‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 20 sur 226 · LA VIERGE DE LA MAISON NICCOL1N I · texte numérisé non relu

LA VIERGE DE LA MAISON NICCOL1N I

(A Pansanger-House* ).

Raphaël, dans la .Madone delà maison Niccolini, se complaît encore dans les joies naïves de l’enfance de Jésus, et il y revient avec une expansion plus vive que dans la Vierge à l’Œillet, avec un génie plus ouvert aux impressions de la nature et plus sensible aux émotions de l’Évangile.

L’Enfant-Dieu, sur les genoux de sa Mère, s’abandonne au bonheur de vivre pour l’amour des hommes. La Vierge, de son côté, bien que conviée par son Fils à ce divin sourire, reste grave, pensive, recueillie, et dans le contentement de Jésus prévoit déjà les douleurs du Christ. De cette opposition naît une idée touchante et un contraste heureux. Le Sauveur échappe d’autant plus à sa Mère qu’il se donne plus à nous, et en se sacrifiant pour le monde il la sacrifie du même coup... Voilà donc encore la Vierge et l’Enfant! C’est toujours la même chose, et c’est toujours nouveau. La difficulté d’un pareil sujet naît de l'abondance et de la simplicité des matières. De là aussi son inépuisable bcaulé. Aucune complicatio*n,

I. On nomme souvent aussi cette Vierge : la Vierge de lord Cowpcr. Nous avons cru devoir lui conserver son nom florentin, le nom du palais où elle a longtemps séjourné à Florence, ni. 5

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aucun accident ne vient rider la surface de ce transparent miroir. Cependant l’intérêt est immense et va toujours grandissant. C’est que l’Évangile, tout plein du silence et de l’obscurité de Marie, est en même temps tout rempli de sa gloire, et que l’art chrétien , reflet de l’Évangile, fait comprendre aussi, sous ce calme mystérieux, la perpétuelle agitation de l’ânie humaine.

Le tableau de la maison Niccolini montre l’enfant Jésus assis sur les genoux de sa Mère. La Vierge est assise aussi, tournée vers la gauche et vue jusqu’à mi-jambes. Ces deux figures sont de grandeur naturelle et se détachent simplement sur le bleu du ciel*.

Considérant d’abord l’enfant Jésus, nous reconnaissons que Raphaël, pour s’avancer vers la perfection, s’appuie à la fois sur la nature et sur son propre sentiment. Ici l’Enfant est assis sur un coussin blanc posé sur les genoux de la Vierge. Son corps s’incline à droite, vers sa Mère; mais son esprit, sa grâce, son amour, sont pour nous tout entiers. Sa tête, à peine couverte de cheveux blonds et fins, se tourne et se porte vers le spectateur; il le regarde de face et lui sourit avec complaisance. Il se montre franchement, naïvement, familièrement petit enfant, s’abandonne

1. Ce fond vire au vert foncé dans le haut du tableau. C’est là peut-être le résultat de l’action du temps sur la couleur. Le Sanzio nous apprend lui-même que celle peinture appartient à l’année 1508.

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sans réticence à son humanité, et veut nous gagner par sadouceur et son enjouement. En se donnant ainsi comme homme, il nous attire plus sûrement à lui. Le bras droit pend naturellement le long du corps; tandis que le bras gauche se tend horizontalement, de manière que la main puisse saisir le vêtement de la Vierge. Les jambes sont écartées ; le pied gauche est relevé et s’appuie sur le bras de la Vierge, le pied droit est ramené en arrière et descend le long de la jambe de Marie. Grâce à une légère écharpe rayée d’or, qui passe sur l’épaule et sur la poitrine et que supporte la main droite de la Vierge, l’Enfant peut se laisser aller avec sécurité. Ainsi posé, Jésus se livre bien à nous; mais il tient néanmoins à Marie, et elle tient également à lui. Le modelé de toute cette figure est admirable. Rien n’est plus fidèlement rendu que cet affaissement sans mollesse, rien n’est plus savant que cette interprétation de la vie dans la sève de son premier épanouissement. Peut-être pourrait-on reprocher un peu d’afféterie dans les traits. Je crois plutôt que Raphaël a saisi sur le fait une expression de nature, dont il s’est vivement épris et qu’il a reproduite spontanément, fidèlement, avec une verve exempte de toute recherche. Nous retrouverons en effet, dans le tableau suivant1, le même sentiment, exprimé avec une vivacité plus saisissante encore.

Si, après avoir contemplé l’enfant Jésus, nous

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