LA VIERGE SUPRÊME
c( Sans harmonie et sans lumière, tu fuiras, Comme une étoile morte, aux confins de l'espace, Toi que j'avais élu, parmi tout ce qui passe, Pour te bercer un jour au berceau de mes bras. »
Et, tandis que la Mer, attentive à son ordre. Sur le monde éperdu montait de tous ses flots, 11 écoutait, penché sur leurs derniers sanglots, Les âmes et les chairs le maudire — et se tordre.
Et des poings se haussaient, lugubrement crispés. c( Seigneur, ayez pitié des fervents et des justes; Car votre foi chancelle au cœur des plus robustes ! » Et les prêtres disaient : « « S'il nous avait trompés ! »
Seules, courbant la tête au bruit des eaux plus proches. Le front lourd d'une attente en leur recueillement, Les Vierges, parmi les détresses, gravement Regardaient l'horizon de leurs yeux sans reproches.
LES VIERGtS
« Vous qui régnez là-haut, parmi l'azur profond, Penchez vos yeux vers ce monde qui désespère. Ils blasphèment, Seigneur, mais vous êtes leur Père; Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.
« Ils ont perdu la Foi qui garde et réconforte; Ils n'ont rien qu'un bonheur fragile et défendu. Et l'orgueil de chercher le paradis perdu Dans leur chair périssable, où l'âme est déjà morte.
« Voyez, nous supplions, sans plaintes, à genoux. Et vous nous entendrez de l'abîme où nous sommes. S'il vous faut d'autres croix pour les péchés des hommes, Seigneur, nos cœurs sont prêts; choisissez parmi nous! »
Telles, Elles priaient, calmes en leur faiblesse, S'immolant pour ce monde, où leur rêve eût vieilli ; Et c'était comme un chant funèbre et recueilli. Par qui leur cœur s'immole au Dieu qui les délaisse.