‹ Les vies closesChapitre 12 sur 64 · I.\ BO$TIE · texte numérisé non relu

I.\ BO$TIE

Qui nous dira si le grand railleur n'était pas un peu lassé lui-même de ses railleries, lassé de cette bonne humeur constante trop voisine du scepticisme pour n'être pas un peu factice, lassé de ses doutes qui eussent fait l<i vide en sa pensée s'il n'eût pris le parti de soustraire ,:i ses Investigations et à ses sarcasmes le domaine de la foi? Qui sait peut-être si. devant son scepticisme qui n'avait pas suffi à lui éclaircir ou èl lui expliquer l'énigme (li> sa vie, il n'évoquait pas avec un peu d'angoissé et une mélancolie troublée la physionomie de sou ami? Il regrettait de ne plus sentir auprès de lui cette force, celte fermeté, cette fixité de convictions au contact desquelles il aurait pu, lui aussi. s'appuyer et s'affermir. Car La Boëtie n'était pas sceptique : sa générosité, cette ardeur intérieure souvent contenue, maisjamais éteinte, qui l'ont t'ait se sacrifier au bien public, son désir d'être mêlé au mouvement i\i^> eboses de son temps, sa haine de l'injustice, ses illusions mêmes, en un mot l'ensemble de ses qualités et de ses défauts et, d'une manière générale, « la robuste santé de son jugement » suffisent à éloigner toute accusation de ce

lie nre.

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La Boëtie fui surtout un libéral : il avait puisé ses sentiments libéraux dans sa conscience, peutêtre aussi dans les rapports qu'il entretint avei grand homme <!<■ bien, avec ce juste que lut le chancelier de L'Hospital. Il était tolérant au vrai -«■us du mot, par nature, par instinct, envisageant La tolérance non seulement comme un remède 6 des maux plus grands, mais comme une aspiration de son esprit el <lc sa pensée. Devant cette liberté d'esprit el d'appréciation si rare à son époque, certains critiques ont insinué que La Boëtie n'était pas sans indulgences secrètes vis-à-vis de la Réforme, comme si la vie publique el la mort de La Boëtie ne protestaient pas contre de telles interprétations.

La faveur de la Servitude volontaire dans le monde huguenot est due peut-être aux condisciples d'Orléans, dont beaucoup se lancèrent avec un certain éclat dans le mouvement de la Réforme. Quant à La Roètie, sa foi de catholique était assez solide pour lui permettre de traiter avec beaucoup d'indépendance toutes les questions qui concernaient les pro lestants.

On peut dire de lui qu'il fut un croyant. Mal-

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