‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 163 sur 226 · V., dans ce volume, p · texte numérisé non relu

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la même manière de voir, les mêmes alliances, le même mélange de beautés pittoresques et d’idées religieuses; on retrouve aussi, comme dans presque toutes les Vierges de Raphaël, la même ressemblance caractéristique entre la mère et l’enfant. Ce n’est encore qu’une esquisse, mais sous la vivacité particulière des sentiments naturels, on perçoit déjà une impression tout impersonnelle. Ce Rambino n’est pas encore le Fils de Dieu; il le serait devenu sans doute, si Raphaël, sur désormais de la forme, avait eu le temps d’affranchir sa pensée des entraves du modèle vivant.

Les deux séraphins qui soulèvent le rideau du baldaquin sont deux figures semblables et opposées l’une à l’autre, se complétant sans se répéter, faisant naître sans monotonie l’idée d’un ordre et d’une harmonie supérieurs. Ils descendent à tired’aile et en sens inverse des profondeurs impénétrables de Dieu, et se réunissent pour écarter d’un geste plein de grâce et d’autorité les voiles qui cachent aux regards profanes la céleste vision. Celui de gauche est vu de profil et regarde la Madone : de la main gauche élevée au-dessus de sa tête, il soulève la partie supérieure du rideau, tandis que de la main droite il en soutient un des pans inférieurs. Celui de droite est placé de la même manière, seulement il tourne sa tête à droite, presque de face, et fixe ses yeux sur S' Jacques et sur S' Augustin. On voit, dans ces messagers célestes, le reflet de « cet amour

LA VIERGE GLORIEUSE. 487

qui le premier descendit et étendit ses ailes devant la Vierge, en chantant: A ve Maria graiia plena1... » Leurs chevelures, agitées par un vol rapide, se dressent comme des flammes au-dessus de leurs fronts inspirés; leurs traits sont purs, éternellement jeunes et comme imprégnés de divinité ; leurs pieds nus sortent avec élégance de tuniques longues et flottantes ; leurs bras s’arrondissent et se répondent , marquant par la dignité du geste la grandeur de l’hommage; de grandes ailes aux mille couleurs encadrent et couronnent ces créatures admirables, qui n’ont point de sexe et qui n’ont jamais eu de souillures. Quel beau jet de draperies! Avec quel art Raphaël fait sentir d’un trait que ces êtres aériens sont sans pesanteur, et que, tout en possédant des corps semblables aux nôtres, ils n’en sont pas moins de purs esprits, indépendants des lois de la matière et de la gravité! Nous voilà bien loin des ligures analogues, à chaque instant évoquées dans l’école de Pérouse et reproduites naguère encore par Raphaël lui-même! Au lieu de la pose timide et presque indécise qu’elles affectaient cinq ans auparavant dans le Couronnement de la Vierge, voyez avec quel élan, avec quelle irrésistible aisance elles accomplissent ici leur vocation, et combien, dans cette fonction surnaturelle, la nature,

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