‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 73 sur 185 · LES RESSOURCES FINANCIERES · texte numérisé non relu

LES RESSOURCES FINANCIERES

Pour comprendre l'architecture de ces époques, l'organisation sociale des chantiers n'est pas sans importance. L'art aurait été tout autre si les constructeurs avaient reçu dans des écoles un enseignement théorique, au lieu de s'être formés aux leçons de l'expérience.

Ressources financières et règles pour l'entretien des églises. — Les édifices se présenteraient également sous un aspect différent si les collectivités qui les ont élevés avaient disposé des ressources budgétaires de nos sociétés modernes. Les souverains allouaient parfois, de loin en loin, une somme d'argent aux entreprises qu'ils entendaient favoriser. Ces subventions devinrent plus fréquentes vers la fin de l'Ancien régime : les Intendants mirent, de plus en plus, les dépenses des réparations d'églises à la charge des budgets locaux1. Durant le Moyen-Age, les fabriques devaient compter principalement sur les générosités particulières, les legs et les aumônes, exceptionnellement sur les corvées volontaires des fidèles La somme la plus élevée peut-être qui ait été accordée à une église de nos pays consiste dans les 10,000 florins, environ 120,000 francs, légués par Clément V à l'œuvre de son ancienne cathédrale Saint-André de Bordeaux3.

Il est d'usage que les testaments renferment des libéralités au profit des églises en construction: c'est même l'un des moyens de déterminer la date des édifices. Les aumônes étaient déposées dans les troncs ou milheyras, placés à demeure, soit à l'église, soit dans les boutiques, pour recevoir les deniers à Dieu1*. Afin de provoquer les dons, les fabriques envoyaient aussi des quêteurs, ou elles obtenaient des indulgences, des pardons, des jubilés locaux: les fidèles, qui venaient quelquefois de loin5 pour gagner ces indulgences, laissaient une offrande avant de se retirer.

Durant l'époque moderne, un droit se forma0, qui répartit entre les décimateurs, les seigneurs et les communautés d'habitants les dépenses de la construction et de l'entretien des églises paroissiales: au gros décimateur incombait le soin du sanctuaire; les habitants s'occupaient de la nef; les seigneurs avaient généralement une ou plusieurs chapelles sur les flancs de l'église7.

1. Voir, par exemple, dans la liasse C 37O9, des étals d'impositions pour la période 1768-1770. — 2. Le cas s'est présenté à La Réole, au xvi" siècle, pour la construction de l'église Saint - Michel (E suppl. 2gi3). — 3. i5 mai 1/178. Reconnaissance par un débiteur de Jean de Foix pour Coo francs bordelais, environ 2,700 fr., donnés par celui-ci à la fabrique de Saint-Michel (Darliguemale, notaire, registre pour 1470-168/1, in fine). — 4. Sur toute cette organisation, voir mes Deux Chantiers bordelais, pp. 19 et ss. Un inventaire fait chez un cordonnier, à la date du 1" mai 1 465, mentionne une huche qui contient « una milheyra de terra de la confrayria de Nostra- Dona, sent Crespin et sent Grespinian, en laquau milheyra ave quatre vingtz et très ardilz bordales » (Jouan, notaire). — 5. 1 350. « IX' die maii, domina de Rupescissa (Roquetaillade) venit ad indulgenciam Burdeg. et recessit in crastinum » (G 2 38, fol. 35o). Les établissements pouvaient affermer le produit des quêtes; ainsi fit-on à l'hôpital Saint-Martial de Podensac pour le produit des quêtes dans le duché de Guienne pendant un an (Uupuy, notaire, fol. 8y v°). — G. Abbé Cochet, dans le Bulletin monumental, t. VII, pp. 283 et ss. Une ordonnance archiépiscopale du 12 janvier 1785 fixe, dans le diocèse de Bordeaux, les dimensions minima des chapelles domestiques à il\ pieds de longueur, 12 de largeur et n de hauteur (G 2960). — 7. 29 juillet 1771. Instruction en forme de règlement pour la réparation des églises paroissiales (C 37g4).

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