‹ Les Vierges RussesChapitre 52 sur 63 · AAA · texte numérisé non relu

AAA

Ce monastère vend des reliques à toute la Russie. Le Russe, quand il n’est pas sceptique, est très superstitieux. Il a une foi très grande aux amulettes et une profonde vénération pour ses saints.

Il n’est pas une chaumière en Russie, où l’on ne voie collées contre la muraille des images représentant la Vierge ou le saint patronymique du maître du logis.

Les images de Mentikoff étaient moins grossières que celles de Souzdal et par conséquent plus recherchées. Sa fabrication étant considérable, il occupait un grand nombre d’ouvriers.

Afin d’éloigner tout soupçon, il affichait une grande dévotion, ainsi que ses compositeurs et ses dessinateurs, qui tous étaient, comme lui, socialistes.

Dès que la journée était finie, les ouvriers offraient de travailler sans rémunération pour l’œuvre révolutionnaire ; et les saintes presses de Mentikoff confectionnaient les brochures socialistes les plus incendiaires. Et brochures et imprimés révolutionnaires étaient enveloppés d’images saintes et expédiés dans des ballots de même forme et de même dimension que ceux qui contenaient les livres de piété.

C’était chez Mentikoff qu’étaient descendus Alexandra, Michel, Padlewsky, Matcha et Zobolewsky.

Leur voyage s’était effectué sans encombre. Habillés comme des gens de basse condition, ils étaient entrés dans l’imprimerie, qui occupait tant de monde, sans attb rer aucunement l’attention.

Koroleff les rejoignit vers onze heures du soir, et leur apprit la terrible nouvelle.

Mais il leur annonça en même temps qu’il croyait avoir trouvé un moyen de délivrer les quatre prisonniers.

— De grâce! s’écria Alexandra, ne perdez pas de temps, mon brave Koroleff; Kryloff et Stackelberg vont certainement arriver. Il faut que Wanda et ses amis soient hors de leurs atteintes.

En cet instant, la comtesse Kousmine, Nadège et Vérénine entraient.

Vérénine ayant annoncé à Nadège l’arrivée de Wanda, tous trois étaient fort inquiets de ne pas l’avoir vue encore.

La comtesse Kousmine était en relations fréquentes avec Mentikoff. Elle pensait avoir par lui des nouvelles de la fugitive; et Nadège, des nouvelles de son mari.

Quand Nadège apprit que Stepane était de nouveau arrêté, elle faillit s’évanouir.

— Il est perdu l il est perdu 1 s’écria-t-elle. Koroleff, sauvez-le, sauvez-le une fois encore; et ma ïortune est à vous; et je vouerai ma vie entière à l’œuvre révolutionnaire.

— Disposez de moi, dit Vérénine à Koroleff. Pour délivrer nos amis, je suis prêt à donner ma vie. Je suis d’ailleurs, moi aussi, socialiste; je veux avec vous la révolution.

Dans la soirée, un certain nombre d’étudiants, les meneurs les plus actifs du parti révolutionnaire de Kieff, ayant appris que Pâdlewsky et Michel, deux membres du comité révolutionnaire, se trouvaient chez Mentikoff, vinrent prendre le mot d’ordre.

— Exécuterait-on la sentence de mort prononcée contre Heyking? Telle fut la question à l’ordre du jour.

Depuis trois mois, malgré l’avertissement que lui avait envoyé le comité, il n'avait cessé de persécuter les socialistes. Les arrestations de la soirée comblaient la mesure.

Dans l’intérêt même des prisonniers, Michel et Padlewsky conseillèrent d’attendre encore.

Page 1