‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 164 sur 226 · I. E quell' amor, cho primo li disceso · texte numérisé non relu

I. E quell' amor, cho primo li disceso

Cantando : Ave, Maria, graiia plena,

Dinanzi a lei le sue ale distese.

(Dante, Paradiso, cauto xxxn, v. 94.)

serrée de près, fidèlement observée, reste toujours le guide suprême. Plus Raphaël veut s’élever au-dessus de la réalité, plus il sent combien il est nécessaire de s’appuyer sur elle, et de chercher dans cet appui la force indispensable pour aller au delà.

Les deux anges, qui, debout au pied du trône de la Madone, occupent le milieu du premier plan, relèvent également de l’idéal, et se rattachent plus directement encore au fait naturel et vivant. Ce ne sont encore que deux beaux enfants nus, armés de deux petites ailes. L’un est de face et modelé en pleine lumière; l’autre, vu de trois quarts à droite et penché sur l’épaule de son compagnon, offre des modulations plus vives, des oppositions d’ombres et de lumières plus saillantes et plus accentuées. Dans l’état où l’ébauche les présente, je préfère de beaucoup le premier. Sa position a plus de noblesse et d’aisance, ses traits sont plus expressifs au point de vue religieux. Le bras gauche pend naturellement le long du corps, et c’est la main droite, ramenée sur la poitrine, qui soutient la banderole. Le poids de toute la figure porte bien d’aplomb sur la jambe gauche, et la jambe droite qui fuit en arrière est d’un mouvement plein de grâce. La petite tête aussi est charmante : les traits sont attentifs, tout entiers h la louange et à l’admiration. Raphaël seul a su dessiner ainsi des enfants, et faire surgir de la simple vérité les rêves enchantés du monde céleste. Le dessin de l’autre ange est moins heureux : le mouvement général a moins de précision; on comprend moins bien la position des

jambes, et l’équilibre de toute la figure laisse davantage à désirer1 2. Il y a aussi dans la tête une naïveté trop personnelle pour laisser place entière au sentiment divin. Là encore Raphaël avait fort à reprendre, et il est probable que de ce travail de préparation il aurait fait sortir quelques-uns de ces accents mélodieux et vibrants qui nous raviront bientôt.

Parmi les saints réunis au pied du trône de la Vierge, S1 Pierre et S' Jacques Majeur ont été les contemporains et les amis de Jésus; S' Augustin appartient au quatrième siècle*, et consacre à la Mère du Verbe la science théologique dans ce qu’elle a eu de plus haut ; S1 Bruno enfin 3 4 5, le fondateur des Chartreux, rapporte également à la Vierge les nobles aspirations qui sollicitèrent le monde après les folles terreurs de l’an 1000. Animés d’un même esprit, ils rendent à la Vierge et « se rendent mutuellement un culte d’honneur en vue de Jésus - Ch rist *. » Dieu lui-même, par ses prophètes, par ses saints, par sa propre parole et par l’enseignement de l’Eglise, ne cesse de recommander cet hommage. « M'irais honorijicali sunt amici lui , Deusb! » chante David dans ses

1. C'est la main droite aussi de ce second enfant qui tient la banderole; sa main gauche s'appuie sur l'épaule gauche du premier enfant.

Page 1