Ouest le jeta sur les voûtes du transept, qu'il creva, tuant une quinzaine de personnes. L'architecte Poitevin refit, semble-t-il, la presque totalité des voûtes du bras Nord: un dessin de lui, gardé à la Bibliothèque municipale, montre qu'il cintra toutes les nervures, jusques et non compris le doubleau qui est entre nef et transept.
Il se peut que la secousse ait ébranlé les parties basses de cette façade ; car Poitevin fait figurer sur un compte de 1822 la « reprise en sous-œuvre des pieds-droits et du pilier de la porte du Nord ». Peu après, il construisit non loin de cette porte la sacristie sur laquelle est gravée la date de 1826 et qui est un essai, très curieux pour l'époque, d'architecture gothique. Enfin, il étudia un système qui a permis de renforcer par une armature de charpente les flèches du transept septentrional.
Il reste à signaler : vers i848, une restauration de la rosace Nord du transept, par Mialhe; en i85i-i86o, la réfection par Danjoy du doubleau Est de la nef, chapiteaux compris, et la reconstruction par le même de partie des nervures et de la presque totalité des remplissages des voûtes qui abritent les trois travées de nef à l'Ouest de ce doubleau; la démolition de celle des sacristies élevées par Poitevin qui était devant la Porte royale; en igo5, la réfection des voûtes du transept Sud; en 1907, la restauration des voûtes du chœur.
La cathédrale de Bordeaux attenait aux remparts romains : de là vient la pauvreté de la façade occidentale, laquelle n'avait même pas de porte.
Nous manquons de renseignements sur les églises qui ont précédé l'édifice actuel de
1. Marionneau, Les Salons bordelais, p. 12/4, note 2. — 2. Bernadau, Antiquités bordelaises, p. 3aG. — 3, 4, 5. Les Archives départementales possèdent un dossier sur ces travaux, de partie desquels Combes a rendu compte dans un rapport inséré au Moniteur Universel du 1" décembre 181 1.
Saint-André : on en a mis à jour quelques débris qui sont en partie conservés au bureau de l'architecte. En septembre 190O, des terrassiers ont découvert, un peu en avant du transept Nord, un jambage découpé de ressauts et garni de colonnettes; ce devait être l'entrée d'un porche du xh" siècle. A Saint-André de Bordeaux, comme à Saint-Maurice d'Angers,
la large nef actuelle a remplacé une église à trois nefs. De cette église antérieure il nous reste le bas de la façade Ouest ; la disposition des contreforts et des fenêtres de cette façade annonce un édifice à bas-côtés. On peut croire que l'église à trois nefs était du xie siècle ; celle qu'Urbain II consacra en 1096 est plutôt l'église, alors à peine commencée, à laquelle appartient l'étage inférieur de la nef.
Fl<;. I. — SAINT-ANDIu! 1>F. BORDEAUX.
(Extrail du Guide itlwtrê A Qardeawc.
Nous ignorons comment était compris le chevet ; dans la nef du xir siècle, le haut a été reconstruit et le bas a subi des modifications profondes, que nous avons déjà notées en racontant la restauration dirigée par l'architecte Combes après la Révolution.
Un fait est certain : la nef était divisée en travées à peu près carrées; sur les lianes de chacune d'elles étaient trois niches au Sud, trois au Nord; le fond des niches du Sud était
plat et le fond des niches du Nord était courbe. Quant aux piliers élevés entre ces travées carrées, ils ont été remaniés, en 1809 181 1. Ils étaient auparavant formés de deux ordres superposés et dissemblables : en bas, jusqu'au niveau de la galerie, « cinq à six grosses colonnes
1. Un acte de la fin du m« siècle fut rédigé à Saint-André, « sub clocario novo, <> sous le clocher neuf (Archives historiques, t. XXVII, p. 91). Il n'est pas impossible que le porche découvert en 190U fût sous ce clocher.
Brutails photogr.
, — FACE vmn DE LA NEF DE SAINT-ANDRÉ.