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Du côté opposé, à droite, des rochers élèvent leurs cimes précédées de forêts. Dans le lointain, des montagnes bleuâtres se fondent avec le ciel. « Il faut, » écrivait une enfant de génie que la mort a brusquement interrompue, « il faut aller toujours du dehors au dedans,... et souvent je cherche dans les choses visibles un levier pour m’élancer vers les invisibles, découvrant en tout ce qui s’oITre ici-bas à mes regards une image de cette beauté éternelle qui ne se livre à découvert qu’à l’intelligence et au cœur. Alors rien n’est muet pour moi. Que de choses me disent les montagnes, les étoiles, la mer, les arbres, les oiseaux, et que je n’eusse point vues, si cette grande voix de la nature ne me les eut apprises ! Et qu’elle est admirable la bonté de la Providence, qui, par mille moyens, ramène notre âme aux pensées et aux saintes affections pour lesquelles elle fut créée1! » Ce que ces paroles font pressentir, Raphaël le fait voir et toucher dans la plupart de ses œuvres, et notamment dans la Vierge du duc Terranuova.
Ce tableau, dont le ton général est à la fois doux et fort, laisse dans l’àme une impression délicieuse1. Il passa des mains de Raphaël dans la maison des ducs Terranuova, et alla avec cette famille de Gènes à Na-
<. Lettres de Rosa Ferrucci, traduites de l'italien par l'abbé Pereyve, p. Î7.
!. La conservation est satisfaisante, sauf quelques retouches dans la partie du manteau qui enveloppe la jambe el le genou droits de la Vierge.
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pies. Ce fut là que le roi de Prusse Guillaume IV le vit, l’admira, voulut l’acquérir et ne le put pas. Le roi actuel fut plus heureux, et, moyennant 30,000 écus, acheta cette peinture, qui est maintenant un des trésors du musée de Berlin.
LA VIERGE DE TADDEO TADDEI (Dans la galerie du Belvédère, à Vienno).
Raphaël, après avoir peint la Vierge du duc Terranuova, a quitté une première fois Florence, emportant avec lui des regrets et de grandes espérances. Ce premier séjour dans la ville des Médicis (de la fin de 1504 au commencement de 1505), il l’avait consaçré surtout à l’étude des maîtres ; ce qui ne l’avait pas empêché d’annoncer sa vocation personnelle dans plusieurs Vierges admirables1. Rappelé à Pérouse par des engagements antérieurs, il termine la Vierge glorieuse qu’il avait commencée pour les religieuses de Saint-Antoine de Padoue!; il peint, pour l’église San-Fiorenzo,
1. La Vierge du Grand-Duc, V. p. 26 de ce volume; la Vierge du duc Terranuova, V. p. 4 i\ ; el la Vierge de lord Cowper, V. p. 37. Il faut également rapporter à ce premier séjour à' Florence le portrait d’un jeune homme de la maison Riccio. Ce portrait appartient au roi Louis de Bavière.
2. V. plus loin dans ce volume au chapitre des Vierges glorieuses.
la Madone des Ansidei1; et il prélude, dans la fresque de San-Severo, à la grande page par laquelle il devait, trois ans plus tard, prendre au nom de la Renaissance possession de la Ville éternelle1. Quelques mois avaient suffi à ces travaux considérables, et il ne voulut pas en entreprendre de nouveaux. Il s’engagea bien encore, en septembre 1505, à peindre un tableau d’autel pour les religieuses du couvent de Monte-Luce, mais il n’exécuta pas cette peinture4 5. Pérouse restait toujours pour lui une cilé charmante, pleine de chers souvenirs; mais ce n’était pas un centre, c’était une petite ville, absolue dans sa manière de voir, exclusive dans ses affections, où dominait un système, où régnait une coterie, et Raphaël sentait que, dans un pareil milieu, loin de pouvoir avancer, il faudrait reculer. Tout l’attirait au contraire vers Florence; il avait vécu déjà dans cette atmosphère fortifiante, ouverte à tous les progrès, et il avait hâte d’y vivre encore. Là aussi d’ailleurs de puissantes attaches le liaient déjà. De nombreuses amitiés réclamaient sa présence, et de nouveaux chefs-d’œuvre sollicitaient son génie. Une