Les pieds sont à peine dessinés
copiée sur le modèle vivant. Rapha I, en adoptant le naturalisme florentin, se souvient néanmoins des traditions ombriennes. Il associe et fond ensemble ces deux tendances distinctes, mais non pas contraires, et, leur enlevant ce qu’elles avaient d’exclusif et d’étroit, il en fait quelque chose de plus général et de plus vrai au double point de vue de la nature et du sentiment religieux. Regardez cette esquisse, observez celte jeune femme si naïvement • étudiée, si familièrement rendue, et sous les dehors de la vie vous reconnaîtrez la vérité de la foi. Vous oublierez alors toute réalité vulgaire pour ne plus penser qu’à l’idéal, et, sous l’empreinte personnelle du plus grand des peintres, vous sentirez l’âme de la plus pure des vierges.
J’ai peine à quitter le dessin pour aller au tableau. Devant l’un, je me sens presque mieux que devant l’autre ; en présence de la modeste esquisse du musée du Louvre, je suis davantage en compagnie de Raphaël que devant le tableau de lord Ellesmere. Pourquoi? Sans doute parce que, la peinture ayant beaucoup souffert , des restaurations malheureuses sont venues se placer entre le maître et nous; sans doute aussi parce que, dans ce désastre, la Vierge a été particulièrement maltraitée; peut-être encore parce que l’exécution définitive n'a pas été aussi heureuse que la pensée première. On ne saurait rien affirmer à cet égard, sinon qu'on ne ressent pas, à la vue de cette Vierge, l’émotion que portent en elles la plu-
part des Madones de Raphaël. Assise à l’ombre d’un palmier1 2 3, la Vierge de la galerie Bridgewater reproduit, avec une correction un peu sèche et avec de fâcheuses lacunes, le mouvement général déterminé déjà dans le dessin. L’ensemble de la figure paraît un peu long, et quelque chose de gauche succède à l’aisance générale qui nous ravissait tout à l’heure. Le corsage rouge*, bordé d’un double liséré noir et or, est moins simplement taillé, tient moins bien aux épaules. Les manches doubles, rouges et flottantes de l’épaule au coude, jaunes et serrées du coude au poignet, alourdissent le torse et dessinent avec moins de précision la forme des bras*. Un manteau bleu foncé, doublé de vert, tombe sur le milieu du corps, enveloppe les jambes et ne laisse voir que l’extrémité des pieds. Les jambes ne sont pas croisées l’une sur l’autre comme dans le dessin ; la jambe droite est ramenée en arrière, et la jambe gauche est tendue en avant. Il y a, dans cette position nouvelle, plus de noblesse et moins de familiarité. La conformation de la tête laisse surtout à désirer dans le tableau. Le bel ovoïde, habituellement adopté par le maître, semble s’être rétréci dans le haut du crâne. Le front n’a plus une largeur suffisante, il fuit trop rapidement vers les cheveux, dont les enroulements sont bien d’ailleurs