‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 69 sur 226 · J. de Maistre · texte numérisé non relu

J. de Maistre

sérénité. La Vierge d’Albe nous pénètre de son inexprimable douceur. En elle, sous les dehors de la grâce, perce le sentiment d’une grande mélancolie , très-délicatement indiquée, mais qui, pour être exprimée de la façon la plus discrète, l’est en même temps avec clarté et avec éloquence. Donc, en prenant une beauté plus grande, la Vierge ne devient pas aux yeux du maître moins humaine et moins émouvante. Il n’y a pas de beauté sans bonté. « Le beau est l’harmonie du vrai et du bien dans une même chose, lasplendeur confondue de l’un et de l’autre; et si vous rencontriez un visage où la rectitude des lignes et la grâce des contours fussent parfaites, mais sans une expression de bonté quelconque dans les yeux et les lèvres, ce serait la tête de Méduse. La bonté, il est vrai, peut ne pas arriver jusqu’à la beauté; celle-ci suppose une certaine splendeur, et, en ce sens, la bonté toute seule n’éineut pas jusqu’au ravissement1. » C’est cette splendeur que les Vierges de Raphaël ont toutes à des degrés divers. La Vierge d’Albe possède à la fois la bonté et la beauté; voilà pourquoi, sous son calme apparent, elle arrive sans efl'ort à nous émouvoir.

L’enfant Jésus répond de cœur et d’âme à sa Mère. Placé entre S1 Jean-Baptiste et Marie, il se donne à l’un et tient à l’autre par la nature autant que par la grâce. La jambe droite tendue en avant et la gauche appuyée sur le genou de la Vierge, il passe

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