‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 43 sur 226 · Vasari, Vitu di Ra/faello da Urbino, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Vasari, Vitu di Ra/faello da Urbino, t. VIII, p

rendit ainsi ce nom immortel'. La Vierge de Taddeo Taddei* est maintenant, il est vrai, plus souvent nommée la Vierge dans la Prairie; mais cette dénomination , relativement récente, est le résultat d’une fantaisie étrangère, et l’on reste davantage dans la pensée de Raphaël en continuant d’associer à son tableau le nom du patricien auquel il le consacra1 * 3 * 5.

La Vierge de Taddeo Taddei exprime, entre S' Jean- Baptiste et Jésus, une relation nouvelle dont le gage est la croix. Tout à l’heure , une banderole avec le mot Agnus réunissait les deux enfants. Voici maintenant, entre Dieu et l’homme, l’image même de l’immolation. La victime se découvre et se révèle directement à celui pour le salut duquel elle va s’offrir. C’est toujours l’idée du sacrifice qui se place, sous les yeux de la Vierge, entre son propre Fils et le fils d’Elisabeth. Mais cette idée, pleinement acceptée, fermement voulue, laisse à peine une ombre derrière elle. L’x\mour divin domine les tristes pressentiments et les transporte dans les régions idéales inaccessibles à la douleur.

La Vierge est assise au milieu de la campagne. Si rien ne la venait déranger de sa position naturelle, on

1. Raffaello, che era la genlilezza stessa,pernon csservinto di corlesia, gli fece due quadri... (Vasari, t. VIII, p. 6.)

ï. Le second tableau peint pour Taddeo est, à ce que l’on croit, la Sainte Famille au Palmier, actuellement dans la galerie du duc de Bridgewater.

3. Ce fut Christian de Mechel qui donna h cette Vierge le nom de

die Jungfrau im Grünen (la Vierge à la PrairieJ. Comme plusieurs

autres Vierges (la Vierge au Chardonneret , la Belle Jardinière, la

m LES VIERGES DE RAPHAËL.

la verrait de profil à droite. C’est ainsi que paraît le bas de la figure, et à cet égard le mouvement des jambes est significatif. Cependant, l’enfant Jésus, que Marie soutient et protège de ses mains, se dirigeant à gauche vers S' Jean, entraîne avec lui les bras de sa mère, et provoque le mouvement de la poitrine, qui se montre alors de trois quarts, mais encore à droite. La tête enfin, accentuant davantage le mouvement des épaules et se tournant vers le précurseur, paraît presque de face et déjà, de trois quarts à gauche... C’est surtout en présence de pareilles images que l’on sent l’insuffisance et la pauvreté de la parole. Le geste si aisé, si naïvement élégant de toute cette figure, l’œil ravi l’embrasse d’un seul coup, l’esprit le comprend en un instant, sans que le moindre doute puisse en effleurer l’évidence. Cette clarté plastique, facile, soudaine, faite surtout pour être sentie, il nous la faut dire et décrire, au risque de répandre sur elle la pesanteur et , l’obscurité. Bien plus , toutes ces Vierges, en exprimant une idée différente et un sentiment nouveau, sont, au point de vue pittoresque, tellement voisines l’une de l’autre, qu’il faut à chaque instant redire en apparence, tant les nuances sont délicates et difficiles à saisir, ce qui a été dit déjà, se répéter sans cesse et tomber dans la monotonie, sous peine de n’être ni complet, ni exact.

Vierge au Voile, etc.) sont placées aussi sur des plans de verdure, on ne comprend pas pourquoi le nom de Vierge à la Prairie a été donné spécialement à la Vierge do Taddeo Taddei.

Tâche ingrate! mais qui a ses compensations dans l’indépendance de la critique et surtout dans la sincérité de l’admiration... Rien donc de plus naturel que le mouvement de cette Vierge. Prenez la ligne qui part de l’épaule et se continue jusqu’au bout du pied; quelle ondulation ravissante, douce, harmonieuse! Comme on la suit, sans rien de heurté ni d’interrompu, à travers les draperies qui l’enveloppent ! C’est que, avant de nous parler sous cette forme définitive. Raphaël s’est placé directement en présence de la nature; il lui a soumis son idée, qui est sortie vivante et saine de cette épreuve, sans avoir rien perdu du charme immatériel qui la fait aimer. Regardons, sur une des feuilles de croquis conservées dans la collection Albertine, les différentes étapes auxquelles s’est arrêtée la pensée du maître. Un trait de plume, hardi, décidé, marque sans hésitation la position de la figure. Le crâne est d’abord simplement indiqué par cet ovale allongé de si admirable structure, que nous avons signalé déjà. D’un bras seulement, la Vierge atteint l’Enfant. Mais l’inclinaison de la poitrine est trop forte, et dans une seconde épreuve, la poitrine se redresse et les deux bras ont alors leur geste presque définitif. Suit une troisième ébauche, dans laquelle les traits se massent, sans s’accentuer encore. Puis vient une quatrième esquisse, où le sentiment prend naissance, où l’expression, bien que rudimentaire encore, se fait déjà comprendre. Ce sentiment et cette expression sont caractérisés de plus en plus dans le dessin à

la pointe d’argent de l’Université d’Oxford1, ainsi que dans celui qui a passé successivement par les collections Ten Kate, Rutgers, Plos van Amstel et Samuel Rogers, avant d’arriver dans celle de M. T. Birchall4 5. Dans le premier de ces dessins, Raphaël reste encore presque exclusivement en présence du modèle vivant, et même, pour donner au mouvement plus de précision, il découvre les jambes et les genoux; dans le second, il emprunte le secours des draperies, et sa figure prend enfin une tournure idéale. Mais c’est seulement dans le tableau que la vie morale devient irrévocable. La jeune mère qui s’est placée devant le Sanzio reste, digne femme de la vieille Étrurie, svelte , élégante , un peu délicate dans sa grâce. Sa fraîcheur est ravissante; la vie circule en elle avec une généreuse ardeur, et se trahit sur les joues par une coloration un peu vive. Mais, sur ces dons de nature, Raphaël projette un rayon de l’Évangile, et aussitôt paraît la Vierge, infiniment humble devant Dieu, infiniment douce devant l’homme. Le voile, arrangé en forme de coiffure, ne couvre que le sommet de la tête. Au milieu des cheveux, s’enroulant en bandeaux dorés de chaque côté du front et des joues, circulent des nattes, qui introduisent de la variété dans la masse sans viser à la recherche et sans nuire à l’unité d’impression. Le front est plutôt large que haut. Les yeux

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