Bossuot, t. XVI, p
3. S* Augustin l’a dit en un mot : « Propter quod fidele conjugitun parentes Christi vocari ambo me mer uni. a S‘ Augustin, de Nupt. et Concup., lib. I.
4. Plusieurs dessins originaux permettent de suivre Raphaël dans la préparation de ce tableau; mais ces dessins, quelque intéressants qu’ils soient, se tiennent si loin encore de la composition définitive, que nous n’avons pas cru devoir en faire l'ob-
Un de ces paysages, aux perspectives immenses, qui fleurissent éternellement sous le regard de la
jet d'une discussion spéciale en présence du tableau. — L’un de ces dessins, esquissé au crayon rouge et repris ensuite à la plume, vient de la galerie Cavaceppi et se trouve maintenant à Vienne, dans la collection Albertine. La Vierge , dont le mouvement général répond assez à ce qu'il sera plus tard, est plus franchement assise que dans le tableau, La jambe droite, au lieu d’être ramenée en arrière, se porte en avant comme la jambe gauche. La tête est très-agréable; mais c’est presque encore un portrait. L’ajustement est trouvé. La relation des deux enfants est toute différente. Ce n’est pas Jésus qui, entraîné par son amour pour l’homme, échappe aux bras de sa Mère aGn do se donner à S1 Jean ; c’est S1 Jean qui s'élance vers Jésus et qui, des deux mains, s’empare du bras de son maître. Le mouvement de ces enfants est charmant, mais moins vrai, au point de vue religieux, qu’il ne l’est dans le tableau. Quant à Su Élisabeth, elle est agenouillée déjà, mais vue de trois quarts et tout entière absorbée par son Gis. Elle ne songe pas à S1 Joseph, dont il n’est point encore question dans cette esquisse , et qui peut-être alors, dans la pensée du maître, ne devait pas faire partie du tableau. Le fond du paysage est largement indiqué. Ce dessin sans doute ne satisfît pas Raphaël, puisqu’il le modiGa dans ses parties principales. — Un second dessin, exécuté à la plume, est une reproduction plus littérale encore du modèle vivant; il a passé par les collections do Timoteo Viti, de Crozat, de Révil, de M. Reiset, et appartient maintenant au duc d’Aumale. Les études des deux femmes sont nues. La Ggure de S1 Joseph, trop grande relativement aux autres personnages, est vue presque de dos, ce qui change non-seulement l’équilibre, mais le sens du tableau... Au revers de ce dessin se trouvent deux Ggures nues : un homme assis est tourné à droite et tient un instrument de musique; un autre personnage, dont on ne voit que la partie supérieure , est un des nombreux préludes do la Mise au tombeau, qui fut également peinte en l’année 4506. — M. Timbal possède aussi une étude dessinée à la plume pour la Sainte Famillo Canigiani.
Vierge et sous la bénédiction de Jésus, complète et accompagne délicieusement cette peinture. La Sainte Famille repose sur une prairie tout émaillée de fleurs. Puis les plans se succèdent les uns aux autres, verts, frais, riants, heureux, innombrables et variés. Du bonheur partout, de l’aridité nulle part. Au loin, sur les pentes de collines opposées, deux cités étagent leurs monuments. Plus loin encore, de hautes montagnes à peine visibles se perdent au milieu des vibrations de la lumière. Le ciel, pâle à l’horizon, se fonce de plus en plus en montant au zénith, où flottent de petits nuages blancs. Que de données pittoresques! Que de fraîcheur dans ces campagnes ! Que d’admirables cathédrales et que de beaux campaniles dans ces villes lointaines créées en un instant par l’imagination du maître! Que de beaux rêves enfin surgissent de ces horizons qui fuient à perte de vue dans une atmosphère azurée, transparente et douce !
Des anges, au nombre de six , animaient le ciel à droite et k gauche1, et venaient rompre la symétrie géométrale du groupe de la Sainte Famille. Ces bienheureux esprits ont disparu sous l’action combinée du temps et des restaurations *. Ce tableau a subi en
<: Il y en avait quatre à gauche et deux à droite.
2. On voit à Florence, chez le marquis Rinuccini, une répétition de la Sainte Famille Canigiani, dans laquelle les anges existent encore. Cette copie qui, moyennant seize mille scudi, passa en 1767 de la famille Antinori di San Gaëtano dans la maison Rinuccini, porte l'inscription suivante : a. d. u.dxvi. die. xxvii.
effet les plus grandes altérations *. Cependant l’idée qu’il met en lumière a triomphé. L’ensemble a conservé ses relations harmonieuses. L’accord est resté parfait entre toutes les parties et les tonalités primitives sont faciles encore à retrouver. La couleur a cet accord particulier que Raphaël, à un certain moment de sa vie, emprunta à Fra Bartolommeo. Raphaël était alors sous le charme du Frate*. Cela est évident surtout dans le S' Joseph, dont les draperies et même la tête semblent directement inspirées du peintre dominicain. Cette influence et ce parti pris d’imitation sont remarquables aussi , quoiqu’à un degré moindre déjà, dans le petit S1 Jean et dans la S1" Élisabeth. Mais dans l’enfant Jésus et dans la Vierge, c’est-àdire dans la partie la plus inaccessible de son œuvre, Raphaël redevient exclusivement lui-même 3. Lui seul
men. mar. Cette inscription a été ajoutée après coup. — On trouve également, dans la sacristie de l’église San-Frediano, une autre copie de la Sainte Famille Canigiani.
t L’enfant Jésus surtout et. le petit S1 Jean ont beaucoup souffert des restaurations qui furent faites par un Français nommé Colni, sous la direction de l’inspecteur Grégoire , valet do chambre de l’Électeur Karl. Theodor. A la suite de ces nettoyages à outrance, les anges se trouvèrent tellement endommagés que le directeur de la galerie de Dusseldorf, Krahe, crut devoir les faire disparaître en repeignant toute cette partie du ciel.
ï. Fra Bartolommeo venait de se remettre à l’œuvre, et, presque à la même heure où Raphaël peignait la Sainte Famille Canigiani, exécutait de son côté une Sainte Famille pour Agnolo Doni. Ce tableau est actuellement à la galerie Corsini, à Rome. (V. t. I, p. 309.) 3. Cette figure de Vierge rappelle par l’exécution certaines
a pu peindre une telle femme et un pareil enfant. Lui seul a su voir ainsi la nature, en tirer les éléments de la beauté, les combiner, les abstraire et les simplifier sous le voile du sentiment chrétien. Lui seul a su répandre, entre Marie et Jésus, ce grand silence au milieu duquel Dieu parle et se fait entendre. Lui seul enfin a su montrer dans la Vierge, avec ce degré de poésie, l'âme heureuse et comme morte à tout ce qui n’est pas du ciel.
LA SAINTE FAMILLE DU MUSÉE DE MADRID (Au musée de Madrid).
Une troisième Sainte Famille, longtemps reléguée et comme perdue dans l’oratoire de l’Escurial, rendue maintenant à l’admiration publique dans la Tribune de Madrid, appartient à la même époque de la vie de Raphaël que les deux précédents tableaux, et prouve, non pas à la vérité les mêmes influences, mais les mêmes études à la fois exactes et élevées en présence d’une nature identique. C’est à l’année 1507 que nous
parties de la Mise au tombeau. Les pieds et les mains sont traités de la même manière et avec le même soin.
rapporterons le tout petit tableau qui est une des perles du musée de Madrid.
Le motif de cette peinture est symbolique autant que familier. L’enfant Jésus, maintenu par les mains de sa Mère, se pose sur un agneau et l’entoure de ses bras. La Vierge veut sourire ; mais la tristesse qui se répand sur ses traits montre qu’elle connaît la victime dont l’agneau n’est que le symbole. S1 Joseph, à qui Dieu a confié non-seulement la Vierge Marie, mais aussi son propre Fils, regarde avec émotion « l’unique espérance de notre salut. » Raphaël a été rarement plus ému que dans ce tableau. La plus grande gloire de Jésus-Christ est d’avoir charmé les hommes; la plus grande gloire de l’art est de saisir ce charme et de le fixer. Ce but élevé, presque inaccessible, Raphaël l’atteint sans effort et par les moyens les plus simples. Dans Marie et dans Joseph, on admire cet amour céleste qui contemple, comme dans un miroir, la beauté du Verbe éternel ; et « de même que les colombes volent à leurs colombiers1, »> de même les âmes vont à cet Enfant qui, dès ses premiers pas dans la vie, paraît au regard des hommes comme l’Agneau envoyé de Dieu. A l’aspect de ces trois figures, le cœur s’échauffe et se prend à aimer. C’est cet attrait de bonté, supérieur à toute autre séduction, qui fait de la petite Sainte Famille du musée de Madrid une œuvre vraiment chrétienne et presque divine.