Rom., mi
LA VIERGE GLORIEUSE. 577
de Diea tous les traits de la beauté sainte, en reproduisait quelques-uns dans les vierges nées de la virginité de Marie. Ce rare génie avait beau vivre dans un milieu profondément corrompu, il avait beau subir lui-même à chaque instant l’influence de la contagion, quelque chose de plus fort que le mal le ramenait toujours dans le cercle religieux, où l’humanité divinisée ne se laisse plus toucher que par le pur amour. Malheureusement la partie la plus immatérielle de ces créations s’est fondue comme les nuages d’or qui apparaissent au lever du jour et qui ne voient jamais le soir.
Nous pourrions, en dehors des estampes de Raimondi, rapporter à cette étude toutes les ligures de saints et de saintes que Raphaël a peintes d’un bout à l’autre de sa vie : la S" Marie- Madeleine et la S" Catherine de la galerie Camuccini', le S1 Sébastien de la collection Lochis1, le petit S1 Georges et le petit S' Michel du Louvre 5, le S1 Georges à la Jar-
H. Nous en avons parlé dans ce volume même, p. 471, note 1.
2. M. Longhena en a donné une gravure au trait dans sa traduction italienne de la Vie de Raphaël par Quatremèrede Quincy. Le saint, vu à mi-corps, tient en main une des flèches dont il a été percé. Le fond de paysage est ravissant, doux de lignes et de la couleur la plus suave. Ce tableau doit avoir été peint en 1504, presque en même temps que le Sposrilizio.
3. Ces deux tableaux, si bien dessinés et si vigoureusement peints, sont très-bien conservés. Le second est peint sur le revers d’un damier. La collection de Florence possède un très-beau dessin à la plume pour le S‘ Georges. Le dessin du S1 Michel se trouvait dans la collection Crozat.
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retière de l'Ermitage', le grand archange S' Michel du Louvre* et le S1 Jean de la Tribune de Florence*. Tous ces héros chrétiens apparaissent, sous la main de Raphaël , tourmentés en même temps que charmés du sentiment de l’infini. Soit que la douleur les étreigne, soit que brille en eux l'allégresse de l’éternelle félicité, toujours ils nous réchauffent du rayonnement de leur âme. On sent que, toute leur vie, ces saints ont pensé à mourir, afin de mourir en pensant à Dieu. Quelle certitude dans leur espérance! Quelle émotion, quel calme, quelle puissance dans la foi qui les transporte ! Combien la souffrance est légère à ces martyrs rayonnants de beauté ! Et quoi de plus touchant que ce troupeau honnête et pudique dont parle le poëte :
Pudica in faccia e nell’andare onesta *.
Nous souhaiterions pouvoir interroger une à une toutes
1. O précieux petit tableau, que Balthazar Cusliglione alla porter à Henri VII de la part du duc d'Urbin, passa de la collection de Charles I" dans celle du comte de Pembroke. Il a été gravé par Vorsterman.
2. Nous avons parlé déjà de ce tableau dans une précédente étude. V. Raphaël el l'Antiquité, t. II, p. 417.
3. Ce tableau, selon Vasari, fut peint pour le cardinal Colonna, qui le donna à son médecin Jaco|>o da Carpi. li figure dans l’inventaire de la Tribune en 1589. La collection do Florence en possède une étude à la sanguine. Cette étude est sensiblement plus belle que le tableau. N’en doit-on pas conclure que ce n’est pas Raphaël lui-mème qui a peint ce tableau?