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LA VlEKGE, JÉSUS, LE PRÉCURSEUR. 203
au-dessus du front, rappelle la coiffure de certaines statues grecques, et donne à cette figure un aspect de grandeur qu’elle n’avait pas précédemment. La solea, rattachée sur le pied par d’élégantes bandelettes bleues, est fidèlement aussi copiée sur les marbres antiques1. Et qu’on ne voie pas là un indice de révolte, ni même une tentative d’émancipation. Raphaël, en s’inspirant de la tradition classique, ne renie rien de sa vocation chrétienne. Jamais il ne confond ce qui plaît avec' ce qui est beau, ou, en d’autres termes, ce qui plaît aux sens et ce qui plaît à l’intelligence. Le beau, dans tous les genres imaginables, est « ce qui plaît à la vertu éclairée2. » Toute autre définition est fausse ou insuffisante, et le beau religieux est au-dessus du beau idéal, parce qu’il est l’idéal de l’idéal. Raphaël sait tout cela, ou plutôt, qu’il le sache ou non, c’est lui-même qui nous l’apprend par ses œuvres. Il n’a donc garde, une fois à Rome et en possession d’une plus grande somme de vérité, de vouloir abjurer l’idée simple, virginale, touchante, qui a germé en lui depuis la première heure de sa vie. Il cherche seulement à en agrandir l’expression, à la transporter dans les régions inaccessibles aux petits aspects de la vie, et plus sa conception s’approche de la beauté absolue, plus elle gagne de calme et de
1. La solea était une chaussure formée d’une simple semelle destinée à proléger la plante du pied. Elle était attachée au moyen de bandelettes qui se croisaient, sur le cou-de-pied.