‹ Les vierges de RaphaëlChapitre 96 sur 226 · Cramoisi un peu foncé · texte numérisé non relu

Cramoisi un peu foncé

3. La manche de dessous, qui est d’un jaune presque blanc dans lus lumières, vin1 au violet dans les ombres.

dans le goût de Raphaël *. Le profil, tres-rigoureux de lignes, esl presque insignifiant. Les traits sont délicats, réguliers et purs; mais sans chaleur, sans douleur, sans amour, et ne font rien entendre de ce langage surnaturel sans lequel la Vierge n’est pas*. Non, la pensée de Raphaël n’est point là; ou si elle y a été, elle n’y est plus. On la comprend dans le dessin ; elle échappe presque complètement dans le tableau.

L’enfant Jésus, au contraire, dont la conservation est relativement bonne, est tout entier dans le tableau; le dessin n’en contient que le germe, dans lequel, il est vrai, on aperçoit déjà les rudiments de la beauté divine. Jésus veut s’échapper, j’allais dire s’envoler des bras de la Vierge, pour sc porter vers S’ Joseph. Dans l’esquisse conservée au Louvre, le mouvement est.trouvé, mais non encore définitivement arrêté. J.es bras sont tendus en avant, et les jambes jetées en arrière. La tête n’est indiquée que par un simple contour, et il n’y a pas trace de cheveux; mais les traits sont déjà pleins de justesse et de vivacité; le corps et les membres sont dessinés avec un remarquable bonheur. « Cet Enfant béni, » qui surgit comme •

4. Le voile est rappelé, par un simple bandeau, sur le sommet de la tête. Il tombe derrière le cou, passe sur les épaules, forme écharpe sur la poitrine et s’enroule ensuite autour du corps de l’Enfant.

2. En regardant la tôle, lo cou, les mains et les pieds de cette Vierge, on voit combien les nettoyages et les retouches les ont endommagés. Cette figure n’est plus que l'ombre de ce qu’elle a dû être.

de lui-même sur les genoux de Marie, est bien, comme dit S1 2 Fulgence, « le fruit, l’ornement, le prix et la récompense de la sainte virginité *... » Cependant, en passant du dessin dans le tableau , l’enfant Jésus s’embellit encore et se fortifie. Les contours de cette petite figure dénoncent une admirable sûreté de main, tandis que le modelé présente cette délicatesse toute particulière qui est aussi la signature du maître*. Le mouvement du haut de la figure demeure tel qu’on l’a vu dans le premier jet de l’esquisse. Les jambes seules prennent une position différente. Au lieu de se rejeter en arrière, elles se portent en avant, la jambe gauche s’appuyant encore sur le manteau de la Vierge, la jambe droite se tendant vers S' Joseph et suivant la même inclinaison que les bras. La tête, qui s’est couverte de cheveux fins et bouclés, est plus relevée que dans le dessin. De cette manière les yeux de Jésus regardent directement dans les yeux de S' Joseph, et chacun des traits de l’Enfant répond avec une grâce charmante à chacun des traits du vieillard. Il est difficile de concevoir le Sauveur se livrant plus complètement et avec plus de bonté. Il plonge ses deux mains avec bonheur au milieu des'fleursque lui apporte le saint époux de la Vierge, et de son regard limpide il le bénit et lui rend grâces en même temps. Dieu ne

1 . Snncla virginilatis fruclus, decus et munus. (Ad Prob. Epist. iii, n°6, p. 165).

2. En général, dans ce tableau, les lumières sont blanches, el les ombres grises virent au brun.

se donne ainsi qu’à, ceux qui se contentent de lui et se détachent des autres biens, il ne s’est donné à personne comme à Joseph, parce que personne, autant que Joseph, n’a été au monde «comme n'ayant rien'...» Voyons, dans cette première des Saintes Familles de Raphaël, comment est compris ce mystérieux vieillard qui, pour Jésus, s’est détaché de tout, qui a tout oublié, ses passions, son intérêt, son repos, et qui, dans Marie, n’a aimé que la virginité.

Dans le dessin du Louvre, on ne voit pas S' Joseph à la place qu’il doit occuper dans le tableau. Seulement au sommet de ce dessin, dans l’angle gauche, Raphaël a étudié la tête de ce vieillard, et, pour en mieux saisir le caractère, il l’a dessinée à une échelle double au moins de l’échelle adoptée pour les deux autres figures. Or cette tête, vue de trois quarts et presque de profil, est admirable d’humilité, de bonté, de douceur et de recueillement. Elle montre plus clairement que la ligure entière peinte dans le tableau la grande idée contenue dans le silence de l’Evangile. L’ange a dit à Joseph: « Retourne en Judée; car ceux-là sont « morts qui cherchaient l’âme de l’Enfant. » Et Joseph est joyeux, reconnaissant; il adore Jésus avec la soumission que peut seule donner la vue des plus grands miracles. Ses yeux, sa bouche, et jusqu’aux rides de ses joues, sourient à l’Enfant et le prient en lui souriant. L’amour de la vie cachée respire dans ses

Tanquam nihil habentes . II Cor., vi, 10.

traits, où brille en même temps la pureté. Joseph s'abandonne à Dieu avec simplicité'. Pour garder le secret du Père, il enveloppe le Fils d’obscurité, le dérobe au monde, et met tout son bonheur à jouir paisiblement du dépôt qui lui est confié. En présence de Jésus, seul au monde entre lui et la Vierge, il reconnaît le mystère de ce miraculeux délaissement. « II sait que la vertu de la foi, c’est de soutenir l’espérance sans aucun sujet d’espérance s. » Voilà les vérités qui reviennent en mémoire à la vue du simple dessin de Raphaël. Malheureusement, pour l’époux de la Vierge comme pour la Vierge elle-même, on ne retrouve pas dans le tableau assez de vivacité, assez de chaleur et d’inspiration. S' Joseph, vêtu d’une longue tunique violette1 2 3 4 5 6 et d’un manteau jaune*, est agenouillé devant l’enfant Jésus \ De la main gauche il lui offre des fleurs, et de la droite il s’appuie sur un long bâton. Sa tête est grave, recueillie, mais un peu triste, et nous ne ressentons pas, devant ces traits presque éteints, le ravissement intérieur que nous éprouvions tout à. l’heure à la vue du dessin8. Il faut en accuser

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