‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 114 sur 226 · V. Lucio Marco, Le Anlichità di Roma · texte numérisé non relu

V. Lucio Marco, Le Anlichità di Roma

3. On trouve, au musée do Naples, le carton original de celte Sainte Famille. Ce carton provient, comme le tableau, de la galerie Farnèse. Il est dessiné au crayon noir, et rehaussé de blancs. Graventeut altéré, il a subi de nombreuses et d’irrémédiables restaurations.

ratt au fond, protégeant en silence et dans l’ombre les quatre figures de ce groupe divin.

La Vierge l, les mains jointes avec recueillement, est assise à droite sur un tertre de gazon. La cuisse et la jambe gauches qui portent l’Enfant sont tendues en avant ; la jambe droite, au contraire, est relevée de manière h servir d’appui h Jésus qui se penche vers S' Jean. La tête, inclinée vers le Sauveur, est vue de trois quarts h gauche. Les cheveux, dont la masse est prise et enveloppée dans un voile, sont arrangés en bandeaux qui encadrent le front et se relèvent sur la tempe au-dessus de l’oreille. Le front est d’une hauteur moyenne, mais l'os frontal est large et d’un beau développement. Les yeux, bien enchâssés dans leur orbite, sont brillants, pensifs, attentifs, immobiles, et regardent fixement l’enfant Jésus. La tendresse qui émane de ce regard vient du cœur et s’exalte au contact de l’amour divin. La bouche est silencieuse, grave sans dureté, aimable sans fadeur, bonne surtout. Une vie saine et une âme pure s’épanouissent ensemble sur ce frais visage. On reconnaît le type romain avec la grandeur de son caractère et la beauté de ses lignes. La nature, servilement copiée, aurait donné aux traits un peu d’immobilité, à la tète une structure ronde et presque carrée, aux membres quelque chose de court et de massif. Raphaël,

1. Les figures de ce tableau sont à peu près de grandeur naturelle.

en s’affranchissant de ces caractères matériels, a modifié l’expression de la force par le sentiment de la grâce. Ce sentiment exquis, vraiment céleste, est la seule signature authentique des œuvres peintes de la main du maître. Nous verrons bientôt que les tableaux composés par lui et reflétant sa propre pensée, mais dont l’exécution a été abandonnée aux disciples, n’ont plus cette impalpable beauté dont lui seul a revêtu ses œuvres. Ses tableaux, ses Vierges surtout, sont comme ces brillantes phalènes qu’aucun contact ne peut atteindre sans lés priver de leur impalpable poussière. La Vierge de la Sainte Famille de Naples est une de ces figures qui tiennent à la nature et touchent à l’idéal. Les mains, rapprochées l’une de l’autre, prient avec une admirable simplicité. Les chairs sont blanches, fermes, avec les chauds rayons de la santé. Les ombres grises, transparentes et lumineuses, virent au rouge dans le clair-obscur. La robe pourpre est très-simplement taillée et sans le moindre ornement. La plus modeste des femmes s’en contenterait à peine, et la Vierge s’en pare à ravir. Cette robe enveloppe entièrement les bras et découvre le haut des épaules, autour desquelles s’enroule le voile, ramené de la tête et du cou jusque sur la poitrine. Tout concourt naturellement, sans effort ni recherche à l’agrément de cette figure. Le manteau bleu, jeté seulement sur les cuisses et sur les jambes, forme de larges plis traînant à terre et laissant voir seulement le bout du pied gauche, chaussé de la sandale antique.

Toutes les parties de cette figure vous élèvent par quelque chose de mystérieusement adorable dans la chasteté. — Marc-Antoine, qui a gravé cette Sainte Famille non d’après le tableau, mais sur un dessin primitif de la main du maître et avec de notables variantes, y a mis surtout l’accent particulier de l’école, qu’il est important de signaler ici devant la peinture du Sanzio. Dans l’estampe de Raimondi, la Vierge est vue de profil. Comme les deux enfants et S' Joseph vont également se montrer de profil, Raphaël a sensiblement amélioré sa composition, en tournant un peu vers le spectateur la ligure de Marie, qui dès lors se présente de trois quarts, sans être pour cela moins attentive à la bénédiction de Jésus. Les cheveux, dans la gravure, produisent des ondes profondes et tout à fait sculpturales ; le voile est cherché, presque maniéré, il s’adapte péniblement à la tète, et ne s’arrondit pas en écharpe autour de la poitrine; la robe se rapproche presque textuellement de la tunique des anciens; le manteau est jeté sur l’épaule droite, et le pied est complètement nu. Tout cela est changé dans le tableau. La chevelure prend de la souplesse et se prèle à toutes les caresses du pinceau ; le voile s’arrange avec une élégante simplicité sur la tête et sur les épaules ; la robe perd sa forme exclusivement classique et devient plus virginale ; les plis du manteau gagnent plus de largeur ; enfin l’ensemble de cette

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