‹ Les vies closesChapitre 38 sur 64 · LES VU · texte numérisé non relu

LES VU

œuvre un autre nom que ce triste nom de Fragments. Souvent, <»n b comparé les ouvrages inachevés ''i l»'- ruines : les ruines cependant sont moins tristes à voir; elles rappellent un passé qui a vécu; elles on1 leur histoire, elles ont accompli leur desl inée, elles témoignent d'efforts couronnés de succès, de venu s inutiles seulement par la suite du temps : l'ouvrage inachevé, au contraire, renferme quelque chose de plus saisissant, il témoigne d'efforts qui n'onl pas réussi, il devient un aveu d'impuissance, et le deuil laissé dans La pensée n'en est que plus profond. A un autre point de vue toutefois, rien n'est intéressant comme ces sortes d'ébauches, on y surprend la pensée première dans ses imperfections, mais dans sa vii nité, on y voit l'œuvre d'une conception presque prise sur le fait; parfois l'artiste et le penseuj devinent plus encore dans leur projet qu«> dan- le fini de leur travail. N'est-ce pas quelquefois sur des fûts de colonnes brisées ou inachevées, qu'il faut juger de la splendeur de tout un portique? Et bien qu'Alfred Tonnelle n'ait écrit que peu de pages, son œuvre reste attrayante, par endroits même passionnante, car au travers de ces lignes interrompues par la mort, on découvre l'histoire d'une âme et d'une âme admirablement trempée. Louis-Alfred Tonnelle, naquit à Tours, en 1831. Grâce à sa première éducation donnée par sa mère, femme d'un mérite rare, grâce à l'influence du

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milieu particulièremenl élevé dans lequel il vécut, il annonça très jeune ce qu'il devait être plus tard. Ses études commencées à Tours, fuivnl si brillantes, que, sur l'avis de ses maîtres, il partit pour les achever à Paris. Au sortir du collège, La question du choix d'une carrière se dressa devant lui. Son intelligence, sonaptitude à apprendre lui auraienl permis de tout aborder, mais il y avail au fond de sa nature méditative el grave un penchantinné pour la philosophie.

II lisail Platon, avec la même ardeur juvénile, avec la môme passion, qu'un blasé de son temps eûl mises à dévorer les rêveries désolées deMusset. Il nous apparaît vraiment comme un dernier promeneur du jardin d'Àcadémus, égaré à notre époque. Il ne ressort pas de son œuvre qu'il ait éprouvé a ce moment de sa vie ces hésitations, ces doutes cruels et obsédants de beaucoup d'hommes <|ni entrent dans l'existence, se demandent quelle roule sera la meilleure, s'engagent dans une voie inconnue <jn'il> ne peuvent continuer jusqu'au bout, reviennent, recommencenl encore, et après un long temps perdu, se retrouvent au point «le départ, lassés, découragés du passé, sans espoir dans l'avenir dont chaque promesse leur parait un mensonge.

Pour lui, il comprit, dès le début, la grandeur et la difficulté du devoir; pénétré de son indépendance, il n'en usa que pour étudier avec acharne-

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ment : l'étude lui sa carrière : il se perfectionna dans l'anglais, dans l'allemand surtout, et la connaissance approfondie de ces deux langues qu'il aimail , qu'il parlait . don! i I appréciai! les ori$ ri alités, lui servit plus tard pour mieux comprendre les beaux-arts en Allemagne et en Angleten les conseils du P. Gratry, ses parents lui permirent alors de renoncer définitivement à toute carrière spéciale, et de se donner en entier au travail libre.

<( Il était alors, «lit le P. Gratry, cejeune bomme de vingt uns que j'ai toujours rêvé, e1 pour qui j'ai écrit le livre des Sources. A qui s'adressaient mieux, eu effet, ces conseils pour la conduite de l'esprit et de la volonté, sinon à cel homme de vingt ans, esprit rare et privilégié, cœur encore plus privilégié, qui au moment où ses compagnons d'étude ont fini, comprend que son éducation commence, qui, à l'âge où l'amour du plaisir et de la liberté, du monde, de ses honneurs et de sesrichesses, entraine et précipite les foules, s'arrête, lève les yeux, el cherche dans l'immense horizon de la vie. au ciel ou sur la terre, l'objet d'un autre amour1 ».

Pendant deux ans, installé près du Luxembourg, dans le silence et la solitude, obéissant à l'idée inspiratrice qui était la -ienne.il étudia la philosophie, en compagnie du P. Gratry et c'est à laphilo-

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