‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 198 sur 226 · I. V. I,es Fresques tir Hapharl au Vatican. — Chambres · texte numérisé non relu

I. V. I,es Fresques tir Hapharl au Vatican. — Chambres

de draperies se remarque d’ailleurs à peu près dé pari et d’autre, mais avec plus d’indépendance dans le dessin que dans la fresque. Le génie de Raphaël, en simplifiant toujours, s’élève à chaque instant davantage, et, sans rien perdre de sa ferveur, gagne incessamment en puissance. Non que je prétende mettre le croquis gravé par Marc-Antoine au-dessus de la fresque vaticane. Je n’ai garde d’oublier, au point de vue de l’importance pittoresque, la distance qui sépare ces deux œuvres. Je constate seulement que Raphaël, dans la Dispute du Saint-Sacrement, n’était point arrivé, comme on l’a dit souvent, à l’apogée de son génie : il avait encore à gagner; et il nous a rendu un compte assez rigoureux de son temps, pour que nous sachions quelles conquêtes nouvelles il a faites, non-seulement du côté de la force, mais aussi du côté de la grâce, pendant chacune des douze dernières années de sa vie. Tous les ouvrages de sa virilité oit il a laissé son empreinte personnelle montrent l’incessant progrès de sa pensée, et le dessin du Louvre, dans la mesure d’une simple aspiration, nous est aussi témoin... Du reste, entre la fresque de la Segnalura et le dessin du Louvre il n’y a de semblable que les trois figures qui sont au ciel ; tout change sur la terre, oit la société des saints n’est ici représentée que par S' Paul et par S" Catherine d’Alexandrie.

.S1 Paul s’avance de gauche à droite en regardant le spectateur. Il retient de la main gauche la draperie de son manteau, et porte de la main droite son épée

F, A VIERGE GI^ORIEUSE.

nue, la pointe en l’air, toute prête à combattre. Sa tête, vue de trois quarts à droite, exprime une foi robuste et ardente; ses traits sont puissants, son regard est imposant, rempli d’autorité. Voilà une figure vraie autant qu’idéale, forte autant que belle, antique par la simplicité de la forme, chrétienne par la chaleur du sentiment. La fermeté des lignes, la majesté grandiose du style, la belle ordonnance des draperies, font songer aux modèles classiques, tandis que l’inspiration relève de l’Évangile. La passion qui anime l’apôtre est invincible; elle vient du ciel et elle y retourne. On pressent déjà dans ce dessin ce que sera le S1 Paul des tapisseries du Vatican; on voit que Raphaël est préoccupé de la grande image de l’apôtre, qu’il y pense sans cesse, qu’il la cherche, et que de plus en plus elle se révèle à lui. — S" Catherine d’Alexandrie est agenouillée du côté opposé, la tête levée vers le ciel et le corps penché sur une roue brisée. De la main droite elle présente au Sauveur la palme de son martyre, et. portant la main gauche à sa poitrine, elle s’offre entièrement à Dieu. Son visage, vu de profil à gauche, est d’une extrême ferveur ; l’àine monte, toute la figure aspire à monter avec elle, et la beauté morale s’exalte dans ce sursum corda sans que la beauté plastique y perde rien. Jamais acte de sacrifice et d’amour ne s’est exprimé dans un plus harmonieux langage... Voilà encore une de ces figures dont Raphaël aimait à chercher l’esprit. Tout jeune encore, il l’avait peinte en compagnie de S'e Marie-Madeleine, sur un volet destiné à

une Madone de Pérugin 1 2 ; puis il l’avait mise en présence de la Vierge glorieuse, dans le tableau des religieuses de Saint-Antoine*. Il y revint encore au plus beau moment de son dernier séjour à Florence et la peignit alors toute seule, comme pour en scruter directement les traits 3. Il la voulut placer enfin dans une des plus vives esquisses qui signalent sa virilité, et de même que dans S1 Paul il a personnifié l’Église militante, il a représenté la sainte cohorte des vierges dans S1' Catherine d’Alexandrie.

Marc-Antoine s’est emparé de cette esquisse et il en a fait une belle estampe. Mais quelle différence entre cette gravure et le dessin du maître! La grandeur de la conception, la simplicité des lignes, la dignité de chaque figure et la majesté de l’ensemble, tout cela a été observé, compris, rendu ; mais la profondeur et la vivacité du sentiment intérieur, sans avoir disparu, se sont singulièrement atténuées. Tout est spontané, vivant, vibrant dans le dessin , tout est relativement superficiel dans la gravure; la chair est devenue pierre ou métal, l’esprit s’est immobilisé... Cependant je préfère de beaucoup l’estampe de Raimondi au tableau qu’un des élèves de Raphaël a fait aussi d’après le dessin du Louvre. Cette peinture se tient à de telles distances de l'esquisse originale, qu’on a fait tort à Jules Romain en la lui attribuant.il ne suffit pas qu’un tableau ait

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