LA CONSTRUCTION : LES COUVERTURES EN ROIS
d'Artigues, si on construit un triangle équilatéral posé sur le soubassement et dont la base égale récartement des murs, le sommet du triangle donne, si je ne me trompe, le niveau de la naissance de la voûte.
Il est parlé plus baut de mysticisme. On a voulu attribuer à une préoccupation de ce genre une différence de hauteur que Ton relève entre les bases des deux côtés dans quelques églises: Aillas, Saint-Ferme, Pellegrue, Mauriac1. Nous pouvons ajouter d'autres exemples : Vertheuil, où les colonnes engagées, à l'entrée des chapelles, baissent du Sud au Nord, Saint- Martin-de-Serres, où les bases de la nef Nord sont plus élevées, Préchac, Saint-Macaire. Comme la déviation de l'axe, ce serait, a-t-on dit, une réminiscence de l'affaissement du Christ sur la croix. Je me borne à constater le fait et je laisse à d'autres le soin d'en donner l'explication.
L'ordonnance en hauteur de l'église girondine est toujours très simple: si l'on excepte la cathédrale de Bazas et le chevet de la cathédrale de Bordeaux, qui sont de style français, cette ordonnance ne comprend pas de triforium2; quelquefois des fenêtres dans la maîtresse nef, à La Sauve (fig. 68) et à Sainte-Croix de Bordeaux: c'est l'exception. Jusqu'au xix" siècle, une lignée d'églises romanes, gothiques et modernes a perpétué le type local ou plutôt les types locaux: à une nef ou à trois nefs, sans fenêtre ni triforium.
Grand nombre de nefs non voûtées. — Aujourd'hui, l'idéal du clergé est d'avoir des églises entièrement voûtées; un curé se croit presque déshonoré si son église n'est pas couverte au moins d'une voûte de briques et plâtre. 11 n'en était pas ainsi jadis dans nos pays : les églises à nef voûtée étaient, pendant la période romane, le petit nombre. Ce sont surtout des églises conventuelles: Soulac, Vertheuil, Saint-Ferme, Saint-Nicolas de Génissac3, etc. Les églises à nef non voûtée abondent. Cette habitude n'a pas sa cause, comme en d'autres pays, dans les tremblements de terre: ils ont fait quelques ravages dans les églises de la contrée'1, mais ils ont été rares. Si à Saint-Médard en-.Iallès on ne fait pas de voûte sur l'église, à cause de la proximité des poudreries, la circonstance est toute locale; encore faut-il ajouter qu'à Saint- Médard l'absidiole Sud est précédée d'une travée carrée qui est couverte d'une jolie voûte d'ogives.
Les substitutions de lambris aux voûtes et de voûtes aux lambris. — Il est arrivé que des vaisseaux destinés à recevoir une voûte ont été abrités sous un lambris. Pour commencer par deux édifices voisins l'un de l'autre, la nef de Gajac avait des arcades longitudinales qui sont des formerets de voûte gothique, et le chevet polygonal de Trazits présente également, à l'intérieur, des colonnes engagées et des formerets qui ne paraissent pas, d'ailleurs, avoir été utilisés. Au Puy, les murs se déversaient et on a déposé les voûtes. De même, le berceau a dû être construit sur la nef de Sainte-Colombe et faire place à un lambris, auquel a succédé, il n'y a pas longtemps, un nouveau berceau léger. Quelquefois enfin, la voûte subsiste derrière le lambris qui la cache: c'est peut-être le cas à Saint- Loubergt.
Inversement, des voûtes ont été substituées à des lambris ou à des charpentes apparentes : coupoles à Saint-Philippe d'Aiguille (fig. 201) et à Sainte-Geneviève de Fronsac (fig. 2o3); berceau dans la travée Ouest de Peujard (fig. 97), où une fenêtre haut placée éclaire l'extrados du berceau plus récent, et à Parsac5 (fig. 90); voûte d'ogives à Condat, où les percements ne
1. Abbé C. Tbibaut, Revue catholique de Bordeaux, 1897, p. afla. — a. On avait logé, vers le xvii' siècle, une tribune ou une fausse tribune au-dessus du débouché des bras du transept de La Réole. A Saint-Paul de Bordeaux, des baies s'ouvrent du premier étage dans le chœur, peut-être pour permettre aux infirmes et aux vieillards de suivre les offices. — 3. L'église Saint- Nicolas de Génissac appartenait d'abord à Saint-Martial de Limoges: Pierre Renaud de Génissac, au retour de la seconde (?) Croisade, avait donné à l'abbaye limousine les bois pour la construction de cette chapelle et du prieuré. Saint-Martial céda en censive cet établissement à Pierre de Didone, huitième abbé de La Sauve (n55-n8a) (Cartulaire de La Sauve, Ha, p. aC4). J'ai lieu de croire que La Sauve reconstruisit l'église. — 4. V. ci-dessus, p. 61 . — 5. Autant qu'on en puisse juger par les croquis de Drouyn (Bulletin monumental, t. XIV, pp. 706-707, la nef de l'ancienne église de La Rivière était lambrissée à l'origine: on renforça les murs de dosserets et de contreforts, répondant très mal à la place des fenêtres, après quoi on remplaça les lambris par un berceau brisé sur doubleaux.