‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 44 sur 226 · Ce dessin a été gravé par Paccini, en · texte numérisé non relu

Ce dessin a été gravé par Paccini, en

2. Ce dessin a été gravé en contre-partie par B. Picart, pour les Impostures innocentes, n° S.

bruns sont abaissés sur S* Jean, et le mouvement des paupières est d'une grande humilité Le nez est droit et fin. La bouche, calme mais non pas froide, déjà presque souriante, quoique grave encore, annonce la paix intérieure mêlée aux plus saintes appréhensions. Le menton est un peu saillant, et les joues sont d’un galbe charmant. Tous ces traits voudraient sourire, mais en présence de la croix ils sont prêts à pleurer, et entre ces deux sentiments qui se combattent, il n’y a place que pour l’amour. Sur le cou bien modelé des ombres ambrées se posent légèrement, sans heurter les parties claires. La courbe et le balancement des épaules sont exquis. Le buste est souple et d’une adorable honnêteté. La poitrine est chastement arrondie et très- modestement vêtue. La robe rouge découvre complètement le cou et enveloppe le torse avec une rigoureuse simplicité. Un ruban noir, orné de méandres à travers lesquels on lit la date de 1505, borde le corsage et dessine les épaules. Le même ornement se retrouve autour du manteau bleu qui, jeté sur le bras droit, enveloppe tout le bas de la figure. Les deux mains sont petites et dessinées avec un grand soin. Le pied également est d’une remarquable délicatesse. Cette Vierge a, dans sa beauté, quelque chose de mystérieux et de divin.

Les deux enfants qui l’accompagnent sont plus voisins de la nature. Ce qui les rattache surtout à l’Évangile, c’est le signe de la Rédemption cjui les réunit.

L’enfant Jésus, soutenu par les mains de la Vierge, semble essayer sur le gazon de la prairie ses premiers pas dans la vie mortelle, et de sa marche encore mal assurée il se porte du côté de S' Jean. Il élève la main droite vers le sommet de la croix que lui présente le précurseur, et de la main gauche il s’appuie sur le bras de sa Mère. Il s’abandonne ainsi avec naïveté aux inclinations naissantes de son cœur, et enfant il recherche un autre enfant. De son côté, le petit S' Jean, agenouillé en face de Jésus, porte de ses deux mains le roseau en forme de croix. Plus âgé de quelques mois et physiquement plus fort que son maître, il tient à la terre par des liens matériels plus puissants. Tandis que la chair de Jésus, semblable à un lis légèrement teinté de rose, se détache sur le manteau bleu de Marie, la carnation de S' Jean prend des tons plus chauds, plus vivants, d’un relief moins délicat, d’un modelé plus sommaire. De plus, le Fils de Marie, qui représente la pureté par excellence, est entièrement nu ; le fils d’Élisabeth , au contraire , qui n’a pas échappé en naissant à la tache originelle, est vêtu d’une draperie violette, qui passe sur l’épaule gauche et vient s’attacher par un nœud sur la hanche droite. On ne retrouve d’ailleurs, ni dans la tête de S1 Jean, ni même dans la tête de Jésus, ce caractère de beauté surnaturelle que le Sanzio a déjà imprimé à ses enfants, et qu’il leur donnera plus tard avec tant de puissance.

Raphaël apparaît, dans ce tableau, à un moment très-intéressant de sa vie. Sur la bordure de la robe

de la Vierge, nous avons lu la date de 1505. D’autres, et notamment M. Passavant, y ont lu 1506. Comme le millésime m. d. v. est visible pour tous et écrit entre deux ornements qui l’isolent du reste de la broderie, on a imaginé d’v joindre un jambage qui se trouve à côté. On ajoute ainsi facilement une année à l’année 1505 (on en pourrait ajouter plus encore) ; et pour donner raison de cette épigraphie inacceptable, on prétend que le Sanzio a voulu dire : J’ai commencé ce tableau en 1505 et je l’ai achevé en 1506. Cette discussion semble puérile; elle a cependant une certaine gravité pour l’appréciation de l’œuvre elle-même. Si la date de 1506 pouvait être admise, Raphaël étant revenu à Florence à la fin de 1505, il faudrait placer la Vierge de Taddeo Taddei après la Vierge au Chardonneret peinte pour Lorenzo Nasi au commencement de 1506 car il est difficile d’admettre que Raphaël ait exécuté en deux mois deux tableaux de cette importance. Si, au contraire, la date de 1505 est maintenue, rien n’empêche de s’en référer k l’ordre indiqué par Vasari, et de donner la primauté à la Vierge de Taddeo Taddei. C’est ce que nous avons fait : d’abord, en nous autorisant d’une preuve matérielle irrécusable et qu’on ne peut tourner que par une interprétation forcée ; ensuite et surtout, en nous appuyant sur l’étude attentive du tableau même.

Nous sommes donc à la fin de 1505. Raphaël,

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