LES DOUBLEAUX
Les arcs à clef saillante, comme ceux d'une ou deux fenêtres à Cudos, appartiennent à l'époque moderne : le Moyen-Age n'en a pas laissé un seul exemple dans notre contrée.
Les claveaux sont ordinairement d'une bonne épaisseur, en sorte qu'ils sont assez nombreux sans l'être trop. Il est arrivé qu'on a recoupé des claveaux par un joint simulé1. Les claveaux minces et multipliés constituent une note d'ancienneté : on en peut voir dans une porte latérale fermée à Saint-Maixant, où la moulure d'imposte ne déborde pas sur le parement antérieur, dans une fenêtre de Rimons, à l'arc de l'absidiole d'Andernos. 11 est vrai que les claveaux sont nombreux dans la fenêtre du bras Nord du transept de Montagne, qui ne remonte pas plus haut que la fin du xue siècle, dans les doubleaux de Soulac, qui sont de la pleine période romane, etc.
Les doubleaux. — Les berceaux de la Gironde sont habituellement renforcés de doubleaux. J'appelle doubleau un arc à peu près concentrique à un berceau et qui double ce berceau. La crypte de Saint-Seurin-de-Bordeaux (fig. 18, moitié gauche) possède sur chacune de ses nefs un arc transversal qui, aux naissances, s'engage totale ment dans les sommiers des grandes arcades et, à la clef, n'atteint pas, à beaucoup près, la voûte : ce n'est pas, à proprement parler, un doubleau; mais on peut considérer comme des doubleaux ces arcs, décrits d'un centre un peu plus bas que le centre du berceau et réunis à ce berceau par un rouleau en forme de croissant renversé, qui se voient dans une ou deux absidioles de La Sauve. En dehors de leur rôle constructif, les doubleaux ont servi à marquer les délimitations dans les vaisseaux, notamment l'entrée du sanctuaire dans les églises dont le plan est un rectangle : à Lalande de-Pomerol, où ces doubleaux ont d'ailleurs disparu, à Montarouch, etc.
Les piles de Vertheuil ont, de deux en deux seulement, une colonne engagée pour la retombée des doubleaux. Cet exemple est peut-être unique dans les églises romanes girondines.
Un certain nombre de maîtres d'oeuvre ont dissimulé la rencontre des berceaux avec les murs de tête sous une sorte de doubleau qui rappelle le formeret des voûtes gothiques : à Guîtres, Bellefond, Montagne, Dieulivol, et dans les églises élevées par les Ordres militaires : le Temple de Blézignac, Lalande-de-Pomerol, Queynac, Montarouch, etc.
Les doubleaux sont plus vigoureux dans les constructions du Moyen-Age que dans les constructions modernes : quand, sous un berceau, ressort un doubleau de o"'o8, o" 10 de saillie, on peut affirmer que la voûte ne remonte pas au delà du xvxc siècle.
Les doubleaux sont généralement formés d'un rouleau de claveaux. Certains sont composés de deux rouleaux et le rouleau interne ressaute sur l'autre. Ces doubleaux romans à ressaut se trouvent à Soulac (fig. 117), dans la chapelle Saint-Nicolas de Génissac, à Saint-Ferme, à Saint- Magne-de-Castillon (fig. 198) et dans un très grand nombre d'autres églises.
Les voûtes en berceau ont souffert plus que les autres au cours des siècles : sous l'effet du tremblement de terre du 10 août 175g, le berceau s'affaissa dans l'église de La Grave-d'Ambarès et il dut être déposé dans la chapelle de Saint-Germain-d'Esteuil, qui appartenaient, l'une et
1. Par exemple, dans une piscine à Villomartin (Drouyn, Variétés girondines, t. 11, pp. 3o5-3o6j.
LA CONSTHUCTIC» : LES AKCS ET LES VOUTES
l'autre, à l'ordre de Malte1. Les désordres ont plus ordinairement leur cause dans un vice de
construction: l'habitude où on est d'appuyer les fermes sur les voûtes a compromis la solidité de bien des édifices. Au Temple de Bordeaux, il fallut, pour un motif pareil, refaire la charpente2. Drouyn a signalé un affaissement occasionné par la charpente qui pesait sur l'arc triomphal de Lugagnac3 et je me suis rendu compte naguère qu'il fallait attribuer pour partie à un fait de ce genre l'écrasement, qui est étudié plus bas, de la voûte du chœur à Saint-Quentin-de-Baron.
Les voûtes et les arcs se sont donc assez fréquemment élargis aux reins et aux naissances et abaissés à la clef. Ils ont entraîné leurs supports , qui présentent un fruit a l'intérieur, un surplomb
à l'extérieur; lorsque le mur s'élève au-dessus de l'assise directement soumise à la poussée, il est ventru. Ces phénomènes s'observent souvent dans les chevets, principalement à la hauteur de l'arc triomphal, lequel travaille d'autant plus qu'il est chargé d'un mur en pignon. A Saint-Caprais-de Haux, il est question de déposer ce mur, pour arrêter la ruine de l'édifice; il a fallu contenir la poussée à l'aide d'un chaînage en fer à Saint-Sauveur (Médoc), à l'aide d'un tirant à Doulezon, à l'aide d'un contrefort à face oblique à Saillans. La déformation subie par l'angle Sud Est du chevet de Fronsac est saisissante.
La voûte romane la plus affaissée de la Gironde est celle du chevet de Saint-Quentin-de-Baron (fig. 199): le mur Nord est épaulé par un bas-côté; mais le mur Sud est déjeté, au droit des divers doubleaux, de o"'o9,o"i8, o"-23''. A Lugagnac et à Sainte-Colombe, les murs qui avoisinent le doubleau Ouest ont o'" i5 de plus d'écartément à l'imposte qu'au pied, et la différence est peut-être,
à Lugagnac, plus considérable sous les autres doubleaux qu'elle ne l'est sous celui-là.
Le fruit intérieur de ces murs de Lugagnac (fig. 200) est d'autant plus frappant que la culée
Brutails photogr.
i VI M -ni ENTIK-DE-BA.RON.
Fig
Hrutails photogr.
(IO. — Ll GA.GNAC.
1. Ponds de Malte, registres de visites, fol. 21a et 60. - 2. 1772. Fonds de Malte, registre de visites, fol. 84 V. girondines, t. I, p. 5i.— 4. Abbé Lainartinie, Société archéologique, t. XXV, p. tig.