‹ Les Vierges RussesChapitre 16 sur 63 · GENÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE

« Fédéroff nous écrit que notre imprimerie de Garouge a peine à fournir à toutes les demandes de brochures qui lui sont faites de Moscou, de Kieff et d’Odessa, et que, pour éviter des frais d’envoi considérables et le danger de saisie à la frontière, il serait urgent de multiplier en Russie les imprimeries clandestines.

— Il a raison, dit Siline.

— Justement, reprit Komoff, on nous écrit de Kharkoff qu’on a trouvé le moyen d’en établir une dans la maison même d’un haut personnage.

— Fédéroff ajoute ceci :

« Surtout, de la prudence ; ne compromettez rien par trop d’impatience et de hâte; suivez le conseil de Bakou-

nine. C’est par la conviction, l’infiltration dans les masses, que la révolution pourra porter des fruits durables. Je travaille à l’élaboration d’un programme nettement défini et d’un plan d’organisation, sans lequel nous n’atteindrons jamais notre but. Quoique le prétendent un certain nombre de nos amis, jamais on ne gagnera les masses sans programme arrêté, jamais on ne fera la révolution sans une concentration de commandement, quitte à briser cette concentration quand nous aurons réussi. »

— C’est aussi mon avis, approuva Siline.

Komoff reprit sa lecture :

« De plus, il faut vouloir le possible; se contenter d’abord d’une certaine somme de liberté ; et, grâce à cette liberté, nous atteindrons notre but final. »

— C est juste, ajouta Siline. Nous n’arriverons a conquérir définitivement le peuple qu’en l’instruisant. Je me rappelle qu’en 1825, le soldat -était si ignorant que, pour arriver à lui faire crier : « Vive la Constitution! » nous lui avions fait croire que c’était la femme de Constantin. Qu’attendre d’un peuple plongé dans une semblable ignorance ?

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