‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 113 sur 226 · III · texte numérisé non relu

III

la duchesse Marie de Saxe-Meiningen ; d’autres enfin la croient en la possession de sir Walter Kennedy. Ce qui est certain, c’est que ce tableau eut tout de suite une grande vogue, et que de nom-

les traits sont d'un dessin qui laisse à désirer; ils sont d'ailleurs sans élévation comme style, d'une expression presque effacée, et ne disent rien de cette grande tristesse qui se fait jour au milieu des joies maternelles dans les Vierges vraiment peintes par Raphaël. Je ne parle pas de la main droite (celle qui soulève le voile), dont la forme est loin d’être parfaite; Raphaël, dans les mains surtout, n’est point irréprochable. Mais la draperie de la robe est lourdement traitée, on pourrait même ajouter maladroitement agencée, et cela n'est pas du fait de Raphaël. Il en faudrait dire autant du manteau. L’enfant Jésus, do son côté, quoiqu’il soit admirable au point de vue de la nature, ne manifeste en rien sa divinité. Le S‘ Joseph est beaucoup plus apparent que dans la plupart des autres exemplaires de cette Sainte Famille; mais il ne rend pas cette grandeur mystérieuse que Raphaël a toujours cherchée dans l’époux de la Vierge. La couleur enfin de ce tableau, toute séduisante qu’elle est, ne rappelle point celle du maître. Elle a un éclat qui n’est pas dans les habitudes de Raphaël, et manque en même temps de cette solidité qui lui est particulière. Elle fait songer à la copie du portrait de Jules II que possède la galerie Corsini à Rome, et comme celte répétition est attribuée au Futtore, on se demande si le Fattore aussi n'aurait pas peint le tableau appartenant à M. Lauri. Quelque séduisante que soit cette peinture, je lui préfère le tableau du Louvre, qui n’est, personne n’en doute, qu'une répétition, mais qui, vu le caractère austère et grandiose qu’il conserve, doit avoir été plus voisin de l'original. La Vierge de Lorette, qui fut l'objet d’un enthousiasme populaire et d'une dévotion universelle, a dû porter l’empreinte de la grandeur et de la divinité. Or, ce calme et cette sérénité grandioses, qui sont une des parties les plus inaccessibles dos œuvres mêmes de Raphaël, on les retrouve jusqu’à un certain point dans le tableau du Louvre, et l’on ne les ressent point devant le tableau de M. Lmri.

breuses répétitions en furent faites dans l’école même de Raphaël \ Nous possédons au Louvre une de ces répétitions. Elle fut achetée en 4821 , moyennant 100,000 francs, à M. de Scitivaux. Assurément on n’y retrouve pas le maître lui-même ; mais Raphaël a laissé dans cette copie un reflet puissant de sa propre grandeur.

(Au Musée de Naples).

Ce fut encore vers l’année 1513 que Raphaël peignit, pour Leonello Pio da Carpi1, une Sainte Famille tout aussi célèbre que la Sainte Famille de Lorette, beaucoup plus importante comme composition, et qui, n’ayant pas excité les mêmes convoitises, n’est pas sujette aujourd’hui aux mêmes incertitudes. Ce tableau

I. M. Passavant (t. II, p. 103 et 104) a dressé une longue nomenclature des principales copies do la Sainte Famille de Lorette. Cette nomenclature offre peu d’intérêt, et l’on pourrait d'ailleurs encore y ajouter.

!. Ce personnage vivait encore au temps de Vasari : Lavorù un quadro al sigtwr Leonello da Carpi siynor di Afeldola, il quale ancor vive di elà pià che novanta unni... (Vasari , Raffacllo du Urbino, t. VIII, p. 30.)

était encore, en 1558, au palais Carpi *, chez le cardinal Ridolfo Pio da Carpi *. Il passa plus tard en la possession des Farnèse, alla à Parme, et fut apporté h Naples par Ferdinand I", roi des Deux-Siciles. A l’approche des Français, en 1805, la reine Caroline le transporta, avec scs plus précieux trésors, à Palerme d’abord, où elle se mit sous la protection des Anglais, puis à Vienne, où elle se rendit en passant par Constantinople. Après toutes ces pérégrinations, la Sainte Famille de Raphaël revint à Naples et fut placée au musée Bourbon, où elle est associée désormais, non plus aux vicissitudes d’une maison royale, mais aux destinées de tout un peuple’.

La Sainte Famille du musée de Naples montre Dieu se révélant dans Jésus, et comblant, non plus seulement de ses caresses, mais de ses bénédictions, le monde rajeuni par l’Évangile. Le Sauveur échappe aux bras de sa Mère et bénit le petit S1 2 3 Jean-Baptiste, auquel il semble vouloir se donner tout entier. La Vierge prie, S" Élisabeth est dans l’admiration. Jean se prosterne devant son maître, et Joseph appa-

Page 1