A la gauche de la Vierge et à la droite du spectateur
i. Un dessin à la sanguine, qui a passé de la collection Wicar dans la collection d'Oxford, représente la tète de cette S1' Élisabeth, mais avec de notables changements. C’est une étude intéressante, faite d’après nature.
dans la S1' Élisabeth, faibles et presque défectueuses: la main droite, la seule qui paraisse, est trop grosse; tandis qu’au contraire le pied gauche, le seul également qui se montre, est trop petit. D’un autre côté, la couleur est plus harmonieuse, plus éclatante que dans les autres parties du tableau. Sans doute la tête est trop sombre encore, et les ombres qui la couvrent menacent aussi de tout envahir; mais il y a dans les chairs une puissance de coloration qui domine cette obscurité, et qui rachète par de véritables lumières ces ténèbres apparentes. Or, ce qui n’est encore qu’une présomption quand on ne voit que la tête, devient presque de l’évidence quand on considère aussi les vêtements. Regardez la couleur verte si riche et si vive de la robe, le jaune si intense et si particulier du manteau, vous aurez peine à chasser le souvenir des peintres ferrarais, de Garofolo surtout. Donc, de la faiblesse relative du dessin et de la force égalencnt relative de la couleur dans la figure de S"’ Élisabeth, on peut conclure que plusieurs des élèves de Raphaël, deux au moins, ont participé à l’exécution de cette peinture; et si l’on attribue à Jules Romain la Vierge, l’enfant Jésus et le petit S1 Jean, on peut sans invraisemblance donner la mère du précurseur à BenvenutoTisi ‘. Ce ne sont là que des hypothèses; mais tout démontre que si la composition et l’ordonnance
1. Benvenuto Tisi avait été surnommé le Garofolo, à cause de l’œillet ( garofolo ) qu’il avait l'habitude d’introduire dans ses tableaux.
de cette Sainte Famille sont de Raphaël, l’exécution a été presque entièrement abandonnée aux soins de l’école.
Reste S1 Joseph qui, rélégué tout au fond, paraît à peine au milieu de l’obscurité que le temps a proc'uite dans cette partie du tableau. Le saint vieillard, appuyé sur un bâton, s’avance péniblement vers' la gauche. On entrevoit, comme une lueur douteuse, l’ombre de ses traits et le bleu foncé de sa tunique. De loin, comme de près, il veille à la sécurité de la famille que Dieu lui a confiée. « Heureux de souffrir en la compagnie de cet enfant qui le tire dé sa patrie et le force d’errer de ruine en ruine, il passe sa vie dans de continuelles appréhensions des maux qui lui sont préparés... S1 Paul, dans 1 épître aux Hébreux, nous enseigne que Dieu nous a bâti une cité. Aussi devons-nous avancer toujours, et ne nous arrêter jamais, aller et marcher toujours, sans avoir jamais de demeure fixe. C’est ainsi qu’a vécu le juste Joseph ‘. »
Les accessoires de la Sainte Famille à la Perle indiquent la préoccupation de l’antiquité, et, dans cette préoccupation, l’excès dont Raphaël, alors qu’il ne s’en rapporte qu’à lui-même, sait toujours se garder. Les premiers plans sont très-étudiés, chargés de plantes et de lleurs, avec l’huître à perle qui a valu sans doute à ce tableau le nom sous lequel il est connu. Des dé-
\. Bossuet, t. XVI, p. 135.
bris antiques se font voir dès le second plan. Un chapiteau corinthien est renversé à gauche et à moitié enseveli déjà. Plus loin, derrière un monticule, s’élève un monument envahi par la ruine. Une colonne d’ordre dorique et un pan de muraille commandent l’entrée de voûtes sombres et abandonnées. C’est là que se tient S' Joseph. Du côté opposé' la nature reprend ses droits, la vie succède à la mort et la lumière à l’obscurité : non pas, il est vrai, cette lumière naturelle, claire, limpide, radieuse, qui éclaire les tableaux peints de la main du maître; mais une lumière factice, douteuse, cherchée, dramatique, émanant d’un ciel sombre d’où sortent des rayons rouges, semblables à des traits de feu. Une cité, fertile en monuments et en ruines, s’étage sur les rives accidentées d’une rivière. Une rampe conduit à un pont, qui réunit entre elles les deux parties de la ville, entourées de remparts rappelant les murs de Rome. Les palais de la Renaissance s'élèvent au milieu des colonnades antiques et des thermes à demi écroulés. Puis les montagnes succèdent aux collines. Mais tout cela, au lieu d’être éblouissant de clarté, disparaît et s’efface maintenant dans l’obscurité '...
t. A droite.
3. La Sainte Famille délia Calla, qui se voit au musée de Naples, est une répétition de la Perle, avec un changement complet dans les accessoires. La disposition du groupe principal est la même. Mais le fond représente un intérieur d'appartement, et un chat (una galtu) est accroupi aux pieds de S“ Élisabeth. Vasari attribue
Rappelons-nous les tableaux vraiment peints par Raphaël ; reportons-nous en pensée vers les mirages enchantés de la Sainte Famille Canigiani, de la Sainte Famille de Madrid, surtout de la Vierge au Diadème, et nous mesurerons d’un seul coup la distance qui sépare du maître les plus habiles de ses élèves.
Tel est ce tableau célèbre, cette Perle, qu’une admiration banale a placé trop haut dans la hiérarchie des chefs-d’œuvre. La composition, l’idée de cette peinture sont de Raphaël, cela est incontestable. Il y a, dans l’agencement du groupe principal, une harmonie générale qui trahit une origine supérieure. Mais si Raphaël a conçu ce tableau, le peu de part qu’il a eu k l’exécution est devenu presque insaisissable par suite
tour à tour ce tableau à Jules Romain et à Girolamo da Carpi. Il dit, dans sa Vie de Jules Romain, que ce maître, dans le temps qu’il achevait, avec François Penni, le Couronnement de la Vierge pour le couvent de Monte-Luce, peignit une Sainte Famillo dans laquelle se trouvait un chat qui semblait vivant et qui donna son nom au tableau. Puis, dans la Vie de Girolamo da Carpi, Vasari écrit : « Vi ha messo ollre di questo alcuni quadri, che certo son rari, corne quello délia Madonna, dore ê la galla, che già fece Raffaello da Urbino. » Vasari se contredit donc, ou confond. Il est certain que cette répétition de la Perle fut faite par Jules Romain pour être placée derrière le maître-autel del’égliscd’Aracœli, à Rome. Au xvii' siècle, ce tableau changea de destination, devint la propriété des Farnèse, et de Parme alla à Naples. (V. le catalogue des Cento quadri per alfabeto, che si conservano nella Galleria Famese, Parma , 1725). — L’Académie des beaux-arts, à Florence, possède une esquisse assez faible à la sépia de la Sainte Famille délia Galla.
des retouches et des restaurations. Nous sommes loin de trouver, avec Éméric David, qu’il y a là « tous les genres de perfection propres au sujet, » et que « l’expression et la couleur offrent, dans toutes les parties, un mérite à peu près accompli. » Nous voyons, au contraire, de grandes lacunes, des défaillances graves, et si nous reconnaissons encore l’esprit de Raphaël, il nous apparaît comme à travers un voile qui sans la cacher tout à fait, en obscurcit le rayonnement.
LA PETITE SAIJN'TE FAMILLE DU LOUVRE (Au musée du Louvre, à Paris).
La petite Sainte Famille du Louvre va montrer encore Raphaël à travers l’interprétation de l’école. Ce tableau fut peint en 1517 on 1518*, au moment où Raphaël poursuivait d'importants travaux pour le roi François Ier. Félibien dit en effet, en parlant de cette Sainte Famille : « Le tableau a été longtemps dans la maison de Boissy, où il avait été laissé par Adrien Gouffier, cardinal de Boissy, à qui Léon X donna le chapeau de cardinal en 1515, et qu’il envoya légat en France, en 1519. On dit que ce fut un pré-