LA BRISURE DE L'AXE
sont d'orientation fantaisiste, comme Sainte-Croix-du-Mont, dont l'axe allait du Nord au Sud1. En dehors de ces cas exceptionnels, la direction générale est Ouest-Est, mais avec des déviations, dont le sens et l'amplitude ne paraissent dépendre aucunement de la date à laquelle on célèbre la fête patronale. C'est, du moins, ce qui résulte des indications suivantes :
Fêtes tombant entre le 21 mars et le 20 septembre: sainte Quiterie (1), saint Cyr (1), saint Jean-Baptiste (3), saint Maixent (1), saint Pierre (11), sainte Praxède (1), saint Christophe (3), saint Laurent (1), Notre-Dame (11), saint Symphorien (1), saint Genès (1), saint Morillon (1) et la sainte Croix (1), soit trente-sept églises: dans cinq, l'axe est dirigé à peu près vers le plein Est; dans douze, il incline vers le Nord; dans vingt, vers le Sud.
Fêtes tombant entre le 21 septembre et le 20 mars: saint Maurice (2), saint Michel (2), saint Ferme (1), saint Palais (1), saint Denis (1), saint Seurin (2), saint Martin (i3), saint Brice (1), saint Sernin (3), saint André (4), saint Éloi (1), saint Etienne (1), saint Jean l'Évangéliste (i), sainte Colombe (2), saint Émilion (1), saint Hilaire (3), saint Sulpice (1), saint Antoine (1), saint Projet (1), saint Biaise (1), soit quarante-trois églises: dans cinq, je n'ai pas observé de déviation qui soit appréciable avec une boussole de poche; dans vingt-quatre, l'orientation dévie vers le Nord et dans quatorze, vers le Sud.
La brisure de l'axe. — L'axe des édifices n'est pas invariablement rectiligne, et ceci nous ramène à la ques-
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la brisure était
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FlG. i63. — FLA.UJAGUES. Brutails delin.
dernières années,
avec une remarquable abondance d'observations et de documents, et il a été résolu par la négative3. Exposons d'abord les données.
La brisure de l'axe du chevet est parfois très sensible. L'abbé Mezuret l'a signalée à Soulac, Vendays, Saint-Trélody, Loupiac-de-CadillacV Elle se produit vers le Nord : à Cars (fig. 45), à Brannens, à La Sauve (fig. 67), à Parsac (fig. 90), à Pellegrue (fig. 96), à Saint-Martin-de- Lerm, à Bassens, à Insos, à Petit-Palais (fig. 96), à Cadaujac, à Aillas (fig. 19), à Haux, à Lignan-de Créon, où elle est à peine sensible, etc., tandis que l'axe du chevet s'infléchit vers le Sud dans les églises de Doulezon (fig. 62), Saint-Martin-de-Mazerat, Àndernos, Martres, Puynormand, Sainte-Colombe, Saint-Caprais-de-Haux, Lignan-de-Bazas, dans la collégiale de Saint-Emilion, etc.
Voilà les faits. Si on entreprend de les commenter, il ne faut pas perdre de vue que la plantation des églises d'autrefois est fréquemment irrégulière: le Moyen-Age n'apportait pas dans l'exécution des travaux cette minutie, qui touche parfois au fétichisme, de nos ingénieurs modernes. Saint-Éloi de Bordeaux, Saint-Bemi de la même ville5, d'autres églises encore
i. L. Drouyn, Bulletin monumental, t. XIX, p. khk- — 2. Bulletin monumental, t. XXIV, p. 5oo; Guide à Saint- Émilion, 2e éd., p. /ji ; Revue catholique de 1880, p. .Soo, note 2. — 3. H. de Lasteyrie, La déviation de l'axe des églises est-elle symbolique f Extrait des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXXVII, 2° partie. — tt. Notre-Dume de Soulac, p. 214. — 5. L'abbé Cirot de La Ville a donné le plan de Saint-Remi dans L'Église Saint-Seurin, p. 287.
LE PLAN DES ÉGLISES
portent dans leur plan la marque de réfections, de remaniements, de travaux successifs qui se raccordent mal l'un à l'autre. Dans l'église de Flaujagues (fig. i63), qui n'est cependant pas antérieure au xvn' siècle1, les murs sont conduits suivant un plan bizarre, dont les anciens ne s'apercevaient peut-être pas, car on a dessiné, en 1770, de cette construction irrégulière un plan régulier3; à Cars, où le chœur est fortement incliné, la plantation du clocher est plus défectueuse encore; à Thil, près de Grignols, les murs ondulent pitoyablement. Il ne faudrait cependant pas supposer les maîtres d'oeuvre plus maladroits qu'ils n'étaient et croire, par exemple, qu'ils ne pouvaient plus s'aligner dès qu'on avait clos provisoirement une partie de l'édifice : il leur suffisait de tirer des diagonales égales et ils le savaient sûrement.
L'obliquité des flancs du chœur doit être parfois voulue : ils se rapprochent vers l'Est,
afin d'augmenter la profondeur apparente de l'édifice. Cet expédient, qui a été employé dans les écoles les plus diverses3, est appliqué chez nous dans les églises romanes de Massugas (fig. i64), Ruch (fig. 11 4), Saint-Romain-de-Vignague (fig. 178),
l'.ruiails ielin.
Bruges (fîg. i65), Cazaugitat (fig. 173), Pujols-sur-Ciron, etc. Par contre, la nef
de Pompignac s'élargit du côté du chevet : l'écartement des murs est de 7"' 85 à l'Ouest, de 9™ 10 à l'Est.
Une préoccupation du même ordre a fait diminuer vers l'Est la longueur des divisions architecturales, travées ou arcades, afin qu'elles paraissent plus éloignées4.
Une disposition de ce genre était très sensible à Bourg, dans une petite chapelle que Léo Drouyn a décrite5; à Saint-Gervais, les travées deviennent plus courtes vers l'Est. Mais à Saint-Aubin-de-Blaignac (fig. 166) les travées, de plus en plus longues à mesure qu'elles 76, 5m53, 6mo3, 7"' Go, enfin 8'" 20;
cette dernière travée a été ajoutée. On ne comprend pas dans quel but le
s'éloignent de la façade, mesurent
1. L'église de Flaujagues, détruite par les Protestants, fut réédifiée sur un autre emplacement en i6a4 (E suppl. 5576 et C 37O0). On y fit en 1770 des réparations, qui consistèrent à surélever les murs et à reconstruire l'abside (II 700). La façade est de i84a (Guinodie, Histoire de Libourne, éd., t. III, p. 65G). — ■>.. II 7011.— 3. Gonse, L'Art gothique, p. i3o, note 2. En Égypte, M. Maspero a signalé la convergence du sol et du toit (L'Archéologie égyptienne, dans la collection Quantin, p. 71-72). Cfr. Choisy, Histoire de l'architecture, t. Il, p. Voir aussi Annales archéologiques, t. X, p. 263. — 4. Cfr. Michon, Statistique monumentale de la Charente, p. 361. — 5. Notes arcliéologiques, p. 5.
LE CHEVET
FlG. 1 ('■(>. — SAINT-AUBIN-DE-BLAIGNAC.
Dessin de L. Drouyn (Extrait des Variétés girondines, t. I. p.. 59.)
constructeur aurait, de propos délibéré, adopté cette progression croissante de l'Ouest vers l'Est, et il faut faire ici une place aux hasards et aux accidents.
Quand on étudie les faits de ce genre, on ne saurait les constater avec trop d'exactitude, les interpréter avec trop de prudence. Un architecte avait découvert entre les grandes dimensions de l'église de Pellegrue des rapports simples et comme une mystique harmonie; or, il avait mal pris les cotes et, je m'ensuis assuré, ses chiffres étaient faux.
Les maîtres d'oeuvre comptaient jadis par pieds; tel contrefort a un pied de saillie et trois de longueur. Il faut s'attendre à rencontrer fréquemment dans les mesures le pied et ses multiples. A Magrigne, les fenêtres Est ont o'"53 à l'étranglement et trois fois plus, soit i"'6o, au débouché: ce rapport est apparemment la conséquence du procédé adopté pour le tracé du plan de ces baies ; on aura réservé pour chaque ébrasement une largeur égale à l'ouverture du percement.
En un mot, l'orientation approximative est due à une prescription liturgique; en ce qui concerne l'inclinaison de l'axe du chevet, je la constate sans parvenir à faire choix d'une explication; quant aux autres faits, ils résultent de procédés ou de tâtonnements, de causes matérielles ou de calculs techniques, et le symbolisme n'y est pour rien.
Les chevets avec abside et absidioles. — L'abside flanquée d'absidioles donne lieu à deux combinaisons, suivant que les absidioles sont tangentes à l'abside ou qu'elles en sont séparées. Les absidioles tiennent à l'abside dans les chevets de Mombrier (fig. 326) et de Villeneuve près Blaye (fig. 1 8a), qui ont une absidiole, Saint-Christoly (Médoc), Civrac (Médoc), Moulis (fig. 87), Salignac, Saint- Denis-de-Piles (fig. 127), Léognan, Labrède, Cadaujac (fig. 167), Beautiran, Lignan-de-Créon (fig. 76), Bellefond (fig. 33), Mauriac (fig. 83), Aillas (fig. 19), Saint- Ferme (fig. 1 35), etc. A Saint-Christoly, Mombrier, Saint-Ferme et Lignan-de-Créon, des passages sont ménagés entre le chœur principal et les chœurs des absidioles; mais à Lignan-de-Créon et peut-être à Saint-
llriiUiils delin.
Christoly et Mombrier, l'ouverture est
Fig. 1117. — cadai ,iv<:.
Rrutails delin.
Fig. i (38. — andernos.
moderne. Les sept chœurs juxtaposés de La Sauve (fig. 67) communiquent entre eux. On a réservé un espace entre l'abside et les absidioles à Sainte-Croix-de-Bordeaux (fig. 6), Cars (fig. 45), Berson, Saint-Georges-de-Montagne (fig. 137), Bions, Andernos (fig. 168), Martillac, Landiras (fig. 176) et Boaillan. Dans ce cas, tantôt l'abside garde sa largeur normale et les parois du chœur, se trouvant dans le plan des grandes arcades du transept, les contrebutent efficacement; tantôt l'abside et les absidioles sont plus étroites que la nef et les collatéraux, les grandes arcades du transept butent, du côté de l'Est, contre le mur transversal qui unit l'absidiole à l'abside et ce mur court le risque d'être disloqué par la poussée. A Landiras des désordres graves se sont ainsi produits.
LE PLAN DES ÉGLISES
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Fig. iO<).