‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 8 sur 226 · Elles sont plus petites que demi-nature · texte numérisé non relu

Elles sont plus petites que demi-nature

moindres détails sont traités avec une précision qui porterait à croire qu’on a là sous les yeux un carton définitif ayant servi à un tableau. Le Sanzio, fidèle observateur du modèle vivant, dégage de plus en plus l’élément divin déposé par le Créateur au sein de la création.

Dans un autre dessin1, Raphaël représente la Vierge assise, ayant sur ses genoux le Rédempteur, et lisant attentivement dans un livre qu’elle tient de la main droite. C’est le tableau même de la collection Solly, vers lequel le Sanzio est revenu sans le modifier essentiellement, mais dont il s’est approprié l’idée d’une manière plus intime, en la transformant surtout par l’expression, par le style. La Vierge n’a plus rien de Pérugin, elle appartient exclusivement à Raphaël. Les cheveux s’enroulent avec plus d’élégance, sans rien enlever au visage de son humilité. Le voile s’arrange avec plus de souplesse ; seul il couvre les cheveux, et le manteau tombé sur les épaules ne cache plus rien de la tète. Le cou est plus flexible, il se meut plus librement et s’incline sur l’épaule avec plus de naturel et de grâce. Les traits, sans s’être amaigris, se sont allongés ; ils ont perdu leur forme traditionnelle et un peu monotone, pour prendre l’accent particulier que Raphaël adopte dès lors et dont il poursuivra jusqu’à la fin le complet développe-

1. Ce dessin, exécuté à la plume, est au musée du Louvre. Dans l’ordre d’idées auquel il appartient, on ne saurait rien voir de plus touchant.

ment. L’enfant Jésus, qui ne lient plus un chardonneret, mais qui joint les mains et qui prie avec ferveur en levant les yeux vers le ciel, s’est également rapproché de la nature en gagnant plus de divinité. Dieu seul, en prenant notre humanité, a pu se faire ainsi petit enfant. Rien d’invraisemblable à admettre qu’un petit tableau, plus voisin de celui du comte Connestabile que de celui de la collection Solly, a pu être exécuté d’après ce dessin, auquel rien ne manque pour en faire une œuvre complète*.

Quoi qu’il en soit, désormais Raphaël n’a plus rien à apprendre de Pérugin, et le Sposalizio (1503- 1504) vient de l’élever à de grandes hauteurs audessus du niveau de l’école1. Il se sent appelé par d’autres maîtres, plus grands, plus universels. Léonard de Vinci surtout le fascine et l’attire... J’aime à relire ici la lettre si connue par laquelle la sœur du duc d’Urbin, Joanna délia Rovere, adresse le Sanzio au gonlalonier Soderini :

« Très -magnifique et puissant seigneur, que j’honore à l’égal d’un père.

« Celui qui vous présentera cette lettre est Ra-

t. Au revers de cette môme feuille, Raphaël a dessine deux enfants jouant ensemble. L’un d’eux, à genoux, a frappé l’autre, qui pleure. Une tète d’enfant se voit également au bas de la môme feuille. Voilà qui montre encore avec quelle prédilection Raphaël se portait vers l’enfanco, et de quelles observations constanles il l’entourait.

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