FRAGMENT DE LA CORNICHE
FlG. I .'il .
des murs est décoré d'une arcature aveugle et le haut porte une jolie corniche de réminiscence
i. De ces coupoles du transept il ne reste rien, saut' peut-être, à l'extrémité du bras Sud, un arc engagé dans le mur et qui rappelle les arcs longitudinaux soutenant les coupoles de la nef. Toutefois, il existe entre cet arc et les arcs de soutien des coupoles au moins deux différences: dans ceux-ci, la tète est inclinée et elle est concave; en d'autres termes, elle est plus saillante du bas et elle participe de la forme courbe du pendentif.
MONOGRAPHIES
romane. Au \jvr siècle, on fit la chapelle Sud-Kst et, afin de permettre l'accès dans cette chapelle, on transforma en porte la fenêtre qui, à cet endroit, éclairait le transept. Aux xvxvie siècles, ou reconstruisit la paire de piles élevée entre les deux travées du transept et la
paire de piles placée à l'entrée du chœur: les piles du côté Sud furent reprises en sous-œuvre sous des voûtes provenant de la première restauration gothique; on flanqua le chœur d'une chapelle carrée au Nord; enfin, on fit une nouvelle abside. Le transept est une construction inspirée du gothique poitevin : à trois nefs, de hauteurs sensiblement égales.
Deux constructions annexes ont été ajoutées à l'église: une jolie chapelle ou sacristie du xivc siècle au Sud du transept, une autre chapelle du xv° ou du \\T siècle au Nord de la première travée de nef.
Au fond de l'abside, la période gothique avancée a construit un édicule bas, séparé du mur par un couloir qu'abrite un berceau perpendiculaire à l'axe ; l'autel était adossé à cet édicule, qui portait peut être un autel supérieur. Cette disposition n'est pas sans analogie avec celle que Viollet-le-Duc a relevée dans les absides de Valcabrère et de la Sainte-Chapelle '. Enfin, sur l'un des pans de l'abside, côté de l'Évangile, est pratiquée une niche rectangulaire, sans feuillure, surmontée d'un dais gothique et qui pourrait avoir été un tabernacle.
La façade Ouest avait une porte accostée de deux fausses portes. L'angle Nord a été abattu pour donner place à un chemin, et la fausse porte de ce côté a disparu. On a dû refaire la porte centrale en grande partie; la voussure extérieure, qui a été conservée, garde une décoration d'un beau style, composée de grandes feuilles recourbées.
Léo Drouyn ! croyait que les coupoles de la collégiale était jadis apparentes; il en donnait pour preuve la présence, en haut des murs de flanc, de modillons qui ont dû marquer le niveau supérieur de ces façades latérales. On peut ajouter que les mêmes murs portent trace de reprise à ce niveau, un peu au-dessus du point où les calottes des coupoles se dégagent de la clef des arcs de soutien. Par contre, les calottes ne sont pas maçonnées de façon à résister aux intempéries: leurs assises sont normales aux courbes, sans revêtement, et rien ne les défendrait contre l'infiltration des pluies, contre les effets de la gelée.
L'une des coupoles, qui tendait à se disloquer, a été maintenue par quatre éperons élevés sur les diagonales.
La charpente gothique de l'abside n'est peut-être pas très ancienne; mais elle est grande et elle a bel aspect. Les goutterots sont élargis vers le haut par la superposition de plusieurs assises en encorbellement, tant au dehors qu'au dedans: cet artifice a permis de donner aux blochets une bonne longueur. De plus, l'élargissement intérieur réduit d'autant la portée des en traits.
i. Dictionnaire raisonné d'architecture, t. Il, au mot Autel, ftp. .'î/i et ss. — 2. Guide du voyageur à Saint- Émilion, éd. de 1 >Sgçi,
SAI^T-ÉMlLIO>T. CLOCHER ISOLÉ.
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La façade Nord du transept a reçu, vers la fin du xiii" siècle, un ensemble architectural important. L'artiste a transposé dans le mode gothique l'idée générale des façades romanes du pays : une porte et deux fausses portes ; seulement, ici les fausses baies et les pieds-droits sont tapissés de deux arcatures aveugles superposées, qui régnent sur toute la largeur. La combinaison n'est pas irréprochable: les lignes ont de la mollesse et de l'indécision. Les diverses voussures et, dans la porte, le trumeau, le linteau et le tympan sont relevés de sculptures. Un bénitier est creusé dans l'appui de l'arcature inférieure.
La partie supérieure de ce portail a été modifiée: la porte était surmontée d'un gable; sur chacune des fausses baies, une autre fausse baie était ménagée, plus simple et sommée également d'un gable. La maçonnerie maussade qui couronne actuellement l'ordonnance fait regretter cette architecture piquante et mouvementée.
La description de l'église serait par trop incomplète si l'on ne disait un mot des peintures murales et des peintures sur verre. On a signalé sur divers points du monument des vestiges de peintures: il en reste dans les voûtes du transept méridional, par exemple, et dans la chapelle élevée sur le flanc Sud du chœur; mais les plus importantes se trouvent à l'angle Sud-Est de la nef: elles représentent une Vierge hiératique, très allongée, bénissante, dans laquelle MM. Gélis-Didot et Laffillée ont cru percevoir une influence italienne1.
Quant aux vitraux de l'abside, ils renfermaient, avant la restauration récente, des fragments juxtaposés sans ordre, dont certains, avec inscriptions en gothique carrée, devaient avoir été faits par Lescamp, le verrier de 1^76 2 .
Saint-Émilion. — Clocher isolé.
Le clocher isolé de Saint-Émilion est celui de l'église paroissiale. On sait que cette église est creusée dans le roc : le clocher est au-dessus, - ; ; ,
contre-mur à l'Est et au Midi9. — 1627. Paiement au même, pour avoir fermé deux fenêtres
i. Gélis-Didol et Laffillée, La Peinture décorative en France du onzième au seizième siècle, introduction, p. xii. — 2. Voir un dessin des vitraux, exécuté en i84G par Rivière, instituteur, dans l'Album de la Commission des Monuments historiques, et une photographie partielle dans mon Album d'objets d'art. — 3. Archives historiques de la Gironde, t. XXXV, p. 16g. — 4. E suppl. 45g5. — 5. E suppl. 6595. — CE suppl. 4 4 7 0 . — 7. E suppl. 44i2. — 8. E suppl. 4/122. — g. E suppl. 45g5; Archives historiques . de la Gironde, t. XXXV, pp. 107 et suiv.
et il communique avec la nef centrale par un orifice en forme de puits ; un texte de 1762 nous apprend que cet orifice servait au passage des cordes des cloches pour la sonnerie 3.
D'assez nombreux documents font mention de travaux effectués à ce clocher: 1607. Projet pour déposer la flèche'1. — i5i3. Paiements au « maistre qui bastit le clocher >>5. — x\iL siècle. Mention de dépenses pour « construire et édiflier le cluchier»6. — i585. Défense au sacristain de laisser monter dans le clocher les gens en sabots7. Il s'agissait de ménager l'escalier, qui était en bois. — 161 7. Mention de l'état du clocher, qui menace ruine8. — 162G. Traité avec P. Battu t pour étayer la tour par « un pillier boutan du cousté de la ruyne » et pour élever un
FlG. 1 33. — PLAN DU CLOCHER.
Calqué sur un dessin conserve au Sous-Secrélariat des Beaux-Arts.
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«au-dessus de la dernière voûte» et pour avoir réparé l'escalier1. — 1762. Contrat pour la réparation des voûtes du clocher2. — 1 7 7 3 - 177^. Délibération en vue de réparations au clocher3. — i8i4- Incendie du beffroi pendant des illuminations. — 1817. La foudre tombe sur le clocher dans la nuit du 17 au 18 septembre. — 182a. Certificat de Poitevin, pour le paiement de diverses sommes, notamment: 259 francs pour « reconstruction d'un groupe de colonnes formant le pilier Sud-Est dudit clocher». — 1869. Décompte par Paul Courau de travaux de consolidation: dans les parements extérieurs, 10 mètres cubes de maçonnerie; au premier étage, 56 mètres cubes de maçonnerie, 8'" 5o de corniche, f\G"' f\o de nervures dans la vonte, six bases, 8m 4o de fûts; au second étage, 18"" 09 de maçonnerie, 1 5"1 2.") de fûts, quatre chapiteaux (à 4 francs l"un), 8'" 70 de corniche, quinze corbeaux, f\ mètres d'archivolte en dents-de-scie ; au troisième étage, 26"" 78 de maçonnerie, plus 8"" 5o pour le clocheton et les arcs-boutants, 9"' 60 de corniche, 18 mètres de moulures de pendentifs (?), vingt-quatre corbeaux; à la galerie, 2"'5o de balustrade; quarante-deux crochets; 91 \ kilos de fer pour tirants diagonaux.
Enfin, en 1892, M.Valleton a réparé les voûtes des premier et deuxième étages, la balustrade, la flèche et refait le couron nement de ladite flèche et des clochetons dont elle est entourée.
Sans parler des ouvrages de consolidation, le clocher dénote deux périodes de travaux : l'ensemble de la tour est du xii0 siècle sensiblement plus avancé dans le haut; la flèche est du xvi' .
L'une des particularités les plus frappantes de ce clocher, c'est que le rez-de chaussée, largement ouvert, comprenait quatre piliers réunis par des arcs en plein cintre; ces baies ont été murées. La voûte basse est une coupole à pendentifs plans; mais rien ne garantit que le type n'en ait pas été changé au cours des travaux de restauration.
Ce rez-de-chaussée est couronné, à Tex-
FlG. l34- — MJE 1)1 CLOCHER, PUISE DU SL'D-OUEST. Evlrail du Guide à Saint-Émilion, par L. Drouyn (Maleville, éditeur)*
térieur, par une corniche. L'étage au-dessus est roman; mais la voûte, très remaniée, est gothique. A l'extérieur, le côté Ouest de cet étage, seul visible, — les autres faces sont masquées par le placage de 162G, — présente une baie entre deux fausses baies étroites; au-dessus, le parement est en appareil réticulé.
La transition de la souche à la flèche se fait, en dedans, à la hauteur de l'arc des fenêtres, ce qui a entraîné des coupes de pierre étranges. La flèche est contrebutée au pied, en dehors, par huit petits arcs-boutants, qui joignent aux quatre clochetons élevés sur les angles de la tour les huit arêtes de la pyramide.
1. Archives historiques, t. XXXV, p. iG4. — 2. Op. cit., p. iG.j. — 3. E suppl. 444 1; Archives historiques, t. XXXV, pp. 171 ol suiv