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Les vierges de Raphaël

Nous voici placés, en présence de la Vierge et de Raphaël, au point de vue même où nous nous sommes mis dans la première partie de cette étude, alors que, depuis les premiers temps du christianisme jusqu’au commencement du xvi' siècle, nous avons suivi l’art adoptant, développant, exaltant le culte abstrait de la Mère de Dieu. Guidés exclusivement par Raphaël, nous allons voir d’abord la Vierge et l’enfant Jésus échanger, au milieu de leurs caresses, leurs espérances et leurs appréhensions, soumis l’un et l’autre aux lois de la nature, mais, à force d’âme, élevant jusqu’au ciel ce qu’il y a de plus humble. Puis, dans une série de tableaux où Raphaël fera intervenir le petit S1 Jean-Baptiste, | nous étudierons les rapports naissants du Sauveur avec le monde, et nous verrons l’enfant Jésus s’incliner jusqu’à notre faiblesse pour nous faire atteindre jusqu’à sa divinité. Nous pénétrerons ensuite dans le mystère

de la Sainte Famille, et Raphaël, en empruntant à la famille humaine leséléments de ses conceptions idéales, nous montrera, sans jamais rien confondre, ce qui est de l’homme et ce qui est de Dieu. Enfin, transportant dans le ciel l’intimité de la Mère et du Fils, Raphaël rendra devant nous à la Vierge le plus magnifique hommage qu’elle ait jamais reçu des hommes.

C’est par la maternité que la femme tient à l’homme de la façon la plus étroite, la plus nécessaire, la plus indissoluble. Dieu lui-même, en revêtant notre humanité, n’a pas voulu se soustraire à la loi commune ; Jésus-Christ, type de l’homme régénéré, s’est donné une mère, à laquelle il a accordé une part dans tous ses mystères, et qu’il a consacrée en mourant comme la mère du genre humain. 11 a légué sa propre Mère au monde, « Fils, voilà, votre mère, » parce qu’il a voulu que chaque chrétien retrouvât dans l’ordre de la grâce la mère et la femme qu’il tient de la nature et de l’âmour. L’homme a besoin de la femme, et il en voit l’idéal absolu dans la Vierge, que Dieu a placée assez près du ciel et assez près de la terre, pour que nous puissions par elle aller à lui, comme lui par elle est venu à nous : Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis et incamalus est de Spiritu sanclo. Telle est la foi proclamée par l’Église à Nicée en 3125, et c’est vers ce symbole que Raphaël est revenu sans cesse.

Toutes les*, affections humaines se concentrent en

la Vierge et s’épurent en s’adressant à elle. La Vierge projette sur toutes les conditions de la femme chrétienne les rayons de son immortelle beauté. Posée par Dieu lui-même « comme l’exemplaire universel de toutes les vertus1, » elle est devenue, dans la vie des individus comme dans l’existence des sociétés, la femme par excellence, la Dame et la Reine. Elle a élevé, formé, dirigé les hommes et les peuples. Nous avons suivi, pendant une période de quinze siècles, les hommages que les génies supérieurs de chaque génération lui ont rendus; nous avons vu la femme, appuyée sur l’Évangile, grandir en dignité, en tendresse, en charité, en douceur, en humilité, en sympathie, en puissance; nous avons admiré l’art vouant à ce culte souverain toutes ses formes et toutes scs forces. Apprenons maintenant ce que Raphaël a fait de cette tradition. Sachant ce qu’elle était au moment où il l’a prise, on peut mesurer les sommets où il l’a portée. S’il a songé sans cesse b. la Vierge, c’est qu’il a pensé sans relâche h l’éternelle beauté, et il s’en est approché chaque jour davantage. Rien de moins ambitieux d’ailleurs que la voie qu’il a suivie. Il s’est avancé pas à pas vers le progrès, vers la perfection, modestement mais avec sécurité, sans témérité mais sans hésitation, allant du simple au composé, ou plutôt simplifiant chaque jour davantage, ne se perdant jamais en de vaines chimères, cherchant l’idéal

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