LES REMANIEMENTS DU PLAN
plus de nef. Maintes et maintes fois, des églises ont été agrandies : deux absidioles ont été ajoutées à Préehac (fig. io/j), une à Mombrier(fig. 326), à Roaillan, tandis que Saint Georgesde-Montagne (fig. 107), Andernos, Labrède 1 , Moulis (fig. 89), qui avaient une abside et deux absidioles, ont perdu leur absidiole Sud. On a abattu le cbevet de la collégiale de Saint-Emilion, pour le refaire plus vaste.
L'accroissement intéresse plus souvent la nef.
A Montignac, on a porté à g"'3o la largeur du vaisseau sans placer des piliers et des arcades entre l'aire primitive et cette addition
Fig. 1 58. — sai nt-lisgeu-de-vign acce .
FlG. l57*,s. — ÉGLISE SOUTERRAINE DE SAINT -ÉMILIÔN. Calqué sur un dessin gardé ;iu Sous-Secrétariat des Beaux-Aa'ts.
C'est tout à fait exceptionnel. Quelquefois, comme à Rions au xivc siècle, comme à Puynormand au xvic, on a jeté bas la nef et on l'a remplacée par une nef nouvelle et deux bas-côtés; en général, on a percé un mur de liane ou les deux et ^)n a élevé un ou deux collatéraux.
Des bas-côtés ont été ainsi accolés à l'église de Préehac, peut-être dès l'époque romane; mais c'est surtout vers la fin de la période gothique, entre la guerre de Cent ans et les guerres de religion, que des ailes furent faites après coup dans les églises devenues trop petites : Aillas (fig. 19), Aubie, Fronsac, Langoiran, Saint-Martial, Rauzan (fig. 110), etc., s'accrurent d'un bas-côté au Sud; l'église paroissiale de La Sauve-', Mouillac, Peujard, Taillecavat, Brannens, Pujols-sur-Ciron, etc., d'un bas-côté au Nord. La nef gothique d'Escoussans a été augmentée de deux collatéraux.
Bi'ulails deliu.
1. Un arrêt du Parlement en date du 2^ avril 1760 mentionne à Andernos « le sanctuaire... des deux collatéraux ». Pour Labrède, voir la description dans le Comple-rendu des Monuments historiques, 18/1G, p. 18, et le plan, i85o, après la page 70. — 3. Cette addition serait de 1 5^5, d'après les Notes du marquis de Castelnan, t. II, p. 120.
LE PLAN DES ÉGLISES
L'époque moderne employa souvent le même expédient : à Cardan, un bas-côté bâti au Sud de la nef s'ouvre sur celle-ci par deux arcades dont l'une porte la date i685; à Labrède, un bas-côté fut monté au xviu' siècle; pendant le môme siècle, la fabrique de Saint-Magne, près Caslillon, accompagna de deux collatéraux la partie orientale de la nef. Combien d'autres exemples on pourrait citer: Cars et Moulis, qui reçurent deux bas-côtés; Saint-Laurent-d'Arce et Saint-Pey-de-Castets, où une nef gothique est accostée d'un vaisseau secondaire de même style, mais plus récent; Civrac (Médoc), avec ses bas-côtés tout modernes; Tresses, où le bas côté Nord est du xvi1 siècle environ et le bas-côté Sud du xiV; Marcillac, où le bas-côté méridional est du xvn° siècle, peut-être de i665; Vignonet, qui a été pendant le xvmr siècle agrandi d'un bas-côté à deux travées; Samonac, où l'arcade Sud-Ouest porte la date 1789; Paillet, qui avait au Nord un bas-côté unique: on l'a remanié et on a édifié au Sud un bas-côté semblable1.
Une autre modification qui n'est guère moins fréquente consiste dans l'addition de chapelles latérales. Deux chapelles placées en face l'une de l'autre constituent une sorte de transept2, à Bayon, par exemple, où elles ne remontent qu'au \ixe siècle ou encore à Lalandede-Libourne, où elles sont de la même époque, à Cameyrac. A Jugazan, la fabrique bâtit deux chapelles, l'une au Nord en 1770, l'autre au Sud en 1 7 7 4 3 - Le plus souvent, semble-t-il, ce n'est pas à la fabrique et à la paroisse que ces chapelles appartenaient, mais au seigneur; aussi trouve-t on des armoiries sur les clefs des arcs et des voûtes à Bossugan-1, à Fontet, etc.5. Le châtelain de Thau avait dans l'église de Gauriac une chapelle, dans laquelle il pouvait faire peindre une litre6. J'ai observé à diverses reprises dans les cantons de Podensac et de Labrède, notamment à Saint -Morillon, Cérons, Arbanats, que des chapelles ajoutées de la sorte avaient été par la suite prolongées vers l'Ouest en de véritables bas-côtés.
Les plans a trois nefs, a deux nefs, a une nef. — Le plan des églises girondines est à peu près invariablement simple. En dehors des grandes productions du gothique français, deux églises conventuelles très importantes sont les seules qui possèdent un déambulatoire: Guîtres (fig. 67) et Vertbeuil (fîg. 1/19); l'une et l'autre avoisincnt la frontière Nord du département.
Même parmi les églises importantes, celles qui dès l'origine avaient des bas-côtés sont rares: je ne vois guère à citer, pour l'époque romane, que les églises de Guîtres et de Vertheuil, déjà nommées, Soulac (fig. 11 5), Sainte-Croix de Bordeaux (fig. 6), la cathédrale de Bordeaux antérieure à l'édifice actuel, peut-être Sainte-Eulalie-d'Ambarès, où la nef centrale est terminée par une abside et où les bas-côtés auraient eu un chevet plat, enfin l'abbatiale de La Sauve (fig. 67), qui appartient au style de transition. On paraît avoir projeté trois nefs à Lignan, oii on n'en exécuta qu'une.
Durant cette période romane, le plan des grandes églises bordelaises comprend une abside et deux absidioles, un transept, une nef: Cars (fig. 45), Civrac (Médoc), Saint-Christoly (Médoc), Moulis (fig. 87), Montagne (fig. 8/1), Saint-Georges (fig. 187), Salignac, Saint-Denis-de-Piles (fig. i'J7), Bions, Martillac, Léognan, Lignan- de -Créon (fig. 76), Loupiac-de-Cadillac, Saint- Ferme (fig. 1 35), Mauriac (fig. 83), Aillas (fig. 19), etc. Les constructeurs gothiques, surtout en Bazadais, et ceux qui ont suivi ont adopté assez volontiers le plan à trois nefs : Uzeste (fig. 1/16), Saint Léger-du-Balson, Saint- Côme, Bernos, Cudos, Saint- Symphorien, Podensac, qui sont gothiques; Goualade, Saint-Michel-de-Bieufret, Lacanau, Barsac (fig. 21), etc., qui sont modernes.
1. Inversement on a muré, à Saintc-Hadegonde, le bas-côté Sud pour l'affecter au logement du desservant. — 2. Mazerac: la chapelle du Sud porte la date i(i<ji; Cissac (Baurein, Variété? bordeloises, t. I, p. 3o5). — 3. E suppl. /17/18. — k- L. Urouyn, Variétés ijirondines, t. Il, pp. /101-io?. — 5. Cfr. ce que Guinodic raconte au sujet de Saint-Gencs, dans son Histoire de Libourne, 2' éd., t. 111, p. 120. — 6. G 3107.
le plan de l'ensemble i 3g
Riocaud et Margueron (fig. i5g), démembrés de l'Agenais, sont à deux nefs: ce sont des églises qui appartiennent à la fin de la période gothique, au xve ou au xvie siècle.
Brutails delin.
Fig. 160. — saimt-germain-de-campet.
Fig. i5q. — église de margueron.
D'après un dessin fie L. Labbé.
On a toujours fait, dans le pays, des églises à une nef, sans transept, avec abside; c'est le type le moins coûteux. Thil près de Grignols, Saint-Germain-de-Campet (fig. 160) près de Faleyras, Sainte Sportalie près de Podensac peuvent être donnés comme spécimens de l'église rurale ainsi réduite à son expression la plus simple.
Le plan à nef unique et à chevet plat accuse moins d'ancienneté, soit que le chevet, plus étroit, s'ajuste à une nef plus large (fig. 1 6 r), soit que le monument entier se
réduise à un rectangle. Ce dernier plan (fig. 162) est celui d'un groupe important d'églises :
les églises des Templiers et des Hospitaliers.
Bien qu'il y ait en Gironde un nombre assez élevé de bastides, nous avons une seule église du type des bastides :
large vaisseau
bordé, sur chaque flanc, d'une série
Fig. 161. — GARDEGAN.
LE PLAN DES ÉGLISES
de chapelles et terminé par une abside polygonale. Encore cette église, celle de Monségur, a-t-elle été si profondément remaniée qu'il est difficile d'en connaître les dispositions originelles.
Brutails delin.
Fit;. 162. — VI LI.EM NRT1N.
Quelques chapelles échappent à toute classification et à toute règle: ce sont les chapelles de châteaux, que l'on a sacrifiées à la destination militaire de l'ensemble. On a converti le couloir de la porte en chapelle, à Veyrines1, dans la banlieue de Bordeaux, et la chapelle d'Agassac est posée en encorbellement sur une tour d'angle2.
L'orientation des églises. — On sait que la liturgie prescrit de diriger le chevet de l'église
vers le point où le soleil se lève au moment des équinoxes, « versus ortum solis aequinoctialem »3. Il s'en faut bien que cet usage fût toujours et partout ponctuellement observé. On s'est demandé si le chevet ne regarde pas le point de l'horizon où le soleil se lève le jour de la fête du saint patron de l'église. Examinons cette question.
Nous ferons, naturellement, abstraction des édifices qui ont été retournés après coup, de sorte que le pied de la nef a pris la place de la tête : Auros, Baigneaux, Marsas, Abzac, Saint-Androny. L'église romane de Bimons (lig. 162"*) était orientée normalement ; vers i5oo, on a condamné la nef et bâti une nef gothique à l'Est du chœur roman, auquel on Fa soudée. Quelques autres églises
1. Guienne militaire, t. Il, p. 317. — 2. Guienne militaire, t. Il, p. 19g. Baurein a signalé, en dehors de certains villages du Médoc, des chapelles qui auraient été construites pour servir pendant les épidémies (Variétés bordeloises, t. 1, pp. 172 et 177 ; nom. éd., t. I , pp. 1 18 et 121). Drouyn a soin mai renient décrit (Guie,ine militaire, t. I , p. 1 2.3) la chapelle de Sainte-Remède, près de Nérigean, qui est à deux étages: le rez-de-chaussée abrite une fontaine, — 3. Durand, nationale, livre I.
FlG. l6ï *'». RIMONS, NIE PRISE Kl SUD-OUEST.
Brutails photogr.