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LE MYOSOTIS

•< Je te demande de te Bouvenir de moi fi de ne pas me laisse] sépulture. Elève-moi un tombeau el redis à ceux qui viennenl après moi lesorl l'un malheureux...

Homère, L'ombre d'Elphénor.

Ce titre si doux estime supplication posthume. La légende a donne les noms les plus charmants à cette Qeurdes ruisseaux, <jui semble une goutte de L'azur d'été tombée au bord des sources comme une rosée de turquoises. — « Aimez-moi », dit-on dans les campagnes. — >< Ne m'oubliez pas », chaule la poétique Allemagne.

Sans doute, il devail en croître beaucoup au bord de la Voulzie, de ces tleurettes pâles et jolies : sans doute, plus d'une lois, au cours des promenades rêveuses faites dans les environs de Provins, ll<;sippe Moreau dul en cueillir des gerbes de myosotis el les rapporter à celle qu'il a voulu aommer sa sœur.

Au cours de sa vie trop courte il égrena sur sa

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j< > 1 1 1 « * quelques-unes de ces fleurs, quelques p recueillies pieusement, auxquelles fui donné le titre symbolique : myosotis. Voilà pourquoi, peu! ôtre, le pauvre poète, qui vécutel mourut de misère, n';i pas disparu tout h fait dans la postérité.

Ne m'oubliez pas, avait-il semblé dire en fermant les yeux, el boe dernier vœu fui exaui

Hégésippe Moreau vint au monde à Paris en 1810, et sa naissance fut pour lui comme un premier affront: il naquit enfant naturel, humilié déjà el déclassé avant même d'avoir voeu et donné la mesure de ce qu'il sérail un jour.

Mené de bonne heure à Provins, pays d'origine de ses parents, son père et sa mère meurent Lienloi à L'hôpital. Il étail appelée savoir le rôle prépondérant cl sinistre que L'hôpital joue dans certaines existences. Tout enfant, il est recueilli par une bienfaitrice qui l'envoie au petit séminaire d'Avon, près Fontainebleau. On conserve de lui, s cette époque, quelques essais poétiques d'un tour personnel et délié, (|ui dénotent déjà de rares aptitudes. Mais son esprit frondeur s'accommodait mal de L'éducation reçue.

A quinze ans, il est placé dans une imprimerie de Provins en qualité <le correcteur. Il «lut à ce genre d'occupations de compléter trop vite et trop loi

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><m instruction. Très jeune, il avail déjà lu Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Diderot et loua grands et tristes écrivains qui, dans toute une pari «le leur œuvre, ne surent < j 1 1 « ■ détruire, nier et douter, et exercèrent une influence fâcheuse sur la santé <ln jeune Moreau.

Les chefs-d'œuvre dugoûl pai messoina reproduil Onl occupé m»'- jours, ont enchanté mes nu El souvent, insensé, j'ai répandu des larmes, Semblable au forgeron qui préparant des .unies, A\ ide des exploits qu'il ne partage | Siffle un air belliqueui el rêve des combats.

Il se trouve heureux alors pendant quelques

années bien brèves, dont le souvenir lui faisait dire plus tard aux journées attristées :

J'ai rêvé de bonheur, mais ce rêve fut court.

Il fait la connaissance de la femme douce et

compatissante qu'il nomma sa sœur^ \\ laquelle il

dédia son livre, à laquelle toutes les pensées chastes et bonnes de son cœur revenaient par une pente naturelle. Cette femme, la fille d'un Imprimeur de Provins, avait pris tout de suite en affection cet adolescent ardent et rêveur, mais respectueux toujours, qui la regardait si tendrement. Le Gui de chnw. ce conte d'une exquise émotion, nous initie sur la nature de l'affection que nourrissait Moreau pour sa sœur.

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La bienfaitrice <|ni l'avail mi^ au séminaire d Avon lui trouva une situation dans l'imprimerie Pirmin-Didot. Moreau vint trop jeune dans ce Paris, « où l'air manque aux aiglons méditant leur essor », et ce fui son malheur. Il contracta dans un milieu qui n'était pas le sien, cette maladie dont parle Sainte-Beuve, « celle maladie d'amourpropre etde sensibilité qui est celle du siècle, celle de l'aristocratique René aussi bien que celle du phébéien Obermann, ou du mondain Adolphe, celle de Jean- Jacques avant eux lous ». Moreau prit pari aux journées de Juillet 1830 et parut sur

les barricades : il se grisa de l'émeute.

Les jours qui suivirent furent ceux de sa plus grande misère : il commil toutes les excentricités douloureuses auxquelles pousse le dénument le plus absolu. Le dimanche, il absorbait des potions qui devaient Lendonnir pour de longues heures ei le plonger dans l'oubli. Lu 1832, au plus fort de l'épidémie, il partageait, dit-on. le lit d'un cholérique; on a prétendu même qu'il piissa des nuils

snih les arbres du bois de IJoulogne ou dans les

cales des baleaux amarrés aux quais de la Seine.

I M us d'une fois à cette époque, Bes vers en fonl foi, il fut hanté par le spectre de Gilbert :

ESI dans ses fils nombreux Gilberl respire encoi Il leur souffla mourant L'âme qui les dévore.

Pauvre Gilbert, «iue tu devais souffrir!

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dit-il encore dans un ^mn*,,!/ à Vhàpital^ une de ses pièces les plus tristes, toute vibrante d'aveux personnels. N'était-il pas, lui aussi, un de i Lerins toujours solitaires, quêtant la pitié ei oe la trouvant pas? N'était-il pas le voyageur d'aventure, se chauffant au soleil, dormanl au ciel clair par les beaux jours «I été, mais souffrant aussi de La faim et du Froid quand vient la saison triste? En L833, il quitta la librairie Firmin-Didol : il devint maître d 'études, mais les jeunes gens dont il fut entouré exercèrent une influence uéfaste sur sa nature fraîche, presque virginale encore. Il n'était alors soutenu par aucun ami, et quand les contradictions du monde le beurtaienl trop violemment, quand le mal de vivre lui apparaissait plus pesant que de coutume, avec son cort< \ de dégoût ou de découragement, il souffrait de sa solitude et de l'absence d'amitié qui eûi comblé le vide immense où se perdaient les forces vi de sa nature. La solitude devenait ainsi pour lui la compagne impérieuse et froide qui ne s'apitoie jamais et que rien n'attendrit. Sa santé s'altéra vite à un tel régime de privation- <d d'amertumes. Se croyant frappé, il voulut revenir dan- 1»' pays qu'il chérissait, auprès de la femme dont le souvenir ne le quittait pas. Il fit la route à pied, et fut recueilli à Saint-Martin, étiez M"1 Guérard. la jolie fermière dont il a perpétué le souvenir dans une de ses chansons les plus pimpantes. Il fut

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heureux, a Provins, en revoyanl cette campagne apaisante dans harmonie de son silence ei deses \ mis étendues. Il n'avait pas encore perdu lout à l'ail cette jeunesse de cœur (jui est un des meilleurs appoints <l<i l'existence. En retrouvant les sites tanl aimés de lui; lorsqu'il entendit à nouveau chanter et pleurer les brises aux endroits même où, pour la première fois.il les avait entendues pleurer <ii chanter; quand il revil sourire cette Voulzie qui lui «Mail si chère, il retrouvases impressions du passé, el regarda les paysages de son enfance d'un même regard toujours ardemment épris. Malheureusement l'impression ressentie lui trop fugitive.

Quand sa santé lui rétablie, il entrepril de fonder un journal le Diogène. Colle Feuille, politique el satirique à la fois, déplul : des personnalités blessées ne pardonnèrent pas à l'écrivain l'audace de ses appréciations. A la suite d'un scandale, Moreau dut quitter Provins el réprendre le chemin de Paris. De 1834 à 1838, son existence n'allai 1 être que lullo ei souffrance. Il travailla dans une imprimerie, donna quelques leçons particulières, redevint maître d'études jusqu'au jour où la phtisie, plus forte (|u<v lui. eut raison de ses forces. 11 avail été recueilli, depuis quelques semaines, à l'hôpital de la Charité; il s'était réjoui de cet abri en songeant que ses amis auraient au moins un lieu pour le trouver cl le voir. C'est

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li qu'il mourut, le 20 décembre 1838. I n homme de l'hôpital se rendit chez I un des meilleurs amie <l<1 Moreau, M. Sainte-Marie Marcotte, celui-là même qui parle «lu poète en termes si charmants cl si délicats, el lui annonça <|n<' I»- n 12 venait r/r mourir. Ainsi, par une dernière ironie, ce! enfant naturel, venu au monde sans nom. disparaissait encore d'une manière anonj me.

Il y eut cependant foule à son convoi el on lui lit de très belles funérailles; on voulut se servir de son passé, de son souvenir pour déclamer contre la Société! Mieux eui valu peut-être le secourir pendant sa vie que de le glorifier mal à propos après sa mort, en oubliant <!<' Faire ressortir en lui les qualités vraies qui le désignent à l'affection des lettrés. Félix Pyat, le sacra poi ouvrier. Mais Moreau n'appartient en rien b cette pléiade de faux artisans qui, aux approches de 1830, vécurent en travaillant assez peu de leurs mains et assez mal de leur esprit. Il était poète tout court. «Je ne me crois pas un grand poète, écrivait-il à sa sœur, tant s'en faut! Mais Dieu m'est témoin que je suis un vrai poète. Je ne suis que cela. »

Malheureusement, il fut aigri par la souffrance et se trompa sur lui-même : il était né pour aimer, pour chanter les compalissanccs et les tendresses du cœur; il eut le tort de haïr et de s'emporter : les colères allaient mal à sa uature sensible et

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réservée. Certes, il ae faul oublier ai l'époque, ni les circonstances qui virenl aatlre l'œuvre de Moreau. Le souille d'égalité el de liberté, déchatné pendant la Révolution, avait été contenu sous un maître tel que Napoléon Ier ou sous le règne de souverains de droit divin, tels que Louis XVIII et Charles X. Mais ce souille, devenu trop violent, allait renverser la couronne des vieux rois. Une ère nouvelle était née en 1830. Les théories de Fourier, de Saint-Simon, de George Sand, prises au

sérieux par beaucoup d'esprits, surexcitaient les

imaginations, et toute- ces théories, dues à une

conception fausse de l'existence, conduisaient un socialisme. Les chefs d'école, malheureusement

trop influents, avaient enlevé à la vie -<>n luit divin,

et rendu ainsi plus impérieux le besoin des jouissances et de- plaisirs temporels. Il devenait juste

de partager les richesses, sources de tout plaisir, puisque La compensation divine n'existait pas.

Le mauvais exemple était venu, surtout, des classes qui tremblent aujourd'hui devant les progrès menaçants du socialisme, devenu L'anarchie, et qui avaient affiché, avec audace, un exclusif el scandaleux besoin de jouissance-.

La réaction contre les mauvais riches allait commencer, el Moreau, qui pendant Longtemps n'avait pas connu la résignation chrétienne, ce grand soutien de l'existence, souffrant du contraste

entre la vie de privation perpétuelle de- uns et la

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vie de bien être excessif des autres, Moreau cul des accès I - de colère el d'à merl u m'-.

Ses poésies politiques el satiriques, réunies sous ce titre: Diogène^ aemanquenl ni d'emportement, ni d'éloquence : mais elles témoignent de sentiments aigris plus encore que \ iolenl

Il exalte la Révolution el la Liberté en vers enthousiastes <•! enfjammés; il rappelle parfois Auguste Barbier, un doux lui aussi, <'l un effacé, que ses poésies transformaient en mi violent. Il flatte le peuple, mais il l'aimait vraiment. 11 déteste La royautédoni il n'a pas compris le passé de grandeur; mais il admire d'instincl l'épopée napolénienne, il admire, malgré lui. le beau Corse de Messidor.

Il énumère, parce qu'il les a bien connues. I douleurs et les privations de la misère. Cette piè intitulée l'Hiver* prouve qu'il eut froid sous les grands cieux de Neige et que les glaces de décembre l'engourdirent souvent.

Parfois, il laisse entendre des cris inquiétants :

Oh! quand donc viendra-t-il ce jour que je rêvais, Tardif réparateur de tant de jours mauvais. Ce niveau qui, selon les écrivains prophètes, Léger et caressant, passera sur nos tètes...

Mais il n'est plus lui-môme quand il invective et. d'avance, il implore le pardon de ces accès de haine qu'il désavoue.

EIÉGÉSIPPE moisi: m

Je haïssais alors, car ta souffrance in ite Mais un peu de bonheur m'a converti bien vite... Empêche de souffrir puisque tu veux qu'on aime, Au\ petits des oiseaux. Toi qui donnes pâture

Nourris toutes les faims... Pour i|uc son vers clémenl pardonne au genre humain, Que faut-il au poète? Un baiser e1 du pain.

Kl si Moreau connu I peu l'affection, le pain lui fit aussi bien souvent défaut. Il se tenait en défiance contre tous el souffrait môme du bien qu'on eût désiré lui faim. Il se rendit un jour à Passj chez Béranger, mais ai l'un ai l'autre ne se comprirent. Bérangeren demeura surpris, lui qui prétendait avoir une clef d'or pour ouvrir le cœur des jeunes; il disait souvent : « Moreau n'a rien l'ail pour lui; il aimait à se créer des maux imaginaires; c'étail là sa muse. » On sent, dans la préface de Diogène, combien Moreau eut à se plaindre de ses protecteurs. Il trouvait rude le métier de quémandeur de conseils. Quand il énumérait les résultais obtenus après des démarches toujours un

peu blessantes, il ne pouvait s'ompèclier de remarquer que l'échafaudage construit par l'un était détruit parl'autre. Ce que celui-ci nomme avantage, cet autre le déclare inconvénient, et rien ne montre mieux l'ironie des choses de la vie, celle ironie si bien comprise par Toppfer et qui nous quitte rarement. Moreau, qui ne connaissait encore ni le charme ni le soutien de certaines amitiés, toujours prêtes à agir <it à se dévouer, redoutait

il- VIEfl CLOSE?

d'être pr< étali beurté ft de» preuves

imprévues ei douloureuses de personnalité, ei chaque Fois il ressentait une souffrance nouvelle, quand il se trouvai! en présence d'un «l<- ces b fonds d'égoïsme dont il n'avait pas soupçonné ei dont il ignorai! L'obscure ei froide profondeur.

Hégésippe Moreau, était aussi maussade dans ses satires qu'il était de joyeuse humeur dans ses chansons. Il avait un talent très vrai de chansonnier, comparable même à celui de Béranger. Il n'abordait pas le genre patriotique et s'adonnait surtout à des compositions d'une gaieté charmante, française parfois jusqu'à la gauloiserie. Il est quelquefois libertin et ne reculé pas devant de grosses trivialités; ilsacrilic même à La mante irréligieuse du temps. V Amant timide, te Joli costume, le Toscin sont d'allure bien grivoise, mais quelle grâce dans la Fermière et les (loches!

Cette grâce élégante et délicate fait le charme principal des Contes. Nous n'en possédons que cinq, mais ils suffiraient à établir une réputation d'écrivain. Le Gui de Chêne, le pins attendri de tons, est un hommage discret rendue cette Louise, cette sœur d'adoption, compatissante toujours, à Laquelle il dédie son livre et dont le nom béni fut prononcé par lui à l'instant de mourir. C'est elle qu'il dépeint sous les traits de Macaria. Ixus. le

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pauvre gui de chêne désavoué par sa au

lover de qui cependant Apollon - esl un jour abrité, cl sur les lèvres de <|ui le < I i « • 1 1 jeta son souffle dévorant, Ixus, c'est lui, le triste poète donl le cœur exalté palpitai! et souffrait sans ces*

La Souris blanche, ce joli récit du temps de Louis XI, cette apologie de l'amitié et de la fidélité, les Pe tifs souliers, cette évocation de l'impératrice Joséphine, Thérèse Sureau, ce drame bref et poignant, tout rempli de conseils adressés i ceux que feule le métier d'écrire et qui meurent de leur tentation, le Neveu de la fruitière, cette historiette délicieuse sur l'enfance de Hoche; tous ces contes renferment les mêmes qualités de finesse et de simplicité. Rien ne peut froisser dans pages; l'âme la plus candide se réjouira, au contraire^ voir si joliment exprimés, avec un lourde poésie émue et gracieuse, tant de sentiments -i honnêtes. Quelle pureté! (Juelle sobriété polie dans les mots! On retrouve ce style clair et limpide qui se continue de La Fontaine à Voltaire, que Musset reprenait pins tard et que Maupassant perpétuait de nos jours, il y a peu de temps encore.

Le véritable Hégésippe Moreau et le plus inspiré n'était pas celui qui écrivait l'Epitre à Firmin- Didot, l'Epitre à Henri V, glorifiait Merlin de Thionvillc ou distribuait sans discernement la satire : le plus digne d'être connu était le doux

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poète donl le cœurtrop plein s'exhalait en élégies touchantes ou contait quelque suave idylle. L'élégie étail jadis la plainte qui se chantail aux lunérailles. Ne convient-elle pas à Moreau qui nous conduit avec ses poésies aux funérailles de son bonheur et de ses illusions mortes ?

Moreau, quand il était lui-même, n'était ni amer ni violenl : il constatait avec regrel que « dans Ions les cœurs la vieille foi s'endorl - ou que, « sur L'autel désert on a mis le veau d'or »». Il reprenait dans des pièces comme {'Isolement, les souvenirs de son passé : il racontail sans murmure sa vit» solitaire et douloureuse : il avail eu faim, il avait eu froid, mais de ces maux il ne se plaignait plus : il se plaignait de l'isolement qui blesse et qui rend méchant. Il pleurait encore avec un chagrin comraunicatif sur la mort (Tune cousine de sept ans, ou remerciait dans des vers vibrants de délicatesse Soyez bénie) la femme rare qui lui avail donné les seules joies de sa vie.

Il chantail encore la Voulzie, son ruisseau bienaimé, qu'un lil de fleurs encadrait et qui lui rappelait son enfance, son pays, ses espérances. Que de déceptions ne laissent pas deviner ces vers d'une si pénétrante mélancolie!

Pauvre écolier rêveur el qu'on disait sauvage, Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du n\ L'onde semblait me dire : Espère ! aux mauvais jours, Dieu te rendra ton pain. » Dieu me le doil toujours.

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Moreau eul <!«■> heures d'oubli, d'irréligion peul être. Mais il mourut chrétiennement, b1 aui derniers temps de ia \ \<\ il avait même i etrouvé [a foi de son enfance. Sun récit, l n quart d'heure de dévotion ) doit faire oublier bien des paroles équivoques.

Je gardais en cor de moi-même ignora in peu de vieille foi, parfum évapoi

Il raconte qu'un -<>ir de découragement, il entra par lassitude ou curiosité peut-être, dans l'église Saint- Etienne-du-Mont. Il cherchait cette paix intérieure qu'il ne connaissait plus, depuis qu'il avait cru aux faux prophètes, depuis qu'il avait blasphémé le Christ. De vagues remords le poursuivaient. C'est alors que

« son genou fléchi par la prière, Se heurta contre un livre oublié sur la pierre. Et la secrète voix qui parle aux cœurs élus, Murmura dans le mien « Prends et lis , et jn lus.

Quand il quitta cette Eglise, il était reconquis à Dieu. Il avait fait sur le tombeau de Racine, le vœu d'écrire un poème sur la Passion : il était alors confiant et croyant il avait beaucoup souffert, et sans doute il eût trouvé de beaux accents pour chanter la passion de Y Homme des Douleurs, si la mort n'était survenue trop hâtivement.

Il pouvait mourir, car il était assez apaisé pour

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adressera son «mm les belles stances < j u i demeurenl comme son testament poétique,

Fuis, âme blanche, an corps malade el nu, Fuis, en cliaiii.int \«is le monde inconnu.

Hégésippe Moreau, mourant, redevenait l'être naïf et doux qu'il était au\ années de son adolescence.

Il était poète, et ne voulait obéir qu'à l'inspiration : il attendait patiemment qu'elle vint souffler à son cœur. Il était incapable d'écrire suivant les nécessités du moment et de pourvoir à son existence par sa plume. Il vivail dans ses rêves, ayant été pris (ont entant par la poésie. Les phrases inutiles, les amplifications sont absentes de son œuvre, dont la sobriété, l'élégance el la délicatesse sont les qualités dominantes. Il avait non seulemenl l'âme harmonieuse, mais il savait son métier de poète. Sainte-Beuve croit reconnaître chez Moreau riniluence d'André Chénier, de Barthélémy, de Bé ranger. Moins parlait de forme qu'André Ghénier, le chantre de la Voulzie esl pi us touchanl peut-être, et les traces d'imitation sont rares chez lui, son talent est très personnel. Bien qu'il n'ait ni le souffle, ni l'ampleur, ni la force, il est cependant de la race des vrais écrivains et des vrais artistes.

Il eut l'imprudence de s'isoler dans son orgueil et l'orgueil qui s'isole conduit vite au dégoûl et

lui LES V I ES C LO

au découragement. Il était insouciant. I n de plus fidèles amis écrivait de lui : Il \ avail entre sa aature morale el sa nature physique une harmonie touchante : sa physionomie était mâle, quoique don ce : 3a tête fort il l'emblème de

son génie, de sa verve poétique el <!«• -.1 1 tison élevée : bod corps souple, sa peau blanche el unie, ses extrémités fines el délicates, toul cela étail (Tune femme, d'un enfant, e1 signifiait son cai tère faible, inoffensif... Il était né pour vivre «le La vie des plantes qu'on arrose, qu'on expose au soleil, cl qu'on soustrait aux rigueurs de l'hiver... Et alors écries, il eût porté des fruits d'or; l'abri de la souffrance, libre des soins matériels c'eut été un grand poêle. » Mais la souffrance esl un maître tout-puissant et implacable : elle enseigne à supporter sans excès ''I sans ivresse les changeantes aventures de la vie : ceux qui repoussent ses enseignements sont fatalement brisés par elle. Moreau en fit la cruelle expérience.

Sa mémoire réapparaît aujourd'hui, et dernièrement les mvosotis avaient refleuri sur la tombi* délaissée du poète. Mais laquelle des deux Muses, ses inspiratrices, veut-on glorifier? Celle qui fréquenta les cabarets ouïes réunions politiques? Qu'elle reste dans l'ombre la pauvre égarée. — Celle, au contraire, qui joyeuse et mutine fredonnait des chansons de jeunesse ou qui, mélancolique et plaintive écoutai l gémir les sources, ou

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