‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 124 sur 226 · Le genou droit · texte numérisé non relu

Le genou droit

elles n’ont ni la fraîcheur, ni la légèreté, qu’elles auraient eues sous la main de Raphaël '.

Même absence de sentiment et de couleur pour le petit S' Jean, qui se tient plus loin encore que le Sauveur et la Vierge de l’idéal tant de fois entrevu déjà par Raphaël. Vêtu d’une peau d’agneau, dans le pan de laquelle il porte des fruits, il s’empresse vers Jésus; mais dans cet empressement il montre une insignifiance voisine de la nullité. Le mouvement en avant du corps, des bras et des jambes manque de noblesse et même de solidité. S1 2 Jean présente de la main droite son offrande à Jésus, et de sa main gauche il la maintient dans sa nébride. La tête, vue de profil à droite, est noyée dans une ombre noire. Les traits sont sans beauté, sans élévation, sans animation, sans style. Raphaël, cela va sans dire, n’est pour rien dans l’exécution d’une semblable figure. Ce n’est pas là cette naïve et grande image qu’il s’est plu si souvent à représenter. Ce n’est pas là cet enfant de la prière, de qui l’ange avait dit à Elisabeth : « Il sera grand devant le Seigneur; il vous mettra dans la joie et dans le ravissement, et la multitude se réjouira en lui’... »

1 . Le musée Wicar, à Lille, possède, outre le dessin déjà cité, une esquisse pour la Vierge et l’Enfant de cette Sainte Famille.

2. Luc, i, 14. — Le cabinet des estampes, à Berlin, conserve une étude à la sanguine pour ce petit S1 Jean. — On trouve également à Chatsworlh, dans la collection du duc de Devonshire, une esquisse pour la Vierge et les deux enfants.

S'° Élisabeth, agenouillée', appuie ses deux bras sur les genoux de Marie. Le bras droit seul est apparent et relevé de manière que la main fermée puisse servir d’appui au menton. Un manteau jaune enveloppe les épaules, cache en grande partie la robe verte ainsi que le bras gauche, et tombe jusque sur les jambes. La tête se présente de trois quarts à gauche et presque de face. Des cheveux quasi noirs s’échappent de la draperie blanche qui les couvre. La face, chargée de rides, est austère et digne. Les yeux sont abaissés sur le Sauveur, et tous les traits du visage sont graves , recueillis, solennels. C’est une belle figure, bien conforme aux indications du maître, et répondant parfaitement à l’idée qu’il s’était faite de la mère du précurseur*. Quant à l’exécution de cette S'e Élisabeth, elle ne répond point à celle de la Vierge et des deux enfants; elle semble appartenir à un artiste moins fort, plus timide, mais aussi plus docile, plus esclave de la pensée du maître ; elle n’indique pas la même hardiesse, la même sûreté de main, mais elle est plus émue et d’un sentiment plus voisin peut-être de celui de Raphaël. Tandis que, dans les trois premières figures, les extrémités dénotent une science consommée, tout à fait sûre d’elle-même, elles sont,

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