SA1>TE-CK0IX DE BORDEAUX
ou i632, « la vouste (:}) et le devant de la maistresse porte de l'esglize s'en va par terre »*. En i643, les maçons travaillaient « aux piliers de l'église », peut-être aux contreforts. En 1677, le sol de l'église, ayant été exhaussé, n'était plus de niveau avec certaines chapelles2. En 1 683;, on traita pour construire derrière l'abside la sacristie qui a été naguère démolie3. En 17/10, on songeait à consolider la voûte et à reporter le toit 6 pieds plus haut: le maréchal Dasfeld s'y opposa, à cause du voisinage du fort Louis'1; mais il permit qu'on élevât le toit de 3 à li pieds. En 17/11, Gajetani fit des peintures au-dessus de la chaire5. En 17/12, on monta de quelques assises les murs goutterots du transept, pour leur faire porter les fermes, qui auparavant chargeaient les voûtes0. En 1 766 - 1 758, Eliot dit Gamblanes répara diverses nervures dans les voûtes du bas-côté Sud et un doubleau vers le milieu de la nef, il rebâtit le mur qui est entre le collatéral du Midi et le transept, etc.7. En 1781, Moreau, charpentier, redressa le « do m me de la paroisse Sainte-Croix» et corrigea «le cintre de la callotte». En 1785, Vinquesy délivra, à Toulouse, un reçu de 1,000 livres à lui payées pour ouvrages de marbre8.
Depuis la Révolution, les travaux ont été nombreux: certains ont été de peu d'importance, comme la décoration des absidioles par un peintre étranger, en 1827; d'autres ont gravement atteint la bâtisse.
La première grosse restauration fut dirigée, en 1842-18/17, par Durand, architecte municipal, lequel publia en 18/i/i un rapport sur ses premières opérations'1. Nous avons le compte par lui dressé sous la date du 17 février i848: remplacement de huit chapiteaux dans la moitié Nord de la porte principale, de fûts de colonnettes et de six bases dans la même façade; reconstruction du pilier planté à l'angle Sud-Ouest du transept, lequel pilier était enserré dans une armature de bois10, et réfection de l'une des voûtes qu'il porte; achèvement des sculptures du portail, à l'exception du Zodiaque. Cet ouvrage n'alla pas sans des critiques et des reproches: le Ministre, informé que l'on grattait les sculptures à 2 millimètres d'épaisseur, prescrivit, en 18/16, de suspendre les travaux; Durand se justifia dans un mémoire.
M. de Castelnau, en i85o, exprimait l'espoir que les fautes commises à Sainte-Croix serviraient de leçon et que les restaurations seraient conduites, à l'avenir, avec une prudente réserve et, en i85i, le curé écrivait: « Les réparations, si importantes et si belles, de l'église Sainte-Croix sont heureusement terminées. » Hélas! cette même année, la fabrique demanda que l'on établit sur le clocher une terrasse ou une coupole. L'année suivante, Burguet fit la table de communion et, en 1 855, le même architecte répara des bases à l'intérieur.
Enfin, Abadie vint... Son projet est de décembre 1860. L'histoire détaillée de cette restauration serait d'un intérêt piquant. Soutenu par des alliés puissants, parmi lesquels il faut compter le cardinal Donnet, Abadie entreprit de transformer l'église, et il y réussit. Le beau rôle dans toute cette affaire appartient à la Commission des Monuments historiques, — j'entends la Commission girondine: — ses protestations mesurées, qui auraient dû être accueillies, l'honorent grandement.
Sous prétexte que les sonneries fatiguaient les vieillards de l'hospice voisin, Abadie éleva
1. H 320. — -i. Comptes du syndic de la fabrique. — 3. H 043 et minutes du notaire Douteau. — 4. Fonds de Sainte- Croix, H non coté. Voici quelques indications extraites d'un rapport d'experts dressé en 1753 : § 79, à la façade, relier au mur des colonnes de l'avant-corps, refaire le glacis dud. avant-corps, changer le tiers des claveaux de la troisième archivolte ; §95, la charpente du collatéral Sud est à deux eaux; § 99 et § ioi, pas de charpente sur la voûte de l'abside et de l'absidiolc Sud; § 102, un grand arc doubleau, fait de matériaux trop petits, est en mauvais état (H 67/i). — 5. Fonds Sainte-Croix, II non coté. — 6. H 5ai. — • 7. H 3o6 et 52i. — 8. Comptabilité de Sainte-Croix. — 9. Académie de Bordeaux, i844, pp. 443-648. — 10. Durand avait aussi projeté de dégager les deux piliers enveloppés d'une chemise de maçonnerie; maison s'assura que la chemise adhérait au noyau, les anciens parements ayant été détruits. C'est l'une des raisons pour lesquelles ce travail fut ajourné.
MONOGRAPHIES
un second clocher, où il n'y a jamais eu de cloche, et, dans ce but, il reprit en sous-œuvre les fondations de ce coin de l'édifice. Son projet avait été mal étudié: il fallut creuser pour les fondations plus qu'il n'avait prévu, ce qui le conduisit à construire une crypte sous le clocher neuf. De même, au cours de l'exécution, il modifia ses plans et déplaça le cavalier de la façade. Incidemment, il rectifia les moulures de la voûte et la voûte elle-même sur la travée Ouest du bas-côté Nord. En 1866, il fallut reprendre le pilier Nord de la tribune, qui était fondé suides sarcophages.
La porte latérale gothique fut agrandie. Dans la porte centrale, le Zodiaque, nous le savons, avait été réservé par Durand; Abadie, qui n'avait pas de ces scrupules, le compléta. Les arcatures de la façade furent peuplées de saints personnages: Abadie visila, pour étudier les statues, Moissac, Autun et Sens. Une seule œuvre girondine paraît avoir été mise par lui à contribution: le saint Georges de L'Ile-Saint-Georges ; on en fit des estampages pour préparer la maquette du cavalier de la façade, lequel devrait représenter Constantin. Cette maquette fut faite à Paris. « Quant au Christ et aux Évangélistes, aux Anges du tympan, ce sont», écrivait Abadie, «des reproductions donl j'ai fourni les moulages, que j'ai fait faire à Cahors pour la cathédrale d'Angoulême, où ils n'ont pas servi. » Au-dessus de cette statuaire hétéroclite, on dressa un pignon angoumois et un clocheton poitevin. Il en avait coûté i5o,ooo francs pour défigurer à jamais la façade de Sainte-Croix.
Pendant qu'Abadie dévastait la partie occidentale du monument, un autre architecte, Burguet, s'attaquait, pour des motifs plus sérieux, à la partie orientale. Il s'agissait d'effacer les traces d'un remaniement malheureux accompli au xvii* et au \vmp siècle: on avait, à cette époque, accommodé l'intérieur du chœur et de l'abside au goût classique, bouché les fenêtres, rasé les colonnes, les arcatures et les cordons de moulures, et suspendu au-dessus du chœur une coupole sur tambour. Burguet dégaga les fenêtres; il ravala les colonnes à l'entrée du chœur, rétablit les colonnes entre chœur et abside et, dans l'abside, jusqu'à la voûte exclusivement, posa un placage d'architecture romane; il bâtit un contrefort et il banda un arc au-dessus de la porte gothique percée entre l'abside et l'absidiole Sud.
Comme on le voit, l'intérieur du chœur et de l'abside est tout entier du xixr siècle. Il n'est même pas certain que l'abside fût, en dedans, à pans coupés, comme elle est actuellement : Burguet voulait la faire semi-circulaire, suivant le tracé de la voûte; le meilleur argument qu'on lui opposa est que l'abside de Saint-Macaire est polygonale suites deux faces.
Sainte-Croix est orientée; mais l'axe incline sensiblement vers le Nord. L'église a une abside précédée d'un chœur, un transept et deux absidioles non tangentes à l'abside. On a dit et répété que les bas-côtés avaient été ajoutés au xme siècle; cependant, l'une des piles du mur dans le bas-côté Sud est romane, l'arc entre ce bas-côté et le transept et les grandes arcades entre nef et collatéraux sont bien romans aussi, la plupart dans leur tracé en plein-cintre, tous dans leur profil à ressaut carré sans moulure, dans le style du plus grand nombre de leurs chapiteaux, dans la mouluration de certaines bases. Il y avait donc des bascôtés à Sainte-Croix dès l'époque romane; ce qui est vrai, c'est que ces bas-côtés ont été reconstruits durant la période gothique, le bas-côté Nord un peu avant l'autre.
Quant à savoir comment se présentait la nef romane, quelle en était la couverture, c'est l'etn des problèmes les plus difficiles qui aient exercé la sagacité des archéologues bordelais. D'abord, les deux premières paires de supports à l'Ouest sont, dans leur partie inférieure, des piles massives dont la forme est inexplicable, à moins qu'elles n'aient porté un clocher.