‹ Les vieilles églises de la GirondeChapitre 8 sur 185 · LA PORTE ROYALE \ SAIXT-ANDRÉ · texte numérisé non relu

LA PORTE ROYALE \ SAIXT-ANDRÉ

lu Giiiih' illustré n Bordeaux.

1. Archives historiques, t. XXXI, p. — 2. Cette disposition est très visible sur le plan de 1787 conservé à I'Hôtel-de- Ville sons la jote 1002. — 3. Sur cette porte, voir ce que dit M. Mâle, L'Art religieux du XllV siècle, 2' édition, pp. &t5-&i6. — h. Archives du Sous-Secrétariat des Beaux-Arts. — 5. Léo Drouyn, Revue catholique, iS83, pp. 63i-634. — G. Bernadau, Antiquités bordelaises, p. 335; chanoine Callen, dans son édition de Lopès, t. 1, p. ikk, note. — 7. Sur les dégâts dus à la Révolution,

Archives historiques, t. XX\1, p. httb.

TOUR PEY-BERLAND 7

plusieurs des figures placées dans l'arcade où se trouve la principale porte d'entrée, costé du Nord, ont été mutilées, que les unes sont sans bras, d'autres sans tête n1. Si le fait est exact, et il est diiïicile de le contester, cette statuaire a dû être complétée au xixe siècle. C'est une question de savoir si la statue du Pape est bien ancienne2; M. Meaudre de Lapouyade a constaté naguère que la tête a été refaite, et il m'a aimablement invité à observer ce fait avec lui.

Dans cette porte, les grandes sculptures paraissent un peu postérieures à l'architecture. Elles sont froides, mais témoignent d'un art très perfectionné : « Les statues d'évêques, » dit Courajod, « sont admirables. Elles portent encore des traces de peinture dans les tètes. Les yeux sont colorés. Tout cela est très sage, très pondéré, très correct... Je remarque dans les têtes beaucoup plus de finesse que de réalisme. Les figurines fixées sous les dais, sur les arcatures et les voussures, sont de petits chefs-d'œuvre3. »

Bordeaux. — Clocher isole de la cathédrale.

Le clocher isolé de la cathédrale est appelé tour Pey-Berland, du nom de l'archevêque auquel on l'attribue. Nous avons sur la construction de ce clocher quelques textes, qui, par malheur, manquent de clarté. En 1/129, le chapitre décida « quod campanile sive pinaculum novum perficeretur juxta formam traditam per magistrum»4; mais il est possible qu'il s'agisse de l'achèvement, « perficeretur », de l'un des clochers élevés sur le transept Nord. En i/i36, Pierre Gasc, chanoine prébendé, demande à faire choix de la maison qui a appartenu à Siot de Vallières: le chapitre répond qu'il est question de construire un clocher pour y mettre les cloches, « unum campanile pro campanis ecclesie tenendis, » sur le jardin et à la place de la maison occupée par l'archidiacre de Cernés; si ce projet se réalise, on dédommagera ledit archidiacre en lui attribuant partie de la maison de Siot de Vallières5. En 1^38, un autre chanoine, Grimon de Sizac, expose qu'il a été empêché de faire choix de la maison de Pierre de Béarn, parce que le chapitre avait projeté de construire un clocher et ladite maison était peut-être nécessaire pour cette construction; Pierre de Béarn s'étant fixé à Avignon, le chapitre concéda sa maison à Grimon de Sizac'1.

De ces délibérations il reste qu*en 1/106 le chapitre n'avait pas encore déterminé l'emplacement du clocher. Pey Berland posa la première pierre de la tour, comme en fait foi une obscure inscription versifiée, qu'il eût mieux valu rédiger clairement en prose. Celte inscription nous apprend que la construction fut commencée le 6 octobre iliho et qu'elle est aussi profonde qu'une source jaillissant à proximité.

1. Archives historiques, t. XXXI, p. 445. — 2. Cf. Brouillard, dans la Revue historique de Bordeaux, igti, pp. 58-0o. — 3. L. Courajod, Leçons à l'École du Louvre, t. II, p. 5o. Rapprocher ce que dit M. André Michel dans VJIistoire de l'art, t. Il, pp. 6g2-Gy3, avec une photographie de trois des évèques et du tympan. Ces divers travaux sont à compléter par l'étude très pénétrante que M. Meaudre de Lapouyade consacre à la statuaire de ce portail dans le numéro, non encore paru au moment où ces pages s'impriment, de la Revue historique de Bordeaux : la tête de l'un des évèques est moderne. — 4. G 284, fol. 10. — 5. G 284, fol. 24. — 0. G 284, fol. 25.

MONOGRAPHIES

Une circonstance complique le problème: cette inscription est placée à quelques mètres au-dessus du sol, à un niveau qui parait correspondre à une reprise; en outre, dans la partie inférieure de la tour est percée une porte, dont le style accuse une date plus reculée que le \\ siècle. C'est ce que le marquis de Castelnau a fait observer, et il a conclu que le clocher de Pey-Berland avait été élevé au-dessus d'une chapelle sépulcrale1. Pour greffer un clocher sur une chapelle, il aurait fallu faire subir à celle-ci des remaniements importants, dont on n'a pas, je crois, signalé de trace.

Une autre hypothèse est possible: en i<466, le chapitre enjoignit d'arrêter les travaux du clocher; le maître d'œuvre obtint qu'on lui laissât élever la bâtisse de cinq pieds encore, afin de la clore aisément 2. Peut-être cette interruption se fit-elle au niveau du larmier le plus bas, ou un peu au-dessus. C'est à ce point qu'en serait arrivée la construction depuis i/j/io, et la porte du rez-de-chaussée serait d'un style plus ancien que sa date réelle.

La tour fut vendue, le 27 avril 1793, à charge de démolition. Le 5 juin, les commissaires de la section Simoneau demandèrent que le clocher fût conservé3. L'adjudicataire exposa, en l'an VIII, que cette démarche l'avait mis dans l'impossibilité d'exécuter la clause relative à la démolition4. Si on en croit L. de Lamothe5, la flèche, qui contenait des ferrements et des scellements en plomb, avait été abattue et on s'était arrêté quand il ne resta qu'une masse de pierre sans valeur vénale. Toujours est-il que le Domaine aliéna de nouveau le clocher, en 1820, à condition qu'il serait conservé. Le cardinal Donnet le fit racheter en i85o et le dénatura en posant sur la flèche une statue de Notre-Dame d'Aquitaine.

L'intérieur de la tour Pey-Berland est dépourvu d'intérêt. L'extérieur est riche, de cette richesse mièvre et inquiétante qui caractérise les œuvres de l'époque. Le maître d'œuvre a eu cependant le bon esprit de garder le dessin plus ferme et plus vigoureux des remplages rayonnants.

Bordeaux. — Église Sainte-Croix. Église d'une abbaye bénédictine. Le bas-côté Nord, affecté au service paroissial, était dédié à sainte Catherine.

L'abbaye Sainte-Croix était de fondation très ancienne. Jusque vers 1000, elle se trouvait en dehors des murs de la ville. C'est dire qu'elle fut éprouvée par les invasions normandes: on cacha le trésor dans un puits ■>. Sur la construction de l'église actuelle on ne possède qu'un vague document du xnc siècle: c'esl une donation faite par Gombaud de Blanquefort « edificio monasterii »7. En 12^3, le roi d'Angleterre accorda une subvention de 5o marcs pour des travaux, «ad operationem ecclesie»8. Le monument lui-même portait, il y a quelque cinquante ans, deux ou trois dates: entre le fronton et la rosace « i586 », et sur le fronton « 17^0 »°; le millésime 1672. est encore inscrit sur l'avant-corps de la façade, au milieu, en haut.

Enfin, les documents nous ont gardé le souvenir de réparations nombreuses, dont je mentionnerai quelques-unes: en 1 583, la nef méridionale était « proche à tumber » et il n'y avait pas de sacristie dans l'église"'. En 1608, un visiteur signale la nécessité de recouvrir l'église: «En plusieurs endroits, il y pleust au-dedans au travers des voultes11.» En i63o

1. Actes de l'Académie, 1881, pp. i35-i44. L'abbé Corbin adopte les conclusions de ce travail dans le Bulletin de la Société archéologique de 188O, pp. 1 56- 1 60. — 2. G 285, fol. 25 v°. — 3. L 2i5a. Dès le 1" frimaire an 11, l'acquéreur exposait dans un mémoire imprimé les raisons que l'on avait de conserver la tour (L 45i). — 4. L 673. Je dois l'indication de ces deux pièces à l'obligeance de M. Brouillard, lequel vient de publier dans la Revue historique de Bordeaux de ign, pp. 3a5-335, sur la tour Pey-Berland pendant la Révolution, un article très documenté. — 5. Actes de l'Académie de Bordeaux, iSli:>, p. 345. — 6. Totc l'istoire de France, éd"" Bourdillon, p. 85. — 7. H 6tto, fol. 82; publié dans les Archives historiques de la Gironde, t. XXVII, p. 128. Cf. Cbauliao, Histoire de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux, p. 320. — 8. Bôles gascons, t. I, n° 1 7 G -î . — y. Jouannet, Musée d'Aquitaine, t. III, p. a65. — 10-11. H 3ia.

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