‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 173 sur 226 · S1 l^éon le Grand, serm. iy, in Nal. Domini · texte numérisé non relu

S1 l^éon le Grand, serm. iy, in Nal. Domini

est la plus chrétienne que l’art ait jamais conçue, parce qu’elle est la plus pénétrée du mystère de la Trinité. « Avant la loi mosaïque, dit Hugues de Saint- Victor, Dieu lit connaître au monde son existence; sous la loi, son unité; sous l’Évangile, sa Trinité; afin que peu à peu grandît la connaissance de la vérité*. » Or la Vierge complète la Trinité dans son œuvre. C’est par elle que ce mystère s’est produit dans le monde. Épouse du Père, c’est devant elle aussi que s’incline l’Apôtre quand il dit : a Je fléchis le genou devant le Père, de qui est toute paternité au ciel et sur la terre*. » Mère du Fils, « par la vertu du Très-Haut qui l’a couverte de son ombre, » elle a engendré Jésus dans le temps pour donner à Dieu des élus dans l’éternité. Sanctuaire du Saint- Esprit, elle est le tabernacle où le Saint des saints s’est fait pontife, et concentre en elle l’éternel amour, dont le Verbe est né. Raphaël, dans sa fresque, représente la Vierge sous ce triple aspect; il l’associe à la Trinité par des liens pittoresques qui paraissent incorruptibles, et confie à ses prières l’intelligence de l’Eucharistie. Assise sur les nuées à côté du Sauveur, elle s’incline humblement devant lui, et

t. Ante legem dixil Deus se esse; sub lege, unum : sub gratia, trinum; ut paulalim cresceret cognitio veritatis. (Hugues de Saint-Victor, t. lit, p. H3.) — C’est ce que S1 Hilaire disait au'Si : Hoc Ecclesia inlelligit , hoc Synagoga non crédit, hoc Philosophia non sapit. (S‘ Hilaire, l)e Trinilale, lib. VIII.) i. Épliés., ni, <5.

LA VIERGE GLORIEUSE

tire sa puissance de son humilité même. Cette figure, il est vrai, n’appartient rigoureusement pas à notre sujet, mais elle semble se détacher de son cadre et planer devant nous au moment où Raphaël arrive à Rome sous l’inspiration de la Vierge glorieuse.

Pendant les trois premières années de son séjour à Rome, Raphaël fut absorbé tout entier par les fresques de la Segnatura. Il parvint bien, de temps à autre, à leur dérober quelques instants qu’il consacra à des travaux plus intimes : ce fut alors sans doute (ju’il peignit le portrait de Jules II1 et celui du marquis Frédéric de Mantoue1, son propre portrait3 et celui de cette Margherita qu’il a immortalisée sous le nom de la Fornarina *. En 1511, les travaux de la première Chambre Vaticane étaient terminés; l’alliance entre la science et la foi était conclue, la chaîne de la tradition était renouée, tous les anneaux en étaient scellés de manière h défier désormais les efforts de la barbarie. Raphaël , universellement admiré, put un moment donner carrière à des aspira-

!. Ce portrait a été bien des fois répété dans l’école. L'original est au palais Pitti. Le carton, dessiné à la pierre noire et piqué pour le décalque, est à la galerie Corsini, à Florence.

2. Ce portrait serait celui qui orne la galerie do M. Luey, à Chaslecote Park, près Warwick.

3. D’après M. Passavant, ce portrait serait celui que possède le prince Adam Czartoryski Mais ce tabl< au ne représente pas Raphaël.

4. Ce portrait est au palais Barberini, à Rome. — C’est vers cette époque aussi que Raphaël peignit le charmant portrait de jeûna homme que nous possédons au Louvre.

oOÎ LES VIERGES DE HAPHAEL.

tions moins solennelles, mais non moins hautes. Nous avons étudié plusieurs des tableaux qu’il peignit alors. Exalté par les merveilles qui se déroulaient chaque jour devant lui, sans être encore débordé par les travaux de tous genres qui allaient bientôt l’accabler, il pouvait vouer k la peinture toutes les forces de son génie. La Vierge d’Albe1, la Vierge Aldobrandini J, la Vierge au Diadème3, la Sainte Famille de Lorette*, qui sont sans doute de cette époque , semblent cependant plutôt antérieures que, postérieures à 1511. C’est k l’année 1511 aussi qu’appartient la Vierge de Foligno. En effet, elle fut peinte pour Sigismond Conti, qui mourut le 25 février 15124 5. Comme, d’un autre côté, elle manifeste des préoccupations de couleurs qui, nous le verrons, ne sauraient être étrangères k Sébastien de Venise, il est certain qu’elle est postérieure à l’arrivée k Rome du peintre vénitien; or, Sébastien ayant été appelé k Rome par Augustin Chigi au commencement de 1511, il en résulte que la Vierge de Foligno doit avoir été peinte vers la fin de cette même année. Les Conti d’Anagni avaient donné k l’Eglise un pape. Innocent III, et depuis lors avaient fixé leur résidence k Rome, où ils n’avaient cessé d’accorder aux arts un magnifique pa-

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