Bartsch, n
le tableau. Le manteau qui, dans la peinture, .couvre en partie l’épaule de la Vierge, la découvre tout à fait dans la gravure, et il n’y a plus la même indépendance dans les plis dont s’enveloppent les genoux et les jambes. Les mains enfin sont différemment placées: au lieu de porter l’Enfant, l’une 1 sous le bras, l’autres par la ceinture, elles le tiennent presque à bras-lecorps; il en résulte pour la Vierge moins d’élégance, et pour le liambino moins de spontanéité... Mais ces différences matérielles ne sont rien. Ce qui marque l’abîme entre l’estampe et le tableau, c’est l’esprit, qui est comme immobilisé dans l’une et qui se montre dans l’autre si touchant et si vif. Le style de cette gravure est vraiment grandiose , et jamais Marc- Antoine ne s’y serait élevé sans un modèle fait de la main de Raphaël. Mais ce que Raimondi n’a pu reproduire, c’est le sentiment intérieur, c’est l’émotion divine, c’est ce je ne sais quoi d’impalpable qui subjugue les cœurs et qui est Raphaël tout entier. Pour comprendre Raphaël, il faut le voir lui-même, sans témoin, sans intermédiaire, le contempler et l’interroger face à face. En dehors de cette investigation personnelle et directe, tout le reste est insuffisant. La Vierge de Marc-Antoine est une noble et belle image, où l’on sent la force de l’inspiration première, mais sur laquelle aussi s’est appesanti le niveau d’un génie moyen, qui a comme pétrifié la vie