‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 70 sur 185 · CHAPITEAUX DE LA NEF · texte numérisé non relu

CHAPITEAUX DE LA NEF

des pilastres sans colonnes engagées. Nous verrons qu'à cette différence dans le plan des piles correspond une différence non moins accusée dans l'ornementation. Les colonnes engagées avaient été retaillées dans les deux dernières paires de gros piliers de la nef vers l'Est; elles ont été rétablies dans l'une.

En somme, la nef comprend : à l'Ouest, une travée beaucoup plus large que longue, ayant de chaque côté une arcade unique ; puis, trois travées doubles, ayant chacune et de chaque côté deux arcades. Dans celle de ces travées qui est le plus à l'Est, l'arcade orientale est plus courte.

La travée du chœur, moins longue que les précédentes, a une seule arcade sur chaque flanc et ses piles sont allongées dans le sens de l'axe. Ainsi, dans cette partie de l'église, les arcades sont rétrécies et les supports sont renforcés, afin de mieux résister à la pesée des clochers, qui sont élevés sur les bas côtés au droit du chœur. Les clochers ont, d'ailleurs, causé des désordres et nécessité des remaniements importants: il a fallu, à diverses époques, murer les arcades du chœur et quelques-unes des arcades voisines. L'abside avait auparavant sept grandes arcades, et ces sept grandes arcades s'ouvraient sur autant de travées du déambulatoire.

Les voûtes ont été reconstruites presque entièrement à la fin de la période gothique, après la

reconquête française :

une clef de voûte porte des fleurs de lys. On peut voir sous le toit les arrachements de la maîtresse voûte primitive ; il reste également, au-dessus des deux travées occidentales du collatéral Sud et sous le clocher Nord, des spécimens d'anciennes voûtes des bas-côtés1.

La maîtresse voûte était un berceau plein cintre ; les voûtes latérales subsistantes sont un

compromis entre la voûte d,' arêtes et la coupole. Il ne faut pas les étudier à l'intrados : de ce côté les traces de couchis donnent l'illusion d'un appareil de voûtes d'arêtes bombées dont

l?ru)ai)s phologr:

Fji;. 102. — PORTE PRIKCIPALE.

i. Le marquis de Caslelnau, dans ses Notes manuscrites (t. I, pp. 3f)-/io), signale au Nord sept voûtes romanes, qu'il a prises pour des berceaux, et cinq au Sud.

monocr \piiii.s

les arêtes sont émoussées à la clef1; à l'extrados, on voit que les blocs, mal dégrossis et posés irrégulièrement, forment plulôt des assises concentriques. Mais ces voûtes se relient gauchement avec leurs supports et je ne me porterais pas garant, bien que cela soit plus probable, qu'elles remontent à l'époque romane.

La nef était-elle éclairée directement? M. Ënlart le nie; Trapaud de Colombe l'affirme !.

Il existe des restes de baies qui entament les naissances du berceau roman; mais ces baies, qui ne sont pas ébrasées, sont, d'autre part, inégales et grossièrement appareillées; enfin, pour qu'elles eussent pris jour à l'extérieur, il faudrait supposer sur les bas-côtés des dispositifs de couvertures qui n'étaient guère en usage. Il est donc invraisemblable que ce soient des fenêtres; c'étaient plutôt des ouvertures destinées à surveiller le berceau central et à amener un peu de lumière dans les combles des collatéraux.

Le déambulatoire est divisé en travées trapézoïdales par des arcs transversaux en plein cintre, sur lesquels sont posés des berceaux rampants, en forme de demi-troncs de cône.

Il reste à signaler, dans le chœur, contre la paroi Nord, un encorbellement de style gothique qui peut être considéré comme contemporain des voûtes, tin xv" ou xvi" siècle. C'est le support d'un orgue; on en fit apparemment une tribune plus tard : au xvm' siècle, les experts passèrent des archives « dans une tribune qui donne dans l'église, laquelle nous avons trouvé faite à neuf».

Au point de vue de la décoration, Vertheuil se divise en deux parties: dans les Irois piliers à l'Ouest, la sculpture est plus variée, plus riche et très belle, avec des personnages et des scènes; dans le reste des piliers, les chapiteaux sont monotones et pauvres, et le décor en est composé à peu près uniquement de feuillages stylisés dont la pointe se recourbe en crochet. Drouyn pensait (pie celle seconde partie étail plus ancienne; les travées Ouest et les chapelles absidales auraient été ajoutées à une époque plus avancée de la période romane. La chapelle carrée, en effet, paraît due à une addition ; si les autres ont été surélevées, de façon que le haut de leurs murs masque la corniche du déambulatoire, il n'en est pas moins vrai que les cbapelles mêmes ont été bâties avec le reste du chevet. Quant à la nef, la partie Ouest a une ornementation fort belle et nullement archaïque; mais la partie orientale, de style plus systématisé, plus sèchement rationnel, dénote, à mon sens, une date moins reculée. Les travaux de l'église auraient marché de l'Ouest vers l'Est.

La porte, qui a été mutilée aux xvir-xvni' siècles, était nettement saintongeaise : elle offre une suite de personnages mêlés à des plantes conduites suivant un dessin régulier, une file de petits bonshommes qui se tiennent la barbe, etc. M. Dangibeaud a publié naguère une archivolle de le porte d'Avy (Charente-Inférieure), qui ressemble beaucoup à cette archivolte de Vertheuil, et il a souligné l'analogie ;.

Le clocher Nord est seul ancien et intéressant. L'étage inférieur est brut, si bien que les colonnes engagées qui ornent l'étage du milieu portent sur des culs de-lampe. L'étage supérieur décrit, en plan, un octogone, mais un octogone un peu gauche, un peu indécis et qui était destiné peut être à porter une flèche conique renflée, pareille à certaines flèches de la Saintonge.

Brutails photogr.

Fin. |53. — CLOCHER >di\d.

i. La figure 107 du Manuel île M. Enlart aernse trop nettement les arêtes et reproduit le faux appareil de l'intrados. —

>. Manuel, p. 3oo, noie. Congrès scientifique de France, 28* session (18G1), t. IV, p. 643. — 3. ISulletin archéologique, 1910, pp. 37 et 4o.

égi.isf, de viixen.we-d'ornon

Villenave-d'Ornon, arrondissement de Bordeaux, canton de Pessac. — Eglise paroissiale. Vocable: saint Martin. Décimateur: le trésorier de Saint-André de Bordeaux.

Les documents ne nous apprennent rien sur le passé de l'église de Villenave, sinon qu'en r/|/|3 elle avait besoin de réparations coûteuses1. En son état actuel, cette église, orientée vers

FlG. l5/|. — PLAN 1)13 L'EGLISE DE VILLlî.\"A\E-n'oi\NOX.

l'Est-Sud-Est, comprend une abside voûtée en cul-de-four, un ancien chœur transformé en carré du transept et voûté d'un berceau brisé élevé, deux bras du transept voûtés d'ogives, une nef et deux bas-côtés couverts de fausses voûtes ; le clocher occupe l'angle Sud-Ouest.

L'abside, fort belle, d'appareil soigné, a des fenêtres richement encadrées au dedans et au debors, avec des chapiteaux bizarres. Le chœur a été percé, à droite et à gauche, sur les deux chapelles carrées qui forment les bras du transept. Ces bras sont construits dans l'architecture des derniers temps du gothique; à l'extérieur et à la hauteur de l'appui des fenêtres, un cordon mouluré l'ait saillie sur les parements du transept, et le profil classique de ce cordon jure quelque peu avec le parti gothique de la construction.

L'arc triomphal est beaucoup plus bas que le berceau du chœur; de même que la paire d'arcades orientales de la nef, il est sensiblement outrepassé. Les chapiteaux de l'arc triomphal et les divers chapiteaux à l'Ouest de cet arc sont, les uns simplement épannelés et les autres couverts de sculptures en partie barbares. Ceux de la pile Sud de la nef ont été mutilés, ainsi que cette pile, pour loger la chaire.

Cette église, en grande partie de mauvais appareil et recouverte de badigeon, est d'une analyse difficile. Elle appartient à plusieurs époques, que je vais tâcher de discerner. L'abside est du xii° siècle, comme la colonne engagée qui, dans chacune des piles de l'Est, donne sur le carré du transept. Dans le carré, la voûte elles colonnes engagées qui sont plantées aux quatre

i. Denille, La désolation des eylises, t. I, p. i43.

MO\OGHAl'IUES

angles remontent à la même époque. Les bras du transept appartiennent au xvi' siècle avancé,

sinon au wii'. Le clocher doit être plus récent, ainsi que la pile Nord -Ouest de la nef, la porte Ouest et les grandes arcades occidentales. Le mur du bas-côté Nord est roman : il conserve les restes d'une vieille fenêtre et, çà et là, du petit appareil. Les contreforts du mur Sud, avec leur saillie de près de o"'5o, accusent plutôt la période gothique. La porte percée dans ce mur doit être du wii' siècle. Restent les quatre piliers élevés dans la partie orientale de la nef: la forme outrepassée de l'arc triomphal et des deux giandes arcades voisines et le décor rude des chapiteaux permettent d'attribuer

cette portion de l'édifice aux débuts de la période romane, soit au xi" siècle.

Quelle était à ce moment la disposition de l'église? La première paire d'arcades à l'Est ne s'ouvrail-elle pas sur le transept et les autres n'auraient elles pas été ouvertes après coup? Cette opinion est fort improbable. Ce qui est certain, c'est que la nef et les bas-côtés n'avaient pas de voûte : les piles, qui ne mesurent guère que om65 d'épaisseur, n'auraient pas résisté aux poussées d'un berceau dont la portée aurait atteint près de 4m5o.

FlG.

Brutails photogr

— VIE DE l'aIISIDE.

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